ANNUAIRE DE L1NST1TUT DBS PROVINCES ANNUAIRE DE L'INSTITUT DES PROVINCES, DES SOGIETES SAVANTES ET DES CONGRES SC1ENTIFIQUES, SEGONDE SEU1E -2 e . VOLUME.-XIK VOLUME DE LA COLLECTION. 1860. Paralt tous les ans , da l er . au 15 Kvrier. PARIS. DERACHE , RUE DU BOULOY 7 DENTU, PALAIS-ROYAL; CAEN, A. HARDEL, RUE FROIDE , 2. ' . : . % , . . PERSONNEL uniib , niA'f s& JnsaiahJWfftti { /u*n J xlrn/. * ; , ift f T.im DE L'INSTITUT DES PROVINCES en i860; PAR M. DE CAUMONT. La mort a enleve, en 1859, b. 1'Institut des provinces quatorze de ses membres : MM. le comte Alexandre DE HUMBOLDT, de Berlin; BONNET, de Lyon ; Tabbe CROIZET, cure de Neschers; LEGRAND, de St.-Pierre-sur-Dive ; le general baron REMOND, grand-officier de laLegion-d'Honneur ; J. DE FONTENAY, d'Autun ; le comte DE TOCQLEVILLE ; Tabbe TEXIER . de Limoges; SE- RINGE , de Lyon ; DE CAYROL , de Compiegne ; MOUGEOT , des Vosges; Noel CHAMPOISEAU , de Tours; Mgr. RENDU, ev^que d'Annecy ; et 1'abbe GAZZERA , de Turin. La mort de M. le comte DE HUMBOLDT a e"t6 pour le monde savant et Thnmanite tout entiere . une perte irreparable. Get homme gigantesque auquel rien n'etait etranger, donl Tesprit synthetique avail tout embrasse, tout compris: eel homme que les empereurs, les rois et lous les grands de la terre ho- noraient , respeclaient comme une puissance superieure ^ la leur, parce que le genie sera toujours au-dessus de la puissance materielle , le comte de Humboldt , est mort & Berlin , ag6 de 90 ans!!! Jusqu'a sa derniere heure , cet esprit extraordinaire a conserve sa lucidite , sa simplicite , sa modestie : mil homme , en VI PERSONNEL DE L INSTITUT DBS PROVINCES effet , n'a e"le" plus modeste que M. de Humboldt : il e"lait acces- sible aux petitscomme aux grands; toujours heureux d'encoura- ger les premiers efforts, comme il e"lail empresse d'applaudir a des succes. M. BONNET, ne" a Ambe>ieux, departemenl de 1'Ain , chirur- gien en chef du grand hopilal de Lyon , correspondant de I'ln- stitut de France, membre titulaire de 1'lnstitut des provinces, est mort ci Lyon , en de"eembre 1858 , dans sa Zj9 e . anne"e. Tous eeux qui ont assisle au Congres scientifique de France, a Lyon, en 1841 , ont apprecie" le caractere aimable et les profondes connais- sances de M. Bonnet, dont les ouvrages sont places au premier rang dans la speciality qui en fait 1'objet. M. Bonnet fut, en 1841, un des secretaires du Congres scientifique de France et , nous pouvons le dire , un des plus chauds promoteurs de restitution & laquelle il porta loujours le plus vif interet. M. Bonnet avail ete" decore" en 18^7. M. 1'abbe CROizET,cure de Neschers, naturaliste d'un grand me"- rite, fut appele a presider la section d'histoire natnrelle au Congres scientifique de France, a Lyon, en 1841, quoiqu'il eut pour concur- rent le feu prince de Canino. M. Croizet, qui avail fait partie d'un bureau au Congres scientifique de France lenu a Clermonl en 1838, siegea encore , comme vice-pre"sident de la seclion des sciences physiques, au Congres scientifique tenu au Puy en 1855; il avail preside, en 1850, une des seances tenues & Clermont parl'Institut des provinces. A la demande du Congres scienlifique de France, M. de Sal- vandy, minislre de Tinstruction publique, avail achele", pour le museum d'hisloire naturelle , la precieuse collection d'ossemenls fossiles qu'avail formee M. Croizel el Tavail decore du ruban de la Legion-d'Honneur. Quoique M. Tabbe Croizel s'occupal specialemenl de geologic, il a public aussi quelques bonnes nolices sur 1'histoire. Son me'- moire sur les lombeaux merovingiens Irouves a Coudes a ele sou- venl cite". EN 1860. VII M. I'abb6 Croizet avail fait un voyage en Italic , en 1841 , et il prit part aux Iravaux du Congres scientifique qui eut lieu a Flo- rence la meme annee , apres celui de France. M. LEGRAND, ancien membre du Conseil ge'ne'ral et ancien maire de St.-Pierre-sur-Dive, est mort d'une congestion cere"- brale, le samedi 10 decembre, au chateau d'Ifs-sur-Laizon (Cal- vados ), dontil etailalle visiter le proprielaire ( M. de Bellecourt). Les regrets d'une population qui appreciail , aimait et estimait M. Legrand ont ete" unanimes. Plus de 2,000 personnes snivaient son convoi , et de cinq lieues a la ronde , tous avaient voulu ren- dre un dernier devoir a 1'homme honorable qui venait d'etre frappe. Deux membres de 1'Instilut des provinces etaient au nombre des assistants, aussi bien que presque tous les membres de TAssociation normande domicilie's dans le canton de St.- Pierre-sur-Dive et les cantons voisins. M. Legrand avail fait d'excellentes observations arche"ologi- ques, ge"ologiques et bolaniques, dans le pays. II e tail chevalier de la Legion-d'Honneur. Le general du genie baron REMOND, grand-officier de la Legion- d'Honneur, vienl de s'eteindre a 1'age de 86 ans, apres avoir conserve jusqif a la fin ses facultes intellectuelles et physiques. M. le general Remond porlait un vif inte"rel a tout cequitou- chait I'encouragemenl des eludes dans nos departemenls : il e"tait un des membres les plus assidus du Congres des de"legues des Societes savantes. A. Dijon, en 185Zi, il fut elu vice-president . general du Congres scientifique de France : nous 1'avons vu as- sister a plusieurs reunions du Congres provincial de 1'Association normande, notamment a Domfront en 1853 et a Alengon en 1857 ; il siegeait, en 1859, au Congres des delegues a Paris. Dans toutes ces reunions, le general avail de judicieuses observations a pre- senter, e"tait bienveillanl pour lous , el se faisail e"couter avec in- t^ret. Ila laisse plusieurs ouvrages importants sur la stralegie et sur le perfeclionnement des armes a feu. Le baron Remond, qui avail paye de sa personne dans loutes les guerres depuis 179/i VIH PERSONNEL DE I/INSTITUT DES PROVINCES jusqu'en 1815 , a ele" e"lu de'pute' de 1'Orne & deux e"poques diffe"- rentes , en 1815 et en 1831. Si le ge'ne'ral Re"mond s'e"teignait k 86 ans , au moins il avail passe" sur cette terre le temps que la nature a fixe pour les limites les plus longues de la vie humaine; mais il n'en e"tait pas de meme pour M. J. DE FONTENAY, d'Aulun , qui vient de mourir a 48 ans, et dont la perte laisse un vide immense. M. J. de Fontenay employait eflectivement une partie de sa fortune donner 1'impulsion aux etudes dans la ville d'Autun : pendant long-temps il a, de concert avec Mgr. Devoucoux , aujourd'hui eveque d'Evreux , preside aux belles publications de la Societe Eduenne; il etait auteur de divers me" moires et de plusieurs volumes sur la numismatique ; il avait redige une partie du vo- lume orne de gravures sur bois represenlant les monuments romains d'Autun, qui a ete gratuitement distribue" par la Socie'te' Eduenne; M. de Fontenay avait preside aux premiers de"gage< ments des monuments romains de sa ville. Inspecteur de la So- cie'te" francaise d'archeologie , pour le departement de Saone-et- Loire,il avait rempli avec M. Baudot, en 1852, les fonctions de secretaire-gene" ral du Gongres archeologique de France qui eut lieu a Dijon. Ge ful un des organisateurs de la session de la Societe" francaise d'archeologie tenue h Autun en 1846 et dont plusieurs seances furent presidees par niluslre comte F. de Merode, de Bruxelles. Nous avons vu M. de Fontenay assister plu- sieurs fois au Congres des dengues des Soci6t^s savantes & Paris, et prendre part a plusieurs sessions du Congres scientifique de France. A tant de titres M. de Fontenay unissait les meilleures qua- lit^s du co2ur. President de la Societe de Sl.-Vincent-de-Paul , membre du Conseil municipal d'Autun , il a fait pour ses conci- toyens tout ce qu'il lui etait possible de faire. Aussi sa mort doit elre considereecommeun malheur public. M. le comte DE TOCQUEVILLE , ancien ministre, est mort a Cannes , ou il etait alle chercher la temperature douce dont sa EN 1860. IX poitrine avail besoin. Cette mort laisse deux fauteuils vacanls a 1'Institut : Tun a Y Academic francaise , Tautre a V Academic des sciences morales et politiques. D'autres feront 1'histoire de M. le comte de Tocgueville , apprecieront ses ouvrages et sa vie politique ; nous devons seulement rappeler la part qu'il a prise plusieurs fois au Congres, et les services qu'il avail rendus a nos institulions litteraires provinciales. II avail donn6 son adhesion a la crealion de 1'Inslilut des provinces. II avail assiste a plusieurs seances du Gongres des delegues, a Paris. Precedemmenl, en 18/41, il avail ele , a Cherbourg ,un des membres les plus assidus du Gongres de 1'Associalion normande. M. 1'abbe" TEXIER, 1'auleur de recherches importanles sur les emaux, sur 1'archileclure et surl'epigraphie, est morlaBourganeuf, oil il e"lail alle pour diriger la conslruclion de la chapelle N.-D.-du- Puy. La ville entiere a compris toule la grandeur de la perle qu'a faite la France religieuse, savanle et arlislique. Riches el pauvres assislaienl en masse, sans invitalion prealable, aux funerailles de noire savanl confrere, el les ouvriers, les peintres, les sculpleurs, se sonl dispule 1'honneur de porler son corps. M. Texier e"tait un des plus anciens membres de la Sociele francaise d'arch^ologie, tin de ceux qui avaient concouru a la creation de la Compagnie. M. Texier avail reuni d'immenses maleriaux pour 1'hisloire ecc!6siaslique du Limousin : il avail comment Timpression du Dictionnaire de I'ancien diocbse de Limoges. En 18/i7 , quand la Socie"le francaise d'arch6ologie se reunil a Limoges , sous la presidence de M. Alluaud , M. Texier ful le secrelaire-ge"neral de la session. Pendant long-lemps M. Texier avail donne 1'impulsion a la Sociele archeologique du Limousin ; pendanl long-temps aussi il avail dirige avec lalent le seininaire du Dorat. M. Noel CHAMPOISEAU ful un des membres les plus devoues de la Sociele francaise d'archeologie , toutes les fois qu'elle re"clama son concours ; et on se rappelle la part considerable qu'il prit au Congres archeologique tenu a- Tours, en 1838. Pr6c6demment X PERSONNEL DE I/lNSflTtiT DBS PROVINCES M. Champoiseau avail exploit les murs gallo-romains de cette cit ; il s'e" tail livre a des recherches sur les voies romaines de la Touraine. Quelque temps apres le Congres archeologique de 1838, il fonda , de concert avec quelques-uns de ses compatriotes , la Socidte archeologique de Touraine. M. le baron Lambron de Lignim , membre de la Societe" fran- caise d'arche"ologie , obtint, a Marseille, en 1846 , une decision qui fixait le Congres scientifique de France a Tours, pour 1847 ; et M. Noel Cbampoiseau , quoiqu'absent , fut de'signe , avec MM. Lambron et de Sourdeval , pour former le secretariat. Cette session du Congres cut lieu a Tepoque indiquee (septembre 1847 ) et ce fut une des plus brillantes et des plus nombreuses qui aient eu lieu apres celles de Lyon et de Strasbourg. M. Cham- poiseau avail ete" decore" de la croix d'honneur peu de temps avant le Congres; il ful nomme membre de 1'Inslilul des pro- vinces deux mois apres, en recompense du devouement qu'il avail apporte dans Texercice de ses fonclions. M. Noel Champoi- seau a assiste a plusieurs autres sessions du Congres scientifique, notamment & la session de Lyon , en 1841 ; il avail pris part , en 1858, aux Assises scientifiques de Touraine el aux stances tenues, a la meme 6poque, a Tours par la Socie'le' francaise d'archeologie. La Socie'le' arche'ologique de Touraine a public plusieurs de ses Notices. M. Champoiseau n'avait que 64 ans quand il est mort, au Mans, en juillet 1859. M. SERINGE, professeur de bolanique a la Faculle des sciences de Lyon , auleur de plusieurs ouvrages estimes sur la physio- logie ve'ge'lale, avail pris une parl aclive au Congres scienlifique de France quand il lint sa session a Lyon , en J 841. Il ful pre'senle' comme candidal a 1'Institul des provinces par les bu- reaux de celle grande Assemble , el e"lu peu de lemps apres. M. Seringe a e"crit aussi sur 1'agriculture. Son petil Manuel de Cagriculteur a e"le distribue dans les campagnes par un assez grand nombre de Socie'te's agricoles. M. DE CAYROL , ancien d^pule" , chevalier de la Le*gion-d'Hon- EN 1860. XI neur, inort a Compiegne dans un age tres-avance, avait e"te" e"lu membre de 1'Institut des provinces sur la presentation du Congres archeologique de France. Homme erudit, M. de Cayrol avait parlag6 ses loisirs enlre la litterature et 1'archeologie. Plusieurs de ses memoires historiques ont ete imprimes ; d'aulres oeuvres ont ete publiees dans divers recueils. M. de Cayrol etait un des plus anciens membres de la Societe francaise d'archeologie , et il avait sauve plusieurs monuments precieux par son intervention et ses reclamations. M. MOUGEOT, des Vosges , officier de la L^gion-d'Honneur , e"tait un des doyens de I'lnslitut des provinces et en meme temps un des botanistes de France les plus savants. La biographic de M. Mougeot a ete" imprimee a fipinal , et Ton y voit combien a 6te" remplie cette vie d'etude, d'observation , de devouement au pays des Vosges. II y a plus de trente ahs que nous etions en cor- respondance avec M. Mougeot, et nous nous feliciterons toujours de ces rapports qui nous ont et6 infiniment utiles. M. Mougeot n'6tait pas seulement botaniste , il connaissait aussi parfaite- ment la geologic des Vosges : c'est a ce sujet que nous avons eu Thonneur de correspondre avec lui (1). La mort de deux membres elrangers nous a ele" notifi^e. M. Tabbe GAZZERA est mort a Turin , dans un age avance" , apres avoir long-temps rempli les fonctions de secretaire de TAcademie royale des sciences, arts et belles-lettres de cette ville pour la classe des lettres. M. Gazzera , philologue tres-inslruit, avait ete nomme" membre Stranger de I'lnstilut des provinces apres la session du Congres scientifique italien tenu a Turin en 1840. Mg r . RENDU,6veque d'Annecy, fut nomme a la meme epoque que (1) Nous croyons que M. Mougeot est mort en 1858, mais nous n'avons ete informe de sa mort qu'en 1859. XII PERSONNEL DE l.'lNSTITCT DES PROVINCES. M. Gazzera, sur ma presentation : il n'e"tait pas encore eveque. 11 fut elu principalement pour ses imporlanls travaux sur la geo- logie : ce fut un des geologues les plus eminents du Congres scientifique italien. Les travaux et les publications de Mgr. Rendu sont Ires-estimes dans le monde savant. XIII COMPOSITION DU BUREAU. Directeur-general : M. DE CAUMONT ^ >$< C ^<, fondateur des Congres scientifiques de France. Sous-direct eurs regionaux : MM. LE GALL^, conseiller la Cour imperiale, sous-dirccteur pour le Nord-Ouest, a Rennes. DBS MOULINS, inspecleur divisionnaire des monuments, sous- directeur pour la region du Sud-Ouest, a Bordeaux. P.-M. Roux $ C, jfc, membre de 1'Acad^mie , sous-direcleur pour la region du Sud-Est, a Marseille. Victor SIMON ^5, conseiller a la Cour imperiale , sous-direcleur pour la region du Nord-Est, 5 Melz. CH.LLR ^, sous-directeur pour la region du Centre, a Auxerre. Secretaires-generaux : Pour la classe des sciences, M. EUDES-DKSLONCCHAMPS $, doyen de la Faculte des sciences , a Caen , correspondant de I'Jnstitut de France. Pour la classe des lettres, MM. BonutiAux ^< , docteur en Droit , a Evrcux -, RfiNAtiLT, inspecleur-divisionnaire de 1'Association nor- mande, conseiller a la Cour imperiale , a Caen. Tresorier : M. GAIT.AIN %. , inspecteur de 1'Association normande, rue de la Marine, a Caen. L1STE DCS lleiubrew de I'lnstitut des provinces ( I). S. M. NAPOLEON III, Empereur des Francais. MM. J. GIRARDIN 3 , correspondant de I'lnstitut de France, & Lille. Le vicomte DE CUSSY ^< C >^<, membre de plusieurs Academies, a Paris, et a Vouilly (Calvados). LAMBERT, conservateur de Ja Bibliotheque publique de Bayeux. BaronoG LAFHESNAYE^S, membre de plusieurs Academies^aFalaise. ETOC-DEMAZY, ancien secretaire-general de Tlnslitut, au Mans. L'abbe LOTTIN, ancien tresorier de I'lustitut, id. L'abb6 BOUVET, ancien membre du Gonseil, id. DE MARSKUL, chef destitution, a Paris. AUBEB, chanoine litulairede Poitiers. BOUILLET :, membre de plusieurs Sociel6s savantes, a Clermont- Ferrand. LECOQ ^s, secretaire perpetuelde P Academic, a Clermont-Ferrand. L^on DE LA SICOTIERE, avocat, a Alengon. TAILLIAH ^, conseiller a la Cour imperiale de Douai. Guerrier DE DCMAST ^S, membre de TAcademie, a Nancy. BONISET ^i, professeur d'agricullure, a Besan^on. BLVIGNIER ^, membre de plusieurs Academies, a Verdun. SOYET-WILLEMET ^ , tr^soriei'-archiviste de PAcademie, a Nancy. WEISS O 3 , bibliolhecaire, correspondant de I'lnstitut de Prance , a Besan^on. MILLET, naluralisle^ president de la Society d'agriculture, a Angers. FOLRNET ^J, pro'esseur d'histoire naturelle a la Facult6 des sciences, correspondant de Tlnstilut de France, a Lyon. Victor SIMON %. , ancien secretaire-general du Congres, conseiller a la Cour imperiale, ii Metz. HEPP ^ , professeur a la Faculte de Droit, a Strasbourg. Mg r . DONNEJ O^, cardinal-archeveque de Bordeaux. Mg r . GOLSSET 3fc , cardinal-archeveque de Reims. FEBET , conservateur de la Bibliotheque , a Dieppe. Mg r . CotssEAU ^, 6veque d'Angouleme. DE LA FARELLE $ , ancien representant du Card, a Nimes. (4) On a suivi, pour cette lisle, 1'ordre chronologique des nominations. LISTE DBS MEMBRES DE L liNSTITL'T DES PROVIIN 7 CES. XV MM. L'abbe" DESROCHES, cure" d'lsigny (Manche). BiZEi!L , membre du Conseil general, a Blain (Loire-Infe'rieure). DROUET , inspecteur divisionnaire de la Socie"te franchise d'ar- cheologie, an Mans. Marquis DE VIBRATE, ge"ologue, a Cheverny, pres Blois. Du CHATELLIER , correspondent de 1'Instittit de France, 6 Pont- 1'Abbe (Finistere;. DE LA BAUME $f , conseiller a la Cour impe>iale, a Nimes. Comte DE MONTALEMBERT ^s, ancicn pair de France, inspecteur divisionnaire de la Soci6te" francaise d'arche"ologie pour la con- servation des monuments, a Paris. FEIDET, conservateur des Archives de laVienne, a Poitiers. V. Hu CHER, membre de plusieurs Socie"tes savantes, au Mans(Sarthe). TESSIER , membre de plusieurs Academies, a Anduse. Vicomle A. DE GOURGUES, membre de plusieurs Socie'te's savantes, a Lanquais (Dordogne). VALSS $ , direcleur de I'Observaloi^e, correspondant de 1'Institut de France, a Marseille. GOGUEL >^< , membre de plusieurs Academies, quai Shcepflin, 3, a Strasbourg. L'abb6 VOISIN, membre de plusieurs Academies, au Mans. LE GI.AY -^ ^<, conservateur des Archives, correspondant de 1'Academie des Inscriptions , a Lille (Nord). KUHLMAN O ^<, directeur de la Monnaie , membre du Conseil general du commerce , a Lille ( Nord ), JOUROAIN , chanoine de la cathedrale , a Amiens. L'abbe DUVAL, membre de la Societe francaised'arch^ologie pour la conservation des monuments, a Amiens. F. WOILLF.Z, membre de plusieurs Academies , a St.-Quenlin. Baron DU TATA ^<:, president de la Socie"te~ d'agriculture des C6tes-du-Nord, a St.-Brieuc. DESNOYERS, vicaire-general d'Orleans, inspecteur des monuments du Loiret. nia^t, MALIIERBE, president de la Societe d'histoire naturelle, a Melz, conseiller a la Cour imperiale. BALLIN , archivisle de 1'Academie des sciences, arts et belles- lettres de Rouen. BALLY O ^< , ancien president de I'Academie de M6decinc, a Villeneuve-le-Roy ( Yonne ). PETIT ^ , proviseur du Lycee de Rennes. XVI L1STE MM. Marquis DE TRISTAN $, membrede plusieurs Acnd6mies, a Orleans. Comle DE LOCHAKD ^ , directeur du muse"e d'histoire naturelle, a Orleans. BAYE-MOUILLARD $fc., mcmbre de I'Acade'niie de Clermont, conseiller a la Cour de cassation. PETIT-LAFFITTE, membre de 1'Academie de Bordeaux. L'uhhe BLATAIROU , chanoine , professeur & la Faculte* de The'ologie de Bordeaux. BARTHELEMY jfc , conservateur du musee d'histoire nalurelle, a Marseille. BKI;THUI.IS 3, medecin de la Marine, a Marseille, membre de plusieurs Academies. CoquAiND &, inge"nieur des mines, prof r . de geologic, a Besancon. CASTEL, agent-voyer chef, a St.-Lo. Mg r . DBVOUCOUX e^, eveque d'fivreux. NIEPCE , procureur imperial , b Brignolles ( Var ]. Baron DE CONTENCIN Q ^ , directeur-ge'ne'ral do rAdministration des cultes, a Paris. Comte OLIVIER DE SESMAISOIVS, ancien directeur de TAssocialion breloune, ^ Nantes. DE SOUUDKVAL $?, secretaire-general de la XV*. session du Con- gres sc-enlifique, juge au Tribunal civil , mrmbre du Conseil g6n6ral de la Vendee, a Tours. Mg r . PARISIS O ^c, 6veque d'Arras, ancien representant du Mor- bihan. DE GLANVILLE, inspecteur des monuments de la Seine-Inferieure, president del' Academic, 5 Rouen. L'abbe" LE PETIT, chanoine honoraire de Bayeux, secretaire-g6- n^ral de la Societ6 francaise d'archeologie pour la conservation des monuments, & Tilly (Calvados). DE BLOIS, ancien representant du Finistere, ancien president de la classe d'histoire de 1'Associalion bretonne, a Quimper. L'abbe LAC^RIE , chanoine honoraire de La Rochelle, inspecleur divisionnaire des monuments historiques, a Saintes. MATHERON (Ph. )^, ing6nieur, membre de plusieurs Societes savantes, i Marseille. DE BUZONNIERE, secretaire-general de la XVIII s . session du Congres scientifique de France, membre de plus. Academies, a Orleans. LA CROSSE C ^i^:, sgnateur, ancien mi nistre des travaux publics a Paris. DES MEMBPiES DE l/l.VSTITUT DES PROVINCES. XVII MM. DUFAUB DE MONTFORT 3fc, ex-president de la Soci&e" de statistique des Bouches-du-Rhone , a Marseille. GODELLE ^<, merabre de plusieurs Academies* conseiller d'fttat. MORIERB, secrelaire-ge'ne'ral de 1'Association norinande, professeur a la Faculte des sciences, a Caen. LEFBBVRR-DuRiiFLE C ^, secateur , inspecleur divisionnaire de 1'Association normande, ancien ministre, a Pont-Aulhou. LB NOKMAND , ancien sous-prefet, membre de plusieurs Societes savantes, a Vire. Vicomte DE FALLOUX $f , ancien minislre de 1'instruction publique, a Segr ( Maine-el-Loire ). DE KERDREL, ancien reprsentant d'llle-el-Vilaine , ancien eleve de Pficole des chartes , a Rennes. Alp. LB FLAGI'AIS, membre des Academies de Caen el de Rouen , a Caen. L'abbe CROSNIER , protonotaire apostoliquedu Saint-Siege, vicaire- gen^ral de Nevers , inspecteur des monuments de la Nievre, a Nevers. cooDRE, sup^Hcur du Seminaire de Sommervieu. membre de plusieurs Academies, professeur en Mede- cine , a Rennes. TAROT ^, president de chambre a la Cour d'appel de Rennes, secretaire -general de la XVl e . session du Congres. Comle Louis DE KKRGORLAY , ancien secretaire-general de PAsso- ciation bretonne, in Fossieux ( Seine-et-Oise ). A. TASLE ^5 , conseiller a la Cour d'appel de Rennes. BARRE ^c, sculpteur, haircut de ('Exposition regionale deTOuesI, a Rennes. Baron DE GIRARDOT $ >^c, membre de plusieurs Academies , sous-prefet , a Nantes. GUERANGER , ancien president de la Societ6 academiquc de la Sarlhe , au Mans. L. DE LA MOTTE , membre de 1'Academie, inspecteur des etablis- sements de bienfaisance , a Bordeaux. MAHECHAL ^J, ingenieur des ponts-et-chauss6es, a Bourges. MACHARD ^i, ingenieur en chef, id. BERTHAND $, maire de Caen , doyen de la Faculte" des lettres, a Caen. VALLAT, ancien recteur de 1' Academic du Lot, membre de I' Aca- demic, a Bordeaux. L1STE MM. BOUCHER-DE-PKRTHES $S president de la Societe d'emulalion, a Abbeville. RAYNAL O &, avocat-g6n6ral pres la Cour de cassation. DB LA MONNERAYE, president du Conseil general du Morbihan , a Rennes. NICIAS GAILLARD , C &, president de chambre a la Cour de cas- sation. POTTIER 3fc , conservaleur de la Bibliotheque publique de Rouen. THEVENOT, chef d'escadron, secretaire de section a la VI e . session du Congres scientifique de France, & Clermont-Ferrand. Marquis DE CHENNEVIERES-POINTEL $, membre de plusieurs Aca- demies, inspecteur-gen6ral des musees de province, a Paris. GUILLOEY ain6 $f , secretaire-general de la X p . session du Congres scientifique de France, president de la Societe industrielle, a Angers. Raymond RORDEAUX dfc, docleur en Droit, membre de plusieurs Academies , a fivreux. DE VERISEILH-PUIRAZKAU , inspecteur divisionnaire de la Societe francaise (rarcheologie pour la conservation des monuments, a Nonlron ( Dordogne ). DE SUHIGNY , membre de I'Acad&nie de Macon , a Macon (Saone- et-Loire). CANAT DE CHIZY, president de la Societe acade"mique de Chalon- sur-Saone. ROULANGE, ing^nieur des ponts-et-chausses , rue Olivier, 27, a Paris. ComteoEMELLET, inspecteur divisionnaire des monuments, membre de plusieurs Academies, a Chaltrait ( Marne). Victor PETIT, membre de plusieurs Soci6tes archeologiques, a Sens (Yonne). i .. TRAVERS, professeur honoraire de Iitl6rature latine a la Faculie des lettres de Caen, secretaire perpe"tuel de 1'Academie des sciences, arts et belles-lettres, a Caen. DUPRE LA MAHERIE, docteur en Droit, secretaire de section a la XVI C . session du Congres scientifique de France, subslitut.aCaen. ROSTAN , inspecteur des monuments historiques, maire de St.- M aximin ( Var ). HARDEI. , imprimeur de Flnstitut^ membre du Conseil de la Societe franchise d'archeologie pour la conservation des monuments , a Caen< . i, DBS MEMBRES DE l/INSTITUT DBS PROVINCES. XIX MM. DR QUATBEFAGES &, ancien professeur d'histoire naturelle a la Faculty de Toulouse, membre de Plnstitut, a Paris. PUFFIN, ancien magistral, membre de plusieurs Academies, & Paris, rue de Rivoli, 13. MAHUL >k, ancien preTet, membre de plusieurs Societes savantes, a Carcassonne, et a Paris , rue de Las-Cases, 16. Marquis Eugene DE MONTLAUR :$:, membre de plusieurs Acade- mies , a Moulins ( Allier ). L'abb6 BOUDANT , cur6 de Chantelle ( Allier ). LE PRLLETIER-SAUTELET e^ , docteur-m^decin , a Orleans. Comle DE VIGNERAL, president du Cornice agricole, a By ( Orne). DE BEHAGUE $t, membre du Conseil general de Tagriculture, a Dampierre (Loiret ) , rue des Saussayes, a Paris. LE Vox $fc, biblioiheraire de la Marine, a Brest. L'abbe" CIROT DE LAVILLE, membre de 1'Academie de Bordeaux. Comte ACHMKT-D'HERICODRT $ , membre de PAcademie (PArras. Baron DE MONTRRUIL ^:, ancien depute, a Gisors. Comte DE NIEUWERKERKE ^ C ^<, directeur-g^n^ral des musses, a Paris. QDANTIN ^, archiviste du d6parlement de 1'Yonne, membre de plusieurs Societ6s savanles, & Auxerre. D'EspAiLART, president de la Sociel6 academique du Mans, ad- joint au maire de la meme ville. GOMART^J, membre de plusieurs Academies, secr^tairedu Cornice agricole de St.-Quentin ( Aisne ). DE VERNEDIL O ^ C ^c, membre de I'Institut de France, a Paris. Baron James DE ROTHSCHILD C ><, membre de plusieurs Acade- mies , a Paris. DE REPECAUD C^t, membre de plnsieurs Academies, a Arras. RICART , secretaire de la Soci&6 archeologique de Montpellier. ARRONDEAU, inspecteur de TAcademie de Rennes, en residence a Vannes. DC Bois O 3, de la Loire-Inferieure , inspecleur-g6neral hono- raire de I'Universit^. Comte DE VAMJLANC ^, membre de plusieurs Academies, a Paris et a Munich ( Baviere). GATOT, ancien deput6, secretaire de la Soci^te d'agriculture , sciences et arts de 1'Aube, a Troyes. L'abh6 TRIDON, inspecteur des monuments de PAube, chanoine honoraire, a Troyes. XX LISTE MM. AtLUAUD atne" $S, membre du Conseil g6ne"ral de 1'agriculture, president des Socie"t6s savantes de Limoges. MOSSELMAN &, membre de plusieurs SocitHes savantes, a Paris , passage Sendrig. A. RAME, inspecteur divisionnaire des monuments, a Rennes. Vicomte Du MONCEL $ , membre de plusieurs Academies, a Caen. PIFTEAU, membre de plusieurs Socie'le's savantes, a Toulouse. Boi'ET, membre de plusieurs Academies, a Caen. Mg r . RIVET 3, e"v6que de Dijon, president de la XXI e . session du Congres scientitique de France. Henri BEAUDOT, secretaire-general de la meme session, president de la Commission arch^ologique de la Cote-d'Or. Le marquis DE SAINT-SEINE, vice-president general de la meme session du Congres. DE LA GREZE *fc, chevalier de 1'Etoile-Polaire de Suede elde 1'Ordre de Charles HI d'Espagne, conseiller a la Cour impe'rialede Pau. FRANTIN , membre de l'Acade"mie de Dijon. BESNOI;^:, pharmacien en chef de la Marine, a Cherbourg. Le V le . DE JUILLAC, inspecteur divisionnaire de la Socite" francaise d'archeologie pour la conservation des monuments , i Toulouse. Comte DE PO.NTGIBAULT , membre dc plusieurs Academies, a Fon- lenay ( Manche ). Gustave DE LORIERE ^, docteur en Droit, chevalier de 1'Ordre d'lsabelle-la-Catholique, au Mans et a Paris, rue de 1'Est, 7. CALKMAHD DE LAFAIKTTE, membre de plusieurs Academies, au Puy ( Haute-Loire ). Le comteGeorgesDESouLTRAiT ^^<^S, inspecteur des monuments de TAllier, membre du Conseil general de la Nievre, a Lyon. MABIRE ^, maire de Neufchatel, inspecleur de TAssociation nor- mande , a Neufchatel. Le vicomte DEGENODILLAC , membre de plusieurs Society's savantes, a Rennes. Albert DE BRIVF.S ^S, secr6taire-geneial de la XXII 6 . session du Congres scientiflque de France, president de la Sociel6 d'agri- culture, sciences et arts, au Puy. DUMON C $, ancien minislre, rue de la Ferme-des-Mathurins, 12, & Paris. DE Bouis, D.-M.-P. , membre de plusieurs Academies, h Paris. Baron DOYEN efc, raembre de plusieurs Academies, receveur- de 1'Aube, a Troyes. DBS MEMBRES DE L INSTITUT DBS 1MIOVINCES. XXI MM. Comle VAN DEB STRATEN-PONTHOZ, membrede plusieurs Academies, a Metz. D'ALBIGNY DE VILLENEUVE, secre"taire-ge"ne"ral de la Socie"t6 acade"- miquedeSl.-fitienne, inspccleur des monuments de laLelre, a St.-filienne. E. DEBEAtREPAiRE, ancien e"leve de Pficole des chartes, aAltn^on. Mg r . LANDRIOT $f , evque de La Rochelle, president general de la XXIIK session du Congres scientifique de France. L'abbe PERSON, secretaire-general adjoint de la XXlII e . session du Congres. JOUVIN^J, professeur de la Marine, a Rochefort. NAD , archilecte, inspecteur des monuments de fa Loire-Inferieure, ii Nantes. VALERE MARTIN, inspecleur des monuments historiques de Vau- cluse, a Cavaillon. CAILLAUD $, conservateur du musee d'histoire naturelle, aNantes. DE LA BORDERIE, membre de plusieurs Socie"ts savantes, ancieu eleve de 1'ficole des chartes , a Rennes. SEMICHON, membre de plusieurs Academies el du Conseil ge"ne>al de laSeine-Inferieure, a Neufchalel. DE LONGUEMAR ^J, membre de plusieurs Academies, ancien capi- taine d'etat-major, a Poitiers. OLIVIER ^, ingenieur en chef des ponts-et-chauss^es , a Caen. BLAVIEK ^ , inspecteur divisionnaire des mines, ci Paris. CAMPION , chef de division a la prefecture de Caen , membre de plusieurs Academies. L'abbe JOUVE, chanoine, inspecteur des monuments, a Valence ( Drome ). J. LA BARTHE $<, membrede plusieurs Academies, a Paris. Albert DL- BOYS, secre"taire-ge"ne>al de la XXIV. session du Con- gres scientifique de France, a Grenoble. Le comle DE MAILLY O ^ >^<, ancien pair de France, inspecteur divisionnaire des monuments. L'abbe BARRIER DE MOM-AULT, membre de plusieurs Societ6s sa- vantes , a Angers. C. MAHBR O $ , medecin en chef de la Marine, a Rochefort. AURIOL 3fc ^<, ingenieur en chef des constructions na vales, a Rochefort. Le baron DE CHAPELAIN DE SAJNT-SAUVEUR, membre de plusieurs Academies, a Mende. XXII LISTE MM. PICHON-PHEMELE 3, maire deS6ez, membre du Conseil general de I'Orne. GCRYMARDO & , ingenieur en chef, directeur des mines, en re- traile, doyen bonoraire de la Fa cu He des sciences de Grenoble. LECADRE^:, medecin en chef des Hospices, au Havre. LE HARIVEL-DU-ROCHER , sculpteur, a Paris. Diipuis, ancien president de la Societe archeologique de POr- l&mais, conseiller a la Cour impe>iale, a Orleans. PJLLOT, archiviste du d6partement de Hsere, a Grenoble. BOURDALOUE tifc. ^ , chevalier de la Legion-d'Honneur , de POrdre de St-Maurice, a Bourges. RAULLIN, prof r . de geologie a la Faculte des sciences de Bordeaux. Le marquis GODEFROY DE MESNILGLAISE ^ , ancien sous-preTet , membre deplusieurs Academies, a Paris et a Lille. Le comte DE GOURCY, agriculteur, membre de plusieurs Aca- d6mies , a Paris. PAQUEREE, botaniste et geologue , a Caslillon-sur-Dordogne ( Gi- ronde ). L6o DROUYN , professeur de peinture, inspecteur des monuments historiques, a Bordeaux. MANES 0^:, ing^nieur en chef, directeur des mines, a Bordeaux. BAtDRiMONT^:, professeur a la Faculty des sciences de Bordeaux. DURIEU DE MAISONNEUVE dfc, directeur du jardin des plantes de Bordeaux. Mg r . MELLON-JOLLY O ^J, archeveque de Sens , president-general de la XXV e . session du Congres scientifique de France. Le baron MARTINEAU DES CHESNETZ G ^< , maire d'Auxerre, vice- president general de la XXV e . session du Congres. BOPIN dfc, directeur de la ferme-e"cole desTrois-Croix, pres Rennes. PHETAVOINE , maire de Louviers, membre de plusieurs Soci^tes savantes. ROBIOU DE LA TREHONNAIS, membre de plusieurs Societes savantes fran^aises el e"trangeres. J^e comte Alexis DE CHASTEIGNER, membre de la Societe franc,aise d'archeologie , a Preuilly (Indre-et-Loire) , el a Bordeaux (Gi- .1 ronde ). Ren6 TAILLANDIER ^J, membre de plusieurs Academies , a Paris. Comte DE BONNEUIL , inspecteur de la Soci6t6 fran^aise d'ar- ch6ologie pour le departement de Seine-et-Marne, rueSt.-Guil- laume , 39 , a Paris. DES MEMBRES DE I/INSTITUT DBS PROVINCES. XXIII MM. Marquis DE FOURNES, secretaire-general du Coughs des deiegu6s des Societes savantes , au chateau de Vaussieu ( Calvados) , et a Paris , rue de Lille , 71. THIAC $$%.%:, membre du Conseil general de la Charente et de plusieurs Societes savantes, a Angoul&ne et a Paris, rue St.- Lazare , 26. COTTEAU , juge a Coulommiers, ancien secretaire-general adjoint du Congresscientifiquede France (session del 858), a Auxerre. Ed, DBBARTHELEMY $ , secretaire de la Commission du sceau des litres au Conseil d'fitat , inspecteur de la Societ6 francaise d'archeologie, rue Casimir-Perier, 3, a Paris. Baron DES ROTOURS ^, ancien sous-prefet, inspecteur de 1'Asso- ciation normande, president de la Socieie d'agriculture de Vire, au chateau de la Graverie ( Calvados). A. WILBERT, president de la Societe d'emulation de Cainbrai , ancien secrelai re-general du Congres archeologique de France, a Cambrai. SILBERMANN ^ , ancien secretaire-general adjoint du Congres scienlifique de France, membre de plusieurs Academies, imprimeur, a Strasbourg. Edmond LE GRAIN, peintre, membre de plusieurs Societes sa- vantes , a Vire ( Calvados ). BULLIOT, membre de la Societe academique d'Autun et de la Societe francaise d'archeologie, a Autun. JUNG, chanoine de St. -Thomas, professeur au seminaire protes- tant , conservateur de la Bibliotheque publique, a Strasbourg. DE LUSTRAC, ancien officier d'artillerie , membre de plusieurs Societes savantes, a Reniies (Il!e-et-Vilaine). Baron DE CASTELNAU-D'ESSENAULT , membre de plusieurs Acade- mies, au chateau de Lalrcsne, pres Bordeaux, Le baron GAY DE VERNON ^< , ancien officier d'etat-major, membre de plusieurs Academies, a St.-Leonard (Haute-Vienne). L'abbe LA CROIX , bolaniste , cure de St.-Romain-sur-Vienne, pres Chatellerault. Le comle DE NRXON ^ , agriculteur , au chateau de Nexon ( Haute-Vienne ). PERIER, D.-M.-P., botaniste, a Epernay (Marne). BENARD-LE-DUC ^t, president de TExposilion r6gionale el de la Societe d'emulation , a Rouen. XXIV USfE llembres Kt rangers. S. M. le ROI DE SAXE , president honorairc des Soci6le"s academiques de Dresde et du Congres arch^ologique allemand. MM. LOPEZ C $<, conservateur en chef du Mus6e, a Parme. Marquis PAKETTO C^<, 6 Genes. Marquis DE RIDOLFI C $J, ancien minislre, & Florence. Pasteur DIJBY ^<, a Geneve. Baron DE SBLIS-LONGCHAMP ^<, ft Liege. WHEWHEKL, professeur, & Cambridge. JAMES IATES, a Londres. SAN-QUINTINO >^<, conservaleur honoraire du Mus6e, a Turin. DESPINES C >^, directeur des mines du Pi&nont, & Turin. WARMKOENIG ^<, professeur & I'Universitg de Tubinge. BAEHB >^<, professeur 5 rUuiversil6 de Heidelberg. SCHADOVV O >^<, direcleur de 1'Ecole des beaux-arts, a Dusseldorf. KUPFER O ^:, professeur de physique, a St.-Pelcrsbourg. KniEG DE HOCHFEI.DEN $, ancien directeur des fortifications du grand-duche de Baden , & Baden. DE BRINCKEU, conseiller d'Etat, a Brunswick. D'HoMALits-n'HALLOY G>^<, correspondantde 1'Instilutde France, a Namur, et ii Paris, rue Mondovi, 6. MARAVIGNA, professeur d'hisloire naturelle, & Catane (Sicile). Due SERBA DI FALCO G $ , prince de Santo-Pietro, a Florence (Toscane) et a Palerme. Baron UE ROISIN $$.$, a Bruxelles. Marquis DR SANTO-ANCELO G $:, ancien minislre de S. M. le Roi des Deux-Siciles , a Naples. Comte DE FUHSTEMBERG O ^< , chambellan de S. M. le Roi de Prusse, a Apollinarisberg, pres Cologne. Baron DEQUAST >^<:, inspecteur-g^neral des monuments historiques de Prusse, chevalier de POrdre de St.-Jean de Jerusalem, a Berlin. ROULEZ ^<, professeur d'archeologie a rUniversile de Gand. SISMONDA ^c, professeur de geologic u I'Universit^de Turin, membre de TAcad^mie de la meme ville. Comte DE SKLMOUR ^< , gentilhomme de la Chambre du Roi de Sardaigne , president de TAssociation agricole de Pi6mont. DES MEA1BRES DE I/INSTITUT DES PROVINCES. XXV MM. JACQUEMONT Oysfeyfe, membre du S6nat et president de la Soci6t6 academique de Chambery. Mg r . MULLER , eveque de Minister. REICHENSPERGER:^:, conseiller a la Cour royale et membre de plu- sieurs Academies, a Cologne, vice-president de la Chambre legislative de Berlin. Mg r . GEISSEL $fc , cardinal-archeveque de Cologne. BOTOWSKI >3jc 3 ^<, gouverneur provincial, h Moscou. Comte DE LA MARMORA G ^, directeur de Pficole de Marine, 5 Genes. DONALSTON , secretaire de rinstitut des archilectes, a Londres. ,- LE MAISTRE-D'ANSTAING >^<, president de la Soci6te archeologique, a Tournay. QUETELET O^<, secretaire perpetuel de 1' Academic royale de Belgique, & Bruxelles. JOBARD O >^c , membre de plusieurs Academies, a Bruxelles. DE WiLMOSKr, chanoine de la catliedrale de Treves, & Treves. Baron DE PLANCKET, docteur en Droit, membre de plusieurs Academies, & Bruxelles. MURCHISON, membre de la Sociele royale de Londres, corres- pondent de rinstitut de France, a Londres. PARKER, membre de laSociet6 des Antiquairesde Londres, a Oxford. Comte Ernest DE BEUST C>^<, directeur-generaldes mines, i\ Berlin. BARUFFI ^ ^c , professeur de g^om^lrie ci 1'Universile de Turin. Comle AVO^'ARDO DE QUAREGNY C ^:, professeur de physique a rUniversit6 de Turin. Comte CESAR BALBO C ^<, depute, ex-president du Conseil des ministres, a Turin. CIBRARIO C ^<, senaleur de Piemont, professeur de chimie a I'Universite de Turin. HAGOZIM ROCH, secretaire perp6luel de 1'Academie royale d'agri- cullure de Turin. Baron Joseph MANNO C ^< , president du S6nat du royaume de Sardaigne et de la Cour d'appel de Turin. J. MORRIS ^c, senateur du royaume de Sardaigne, a Turin. Professeur CANTU ^<, senateur du royaume de Sardaigne, 5 Turin. Le comte Joseph TBLEKI C ^<, membre de rAcadgmie imperiale d'Autriche, & Szerach. Joseph ARNETH, directeur du cabinet imperial des Antiques, a Vienna. XXVI LISTE DES MEMBRES DE L*INSTITUT DBS PROVINCES. MM. DAVIDSON, membre de la Societe g^ologique, a Londres. D'OLFERS C $fc, directeur-gne>al des Mus6es, commandeur de plusieurs ordres, a Berlin. Le Re"v. PETIT, membre de plusieurs Academies, a Londres. THOMSEN C >$:, direcleur du Cabinet des medailles, a Copenhague. Baron STILFRID G $, grand-maitre des ceremonies du Palais , a Berlin. NAHUR, secretaire-general de la Societe archeologique du grand- duche de Luxembourg. KRRWIN DR LETTENHOWE 3, membre de plusieurs Academics , a Bruges. FoasTER^J, professeur a TAcademie des Beaux-Arts deVienne, president de la 26 e . classe du Jury international a I'Exposition universelle de Paris. Le baron DE MAYENFISCH ^ $fc 3fc, chambellan de S. M. le Roi de Prusse et de S. A. R. le Prince de Holinzollein-Sigmaringen, a Sigmaringeri? LE Ro\ , professeur a rUniversile de Liege. Le docteur DE VJGANDT, a Wetzlar (Prusse). FAIDER G $ ^< ^<, procureur g6n6ral , a Bruxelles. MITTER-MAYER ^. $fc , professeur a 1'Universile de Heidelberg. DUCPETJAUX ^t, inspecteur-g6neral des prisons, a Bruxelles. D'OTREPPE DE BOUVETTE ^< ^< , membre de plusieurs Academies, a Liege. STEINGEL $fc, officier supe>ieur en relraite, a Wetzlar (Prusse). AMI BODE, membre de TAcademie irnpe>iale de Vienne. Cesar CANTU , membiede plusieurs Academies, a Milan. Le colonel KOMAROFF, ingcuieur en chef des ponts-el-chauss6es, a Paris et a St.-P6tersbourg. VAN DER HOEVEN ^ , professeur de zoologie , a Le>de. Le comle DE MEHEY-ARGENTEAU efc, president honoraire de la Societe libre d'fimulalion de Li^ge , etc., etc., a Li^ge. Le chevalier Rossi >^< , conservateur de la bibliolheque du Vatican, a Rome. CONGRES DES DELEGUES DES SOCIETES SAVANTES DES DEPARTEMEMS, SOUS LA DIRECTION DE L'INSTITUT DES PROVINCES DE FRANCE- SESSION DE 1859. SEANCE GEXERALE D'OUVEKTURE. Pr&idence de M. DE CAUMONT, directeur de 1'Instilut des provinces. La seance est ouverle , a 2 heures 1/2 , dans la grande salle des stances de la Societe d'encouragemenl pour 1'industrie nationale. Sont appeles au bureau : MM. le due D'HARCOURT, ancien pair de France et ancien ministre plenipotentiaire , de'legue' de 1'Asso- ciation normande; le comle D'HERICOURT, de'legue' deTAcademie d'Arras, le marquis de SAINT-SEINE, membre de Tlnslilut des provinces, delegue de Dijon; DE LA CHAUVINIERE , delegue des Societes savantes d'Angers, Saumur, etc. , etc. ; D'OTREPPE UE BOUVETTE , delegue des Academies de la Belgique , membre Stranger de 1'Inslitut des provinces; le colonel DE REPECAUD, membre de I'lnstitut des provinces, delegue de 1'Academie d'Arras. Secr6taires-ge"neraux : MM. Raymond Bordeaux, d'Evreux ; Charles Gomart e de St.-Quentin; le marquis de Fourn&s, de Bayeux; le docteur de Bouis , de Paris; le comte de Soultrait, de Lyon ; Gaugain, archiviste-tresorier. 1 2 CONGRES CENTRAL DES ACADEMIES. On remarque dans la salle un grand nombre de delegues des Societ^s savantes des departements , savoir : MM. DE BEAULIEU , correspondant de rinstitul de France , de- 16gue" de Niort. PERNOT, dele"gu6 de la Socie"te archeologique de Langres ( Haute-Marne ). ABAQUESNE DE PARFOURU , delegue de Valognes. Le comte DE MELLET , membre de 1'Institut des provinces , detegue" de Chalons-sur-Marne. Le comte D'HERICOLRT , membre de Tlnslitut des provinces, delegue" de TAcademie imperiale d'Arras. Le comle DE BEAUREPAIRE, ancien ministre plenipotenliaire, delegue de Falaise. Le vieomte DE CUSSY , membre de 1'Inslitul des provinces , de"legue" de la Societe d'agriculture de Bayeux. D'OTREPPE DE BOUVETTE, conseiller honoraire & la Gour de Liege et du Conseil des Mines en Belgique , a Liege. Cli. Gomart , membre de Tlnstitut des provinces , delegue du Cornice agricole de St.-Quentin. Le marquis DE FOURNES, inspecteur et delegue de TAssocia- tion normande. Le vieomte Du MONCEL, membre de 1'Institut des provinces, delegue de la Societe des sciences naturelles de Cherbourg. CHARLOT , conseiller a la Cour imperiale de Nancy. MENNECHET , juge , a Abbeville , delegue de la Society fran- yaise d'archeologie ( division du nord ). VALLIN , delegue de TAssociation bretonne. Le baron LE GUAY, delegue de la Societe d'horticulture de Paris. SALMON DE VILLIERS, delegue de Nancy. ROBIOU DE LA TREHONNAIS, membre de Tlnstitut des pro- vinces , delegue de Londres. PICHON-PREMELE" , membre de I'lnstitut des provinces, de- legue de Seez. BEAUDOUIN, president et dengue du Cornice de Rouen. Le vieomte DE LOUVENCOURT , delegue de la Societe d'Autun. SESSION DE 1859. 3 MM. DE LESTANG , delegue" de la Societe des arts du Mans. Le colonel DE REPECAUD , delegue de I'Acad&mie d' Arras. Eug e . DORVILLE, id. Le docteur ANCELON, delegue de la Societe des sciences medicales de Metz. Le docteur Fridericus BIALLOBLOTZKI, delegue des Socie'tes savantes de 1'Allemagne. MOSSELMAN , membre de 1'Institut des provinces , a St.-Lo. Jules PAUTET DU ROZIER , delegue de la Societe d'histoire de 1'arrondissement de Beaune. DE LA LONDE, delegue de la Societe francaise d'archeologie , a Rouen. COUSIN , delegue de la Societe d'agriculture , sciences et arts de Dunkerque. ALARD , id. JOUANNE, delegue de la Socie"te francaise d'archeologie, & Paris. Th. BRUAND D'UZELLE, delegue de la Societe d'emulation du departement du Doubs. MARCIIAL , dengue" de la Societe d'archeologie , sciences et arts d'Avranches. LABORDE, delegue du Cornice agricole de Villeneuve-sur-Lot. LEROYER , de'legue de la Sociele industrielle d' Angers. CUMINGE , delegue de la Societe" scientifique et litteraire de Castres. H. ABORD-BELIN , delegue de la Sociele archeologique de Beaune. Le comte DE BLAGNY, d^legu^ de 1'Association normande. DE Bouis , membre de 1'Institut des provinces , de'legue de Rouen et de Caen. DESVAUX, de'legue du Cornice agricole de Vendome. DE LA CHAUVINIERE, de'legue de la Societe industrielle d'An- gers. ASCHERMANN, de'le'gue' de la Socie"te d'agriculture, sciences et belles-lettres du departement d'Indre-et-Loire. CORDIER, de'legue" de 1'Association normande, a Lisioux. Le marquis DE SIEY&S, delegue de Valence < Drome ). l\ CONGRES CENTRAL DES ACADEMIES. MM. DE LA RODVRAYE, membre du Conseil general de 1'Orne, d61egu6 du Cornice agricole d'Alencon. CHAUBRY DE TRONCENORD , ddegue de la Societe d'agricul- ture, commerce , sciences et arts de la Marne. Jules DUVAL, dengue de la Societe cenlrale d'agriculture de PAveyron. Le general REMOND, membre de 1'fnstitut des provinces, a Gisors. Albert Du BOYS, membre de I'lnslitut des provinces, delegue de Grenoble. DE BUZONNIERE, president de la Societe archeologique de POrleanais. Comte DE GENOUILHAC, delegue de la Societe archeologique de Rennes. DE SAINT-SEINE, membre de I'lnslitut des provinces , de"- 16gu6 de Dijon. SOCARD, delegue de la Society d'agriculture, sciences, arts et belles-lettres de 1'Aube. GELLIBERT DES SEGUINS , dengue de la Societe d'agricullure et de la Societe d'archeologie de la Charente. Le baron de GUILLERVILLE, d61egu6 de 1'Association nor- mande , a Rouen. Gabriel D'ERCEVILLE , delegu6 de la Societ6 francaise d'ar- cheologie ( Seine-et-Marne ). Le marquis DE BERENGER, delegue" de 1' Academic delphi- nale , a Grenoble. CARLIER, delegue du Gomite flamand de France, a Dunkerque. Ernest MAHIAS , delegue des Societes d'horticulture, d'agri- culture et d'archeologie de Rennes. Le marquis de GODEFROY DE MESNILGLAISE , de!6gu6 de la Societe des Antiquaires de la Morinie. CHALLE , sous-directeur de 1'Institut des provinces , d616gue d'Auxerre. Le vicomte Armand DE POMEREU , d^l^gu^ de la Societe francaise d'archeologie. Louis GAUTIER , president de 1'Academie delphinale. SESSION DE 1859. 5 MM. PAULMIER, ancien depute, de'le'gue' de 1' Association normande. Ernest BERTRAND, juge destruction , a Paris, delegue de la Societe d'agriculture de 1'Aube. SAINT-JEAN, membre du Conseil ge'ne'ral du Calvados. Le vicomte DE KERIDEC, delegue" de la Societe archeologique du Morbihan. INicias GAILLARD, president a la Cour de cassation. THIAC , delegue de la Societe d'agriculture , arts et com- merce de la Charenle. DARBLAY, president et delegue" de la Societe imperials d'agricullure de la Seine. DE LIESVILLE, delegue de la Societe francaise d'archeologie. Le comte DE MAILLY, membre de 1'Institut des provinces , delegue de la Sarthe. Le due DE^MAILLE, delegue des Societes agricoles de llndre. HOUBIGANT, delegue de la Society archeologique de Beauvais. Le docteur FABRE, delegue du Cornice agricole de Villeneuve- sur-Lot. D'fipiNNEviLLE, delegue" de I'Association normande (division de 1'Orne ). MOUTIER , delegue de 1'Association normande ( division du Calvados). Marcel GANAT DE GHIZY, president de la Societe d'histoire et d'archeologie de Chalons-sur-Marne. MAHUL , delegue de la Societe des sciences et arts de Car- cassonne. HARDODIN, delegue de la Societe des antiquaires de Picardie , DE MORISSURE, delegue du Cornice agricole de JNogent-le- Rotrou. DE BONNE UIL, inspecteur de la Societe francaise d'archeologie ( Seine-et-Marne ). PERROT, president du Cornice d'Orleans. Le comte DE VENDEUVRE , d61egu^ de la Socie'te d'agricul- ture de Falaise. DUVAL DE FRAVILLE , delegue de la Socie'te' francaise d'ar- cheologie ( Haute-Marne ). 6 CONGRES CENTRAL DES ACADEMIES. MM. GOFFINI-DELRUE , avocat , & Mons ( Belgique ). RAUDOT, dengue de la Sociel^ centrale d'agriculture de TYomie. DEBACQ, dengue de la Socie'te' d'agriculture de la Marne. Raymond BORDEAUX , membre de I'lnstitut des provinces , de'legue' d'fivreux. BOUIIDIN , delegue de 1'Association normande, a Rouen. Le marquis DE TANLAY , president et delegue du Cornice de 1'Yonne. L'abbe" NOGET, membre de I'lnstitut des provinces, superieur du se"minaire de Sommervieu , pres Bayeux. PONSARD, president et delegue du Cornice agricole de la Marne. PROST, delegue de 1'Academie de Melz et de la Society ar- cheologique de la Moselle. TAILLANDIER , dengue de la Societe" industrielle d'Angers. D'ERMIGNY, delegue du Cornice agricole de Peronne. BIZEUL, membre du Conseil general de la Loire-fnferieure , a Blain. Le comte DE GOURCY, membre de I'lnslitut des provinces, a Paris. GOSSE, dengue de la Societe d'histoire et d'arche"ologie de Geneve. DE GLANVILLE , delegue de 1'Academie de Rouen. L^TOT, delegue de 1'Association normande. Le marquis DE MONTLAUR , membre du Conseil general de I* After. DE MONTKEUIL , membre du Conseil g6ne"ral de 1'Eure. MAURENQ , delegue du Cornice agricole de 1'Jndre. GADEBLED , delegue de la Societe acadernique de 1'Eure. DUPUIS. conseiller a la Cour imperiale d'Orleans, dele"gue de la Societe archeologique d'Orleans. LA FOND, id. , id. DE LAURIERE , delegue de la Charente , a Angouleme. Le docteur DE LA ROIERE , ancien membre du Conseil ge- neral , de"legue de la Sociele Dunkerquoise. LE PERE , avocat , dengue de la Societe des sciences histo- SESSION DE 1859. 7 riques et nalurelles de 1'Yonne , de la Societe centrale d'agriculture de 1'Yonne et du Cornice agncole et vili- cole de I'arrondissement d'Auxerre. MM. RossEY,deleguederAssociationnormande(divisionderEure). DE BOGARD, vice-president du Cornice agncole et viticole de Tarrondissement d'Auxerre. Le comte DE TRAMKCOURT, delegue du Cornice de Provins. Felix DE VERNEILH, mernbre de 1'Institut des provinces, de"- legue de Perigueux. Le comte DE CHARMASSE, delegue de la Societe fiduenne. Le comte D'ESTAINTOT, delegue de la Sociele d'emulation de Rouen. DREOLLE , delegue de Libourne Le marquis DE BRYAS, delegue de 1' Academic de 1'industrie. THIOLLET , delegue de la Sociele de Poitiers. Le marquis DE VOGUIS , delegue de la Societe d'agriculture du Cher. Le marquis DE VIBRATE, membre de 1'Institut des provinces, delegue de Blois. DE BONNAND, delegue de la Societe frangaise d'archttologie (Mevre). CLAYE , delegue" du Cornice agricole de Maintenon. Le vicomte DE GUMONT , delegue de la Sarthe. PAQUEREE, membre de Tlnstitut des provinces, delegue de la Societe Linneenne de Bordeaux. Paul DURAND, delegue de Ghartres. Leonce DE LAVERGNE, membrederinstitutimperialdeFrance. DE BOISRENAUD, delegue de la Societe i'rancaise d'archeologie (Nievre). Jules DE BUYER, inspecteur des monuments de la Haute-Saone. Le comle Georges DE SOULTRAIT , delegue de Lyon. Le marquis DE BARTHELEMY, delegue du Cornice agricole du canton d'Aubagne. DE LA COUR, membre du Conseil general du Calvados. DE COURCELLES, de Lille, delegue de la Societe I'rancaise d'archeologie. 8 CONGllES CENJRAL DS ACADEMIES. M. LE MAISTRE-CHABERT, president du Cornice agricole de 1'ar- rondissement de Strasbourg. M. de Caumont ouvre la stance par un discours dans lequel 11 entre dans des considerations 6tendues sur la marche et 1'avenir des etudes s^rieuses dans les de"partements ; puis 11 continue en ces termes : Le Congres scientifique de France a produit, en 1858, d'im- menses resultats a Auxerre. L'esprit 61ev6 , le savant que vous voyez conslamment sieger dans cette enceinte , M. Ghalle , sous-direcleur de Tlnstitut des provinces, avait imprime au Congres une direction excellente qui a rallie tout ce que le centre de la France renferme d'hommes sludieux. La inline impulsion a ete" donnee a la publication des Actes du Congres , et deja les deux volumes qui les renferment sont entre nos mains depuis plus d'un mois. Jamais le compte- rendu d'aucune session n'avait ele si rapidement ni si bien imprime , nous devons en feliciler M. Challe et le Comite de publication d'Auxerre. En 1858, le Congres arche'ologique de France a sige d'abord a Perigueux, puis a Cambrai. Dans chacune de ces deux villes, les travaux ont ete parfaitement conduits , grace surtoul aux secre'taires-ge'ne'raux, MM. F. de Verneilh et A. Wilbert. Le Compte-rendu de cette session va parallre prochainement , illustre d'un grand nombre de figures. a Enfin, les Assises scienlifiques, convoque"es par I'lnstitut des provinces, a Bourges , a Tours , a Limoges , a Pe^rigueux, a Carnbrai, a Bordeaux , ont e"te tres-remarquables. Les Assises scientifiques de Bordeaux , quoiqu'elles n'aient dure que deux jours , ont produit plus de Memoires qu'il n'en eut fallu pour composer un volume in-8. de 600 pages. L'Institut des provinces a vivement regrette" de ne pouvoir publier dans son Annuairc qu'une partie de ces travaux vraiment importants , et qui montrent combien de ressources scien- c l-ifiques et litt^raires existent dans la plupart de nos grandes villes. SESSION DK 1859. 9 o Malheureusement , il faut le dire, ces ressources demeu- rent trop souvent a I'etat latent , jusqu'a ce qu'une force venant de Texl^rieur permetle qu'elles se montrent au grand jour. D'ailleurs, dans la France acade"mique, comme dans la France agricole , le morcellement continue , et chaque Societe nouvelle se fait une atmosphere a elle, un domaine un peu exclusif, quoique souvent tres-restreint ; de sorte qu'il devient tres-necessaire de convoquer , de temps a aulre , des Assises scientifiques , qui ne sont que des Congres tres-courts, POUR RETABLIR L'uNiTE. A ce moyen, les hommes qui se regardaient par la fen^tre finissent par se reunir sur le terrain dont un etranger fait les honneurs, et les rivalites cessent, assez long- temps, au moins, pour que les communications se retablissent au profit de la science. L'Institut des provinces, qui connaissait parfaitement cet etat des choses , a done eu une pensee fe- conde quand il a cree les Assises : il en a recueilli , cette annee surtoul, des fruits tres-abondants. Mais je me hale , Messieurs, d'arriver a la fin de 1'apercu qu'il est de mon devoir de vous presenter sur les travaux de 1'Institut des provinces et des Congres dont ii est 1'ame , pen- dant 1'annee 1858. Un evenemenl que je ne puis passer sous silence , c'est la publication du volume grand in-4. que vient de faire paraitre la classe des sciences de notre Inslitul provincial. Ce volume de 500 pages renferme des travaux considerables , de bonnes planches , des cartes. Quand on voit de tels ouvrages , on regrette que 1'Institut des provinces n'en public pas a des epoques plus rapprochees ; ce ne sont pas les materiaux qui manquent , Messieurs, mais Targent. Les frais d'impression ne sont jamais couverts par la vente , et 1'Institut , n'ayant pas de dotation , doit mettre un certain intervalle entre la publication de ses volumes in-Zi. Du reste , VAnnuaire , dont le format s'est agrandi et dont le tirage s'est accru , donnera place a un plus grand nombre de Memoires que par le passe ; il pourra , nous ie croyons , re- 10 CONGRES CEMT.AL DliS ACADEMICS. pondre aux besoins les plus pressants par sa publicity consi- derable , rapide et re"guliere. M. le comte dlle'ricourt , qui a preside 1'annee derniere , avec tant de distinction , la section charge"e d'enlendre les rap- a ports des delegues sur les travaux de leurs Societes respec- lives , va prendre la parole et vous lire son re'sume' du mou- vement academique en France pendant l'anne"e 1857. Ge discours va dignement inaugurer votre session de 1859. Les craintes que nous inspirait , 1'annee derniere , 1'etat de M. Sellier, de Chalons-sur-Marne , n'elaienl que trop fondees, et notre savant confrere a succombe deux mois apres la re"u- nion du Gongres. Gette perte sera vivement senile de nous v tous, car nous avions pu appre"cier la haute capacite de ce con- frere et son devouement aux inlerets du pays : elle laissail dans volre secretarial un vide que nous avons heureusemenl comble. M. le marquis de Fournes , que vous avez apprecie dans volre derniere session, a bien voulu accepter un siege parmi vos secrelaires-generaux. Le Gongres remercie M. le marquis de Fournes de celte preuve de devouemenl qu'il veul bien lui donner. Nous aurions & vous parler des delegalions qui onl 616 failes celle annee , el des illuslralions qui siegeronl pour la premiere fois au Gongres dea delegues ; mais ces noms vonl 6tre pro- nonces dans les lettres que je suis charge de vous faire con- naitre, el je passe au depouillemenl de la correspondance. Ge discours, e"coule avec le plus vif inte"ret, esl accueilli avec des marques unanimes d'approbalion. M. le Presidenl donne ensuite a TAssemblee communication de la correspondance. Le Gomice agricole du canlon .d'Aubagne ( Bouches-du-Phone ) delegue au Gongres M. le marquis de Barlhelemy , son president honoraire. La Sociele Eduenne delegue, pour la representer au Congres des Socieles savantes, MM. le comte d'Esterno, A. de Charmasse et le vicomle de Louvencourt. SESSION DE 1859. 11 La Societe d'agriculture des sciences , arts et belles-lettres du de"partement de 1'Aube, de"legue MM. le baron Doyen, Jules Greau, Soclard , Ernest Bertrand et Gabriel de Vandeuvre. La Societe" de Falaise delegue M. le baron de La Fresnaye. .La Societe d'emulalion du Doubs delegue M. Bruand d'Uzelle. La Societe d'emulation du departement des Vosges delegue MM. Baudrillard, professeur d'economie politique au college de France, et M. Gley , officier principal d'administration des subsistances militaires. La Socie"le Dunkerquoise pour I'encouragement des sciences , des lettres et des arts*, delegue au Congres MM. Cousin , Derode etAllart. La Societe d'agriculture, commerce, sciences et arts du de"- partement de la Marne, annonce qu'elle a delegue au Congres MM. Garinet, Chaubry de Troncenord , de Mellet, Eugene Gayot, de Pinteville et Debacq. La Societe archeologique et historique de la Charente delegue au Congres M. Gellibert des Seguins. La Socie'te' centrale d'agriculture de 1'Aveyron delegue au Congres M. Monseignat du Clusel, son president, et M.Jules Duval. Le Cornice agricole de 1'arrondissement de Vendome de"legue au Congres M. Desvaux , maire de Beauchesne. La Societe d'agriculture , sciences , arts et belles-lettres du departement d'Indre-et-Loire a delegue M. Joseph Aschermann. La Societe des Antiquaires de 1'Ouest de"legue au Congres MM. Nicias Gaillard , president de Chambre a la Cour de cas- sation , et Guslave Bardy , conseiller a la Cour imperiale de Poitiers. Le Cornice agricole de St.-Quentin delegue au Congres, pour le representer , M. Ch. Gomart , son secretaire-general. La Societe impe'riale et centrale d'agricullure delegue, pour la representer: MM. Passy, Darblay aine , Huzard el Payen. La Societe academique d'archeologie , sciences et arts du de- partement de TOise , delegue MM. Peigne" et Houbigant. La Societe" d'histoire de 1'arrondissenient de Beaune ( C6te- d'Or) delegue MM. Abord-Belin et Jules Paulet. 12 CONGRES CENTRAL DES ACADEMIES. L'Acade"mie des sciences, belles-lettres et arts de Caen a design^ , pour la representer au Congres des Socie" te"s savanles de 1859, MM. Boulatignier et de Bouis. La Socie'te' archeologique de POrleanais a nomme de'legue's au Congres: MM. de Buzonniere, president; 1'abbe Rocher, se- cretaire ; Bagnenault et Dupuis. Le Cornice central agricole de Villeneuve-sur-Lot a delegue au Congres M. le docteur Fabvre , son ancien president. La Societe archeologique d'llle-et-Vilaine a delegue M. le vicomte de Genouilhac. La Societe industrielle d'Angers de"legue : MM. de La Chauvi- niere , Leroyer et Taillandier pere. La Societe" centrale d'agriculture d'llle-et-Vilaine delegue M. Mahias , avocat. La Societe acade"mique de Cherbourg delegue M. Baude. Cinq Societes de la Belgique ont delegue M. d'Otreppe de Bouvette. Ces Societes sont : 1. L'Institut archeologique Liegeois; 2. L' Academic des beaux-arts et litterature de Gand ; 3. La Societe archeologique de Namur ; l\. La Societe d'histoire et de litlerature de Limbourg, a Tongres ; 5. La Socie'te libre d'emulation de Lie"ge. M. de Caumont donne connaissance a 1'Assemblee des ou- vrages adresses au Congres des Societes savantes soil par des Socieie"s, soit par des membres du Congres, et qui sont de- pose's sur le bureau. En voici les litres : Institut des provinces de France ( sciences physiques et naturelles ) , tome I. 1859. Recueil des travaux de la Societe d'agriculture , sciences etartsd'Agen, t. (IX, l re . partie). 1858. Socie'le litleraire et scientifiquc de Castres ( Proces-verbaux des seances ) , 2 e . annee. 1858. Socie'le d'agriculture , des belles-lettres , sciences el arts de Rochefort. 3 volumes. 1856-1859. SESSION DE 1859. 1,3 Societe de slatistiquc de Marseille ( Gompte-rendu des ter- vaux). 1854-1856. Annales de la Societe d' horticulture de la Gironde, 2 e . serie, tome XI. 1859. Bulletin de la Societe academique d 'agriculture , belles- lettres, sciences et arts de Dijon. 2 vol. 1857. Publications de la Societe archeologiquc de Montpellier. 1858. Proces-verbal de la Societe des lettres , sciences et arts de CAveyron. 1857. Bulletin de la Societe liegeoisede litter aturewallonne. 1858. Annuaire de la Societe libre d'emulation de Lie'ge pour Tanned 1858. Dessechement des moeres par Cobcrgher 'en 1622; par M. Border. Observations stir le metamorphisme et recherches expe- rimentales sur quelques-uns des agents qui ont pu le pro- duire, par M. Daubre"e. Situation financiere des villes de Picardie sous saint Louis; par M. Ch. Dufour. 1858. Cause premiere de toutes les crises sociales , financieres , alimcntaires , indus trie lies , etc. , par M. le marquis d'Eurville. Paris , 1858. Histoire de I'aff'ranchissement communal dans les anciens dioceses de Laon, Soissons et Noyon; par M. Melleville. Hagiologie nivernaise ou vies des saints et autres pieux personnages qui ont edifie le diocese de Nevers par leurs vertus ; par^Mg'r. Crosnier. l re . livraison. 1858. Congres scientifique d'Auxerre. Petit guide non officicl; par M. Victor Petit. Description et gravure de me'dailles commemoratives de plusieurs evenements interessant la ville de Metz ; par M. Chabert. 1858. Rapport fait a la Societe Dunkerquoise ; par M. Alard. Conferences de la Societe de St.-Vincent-de-Paul d'Autun. Assemble generate du 13 mars 1859, par M. de Fontenay. ill CONGRES CENTRAL DES ACADEMIES. La Decentralisation, par M. Kuntz de llouvaire. Archeologie rouennaise. l.c premier vicux Rouen router- rain, son enceinte militaire et ses produits industriels an commencement de la domination romaine , par M. Thaurin. Vainc pdture ; des re'glements municipaux sur tes trou- peaux communs et les troupeaux se'pare's ; par M. le corale Van der Stralhen-Ponthoz. L'Ombre de Moliere. Poeme lu , a Grenoble , a la 2Zi e . ses- sion du Congres scientifique de France; par M. Philibert Soupe. 1857. Allocution prononcec a La r 'entree solennelle des Faculte's, Le 17 novembre 1858; par iVJ. de La Saussaye, de Tlnstitut, recteur a Lyon. Lettre a M. ViLliet , sur son dernier travail dans I'e'glise St.-Andre , par Mg r . Donnet, archev6que de Bordeaux. 1857. Archeologie du departement de I'Ariege; par M. H. Car- tillon. Etudes historiques. La belle Pope, fcmmc de liollon, due de Normandic , nee a Bayeux au IX e . siecle, suivi du siege de Paris par les Normands ; par M. J. de Barghon Fort-Rion. 1858. Rapport presente a L'Assemblec generate de la Societe de litterature wallonne ; par M. Alph. Leroy. 1858. Bulletin monumental public par M. de Caumont. 3 e . serie , tome IV. 24 e . vol. de la collection. 1 vol. in-8. ( 1858 ) illustre de nombreuses gravures. Histoire du Droit criminel des peuples modemes, par M. Albert Du Boys. Tome ll e . 1858. Congres scienlifique de France , 25 e . session tenue a Auxerre ( septembre 1858 ). 2 vol. in-8. 1859. Ambassadc en Espagne et en Portugal, en 1582, de JR. P. en Dieu Jean Sarrazin, abbe de St.-Vaast, par M. Philippe de Caverel. 1 vol. in-8. Arras , 1859. Mdmoires de L' Academic d' Arras , tome XXX e . 1 vol. in-8. Arras, 1858. Ernest ou la profession de foi d'un autre vicaire Savoyard ; par M. Jules Pautet. 1 vol. in-12. 1858. SESSION DE 1859. 15 Societe archeoloyique du dcpartement d'llle-ct-Vilaine. Proces-verbaux. l re . livraison, 184/1-1857; 2 e . livraison , 1858. Annuaire dcs cinq departements de i'anciennc Normandie, publie par I'Association normande. 25 e . anne"e. 1 fort vol. in-8. 1859. Rapport pour I'examen de la question des cereales fait a la Societe departementale d'agriculture et d'industrie d'llle-et- Vilaine. Brochure in-8. Rapport sur la situation de la Societe arclieologique de Namur, pendant l'anne"e 1858. Brochure in-8. Vceu du Cornice de St.-Quentin sur la legislation des ce- reales, et deposition faite devant le Conseil d'Etat par MM. Georges et Goraart. Brochure in-8. 1859. Le cimetiere mei ovingien de Vendhuile ; par M. Gh. Gomart. Brochure in-8. illustree de gravures sur hois. St.-Quentin , 1858. Appcl aux amis des arts et des sciences , 22 e . livraison ; Impulsion ou association intcllectuelle , 24 e . livraison ; U Emulation , 26 e . livraison; Puissance de la pense'e pour remuer la poussierc des siecles, ou assises de ['intelligence, 27 e . livraison; Inccndie de A inane , 29 e . livraison. Essais de Tablettes liegeoises ; par M. Alb. d'Otreppe de Bouvetle. Cinq brochures in-12. 1858-1859. Causeries de salons : Le savoir-vivre , l er . volume ; Ex- cursions dans le monde moral , 2 e . volume ; Re'cits , anec- dotes , souvenirs, 3 e . volume; par M. Alb. d'Otreppe de Bou- vette. Liege , 1858-1859. Etudes cfiimiques sur le phosphate de chaux et son emploi en agriculture ; par M. Adolphe Bobierre. 1 vol. iu-8. Paris , 1859. Esquisse d'un projct de re forme du Galendrier-, par M. le colonel Repecaud. Brochure in-8. 1859. Rapport sur les monuments historiques, presente au Conseil general du departement de la Marne ; par M. le baron de Chau- bry. Brochure in-8. Annuaire dc la Societe libre d'emulation de Liege , pen- dant 1'annee 1859. Un petit vol. in-12. Liege, 1859 1G CONGRES CENTRAL DES ACADEMIES. liapport historique , lu a la Societe royale des beaux-arts et de litte"rature de Gand ; par M. Edmond de Basscher. Brochure in-8. Gand, 1859. La baronnie du Pont ( Pont-l'Abb6 ) , ancien veche" de Cor- nouailles ; par M. Du Chatellier. Brochure grand in-8. 1858. Fouilles y recherches , decouvertes et indications archeolo- giqucs, dans la province de Liege; par M. d'Otreppe de Bou- vette. Brochure in -8. Lie"ge. Programme des sujets proposes par la Societe d'emu- lation de Liege pour Le concours de I'annee 1859. Bulletins du Cornice agricote de St.-Quentin, tome VII ( annee 1858 ). 1 vol. in-8. Programme du Congres scientifique de France qui se tien- dra a Limoges, le 12 septembre 1859. M. le comte d'Hericourt lit a 1' Assemble le compte-rendu suivant , sur les travaux des Societes savantes de la France pen- dant I'annee 1857-1858. MESSIEURS, L'importance que vous atlachez aux travaux des Society's savantes de province m'impose le pe"rilleux honneur de porter le premier la parole apres notre Direcleur , de la prendre dans une reunion ou vous allez entendre des orateurs si 61oquents, suivre des discussions eminemment savantes. Jamais Tindulgence a laquelle vous m'avez habitue ne m'a 6te aussi ne"cessaire, car avec un auteur du moyen-age je peux ra'ecrier : de chaque cote que je tourne les yeux, je ne vois que labeurs et perils ; danger d'etre compare a des hommes que je regarde comme maitres dans 1'art d'ecrire et de bien-dire , et dont les travaux remarquables d'erudition et de science, propremenl dits,ont depuis long-temps assure la gloire de leurs noms ; danger d'omettre des ceuvres remarquables, dans I'impossibilite ou je me trouve de vous faire connaitre les deux cents et quelques volumes eparpiltes sur m.a table de travail. SESSION DE 1859. 17 Une simple nomenclature occuperait cette seance, mais elle vous fatiguerait par sa secheresse , et avec raison vous me diriez que vous n'attendez pas de moi un catalogue de librairie. Pendant les annees precedentes , notre honorable et savant collegue, M. Sellier, de regrettable memoire, divisait les travaux des academies parprovince; mais plusieurs d'entre vous, Messieurs, ont trouve que, malgrele talent de rannaliste,les recherches etaient difficiles ; on etait oblige de parcourir lout ce resum , pour con- naitre les publications qui offraient des travaux en rapport avec vos eludes. Vous avez done exprime" le voeu , et je m'y suis con- forme autant que possible, d'analyser, sous diverses subdivisions, ces publications si nombreuses dues a Tactivite provincial , de telle sorte qu'un simple coup-d'ffiil permit de connailre les tra- vaux speciaux a telle branche des connaissances huraaines. Avant d'adopter ce nouveau mode, nous avons desire que vous puissiez juger par vous-memes de ses avantages ; telle est la raison pour laquelle le compte-rendu des travaux accomplis, pendant l'anne"e 1857, par les Societes savantes de province, n'a point paru dans notre dernier Annuaire. Toutefois, Messieurs, dans le rapide resume que je vais avoir Thonneur de vous soumettre, vous remarquerez des larunes, des omissions ; il ne peut en etre autrement dans une lecture publique. Dans ce Rapport, je me suis propose trois buts. D'abord , j'ai voulu etre concis , pour ne point arreter la discussion des irnpor- tantes questions que vous devez traiter; en second lio,u , je devais montrer avec quel zele et quel genereux devouemert travaillent les Societes savantes de la province ; enfin, il etait de mon devoir de vous soumettre la division de mon travail. J'ai conserve aux sciences exactes le premier rang ; il leur appartient non-seulement par le classement bibliographique , mais a cause des nombreux adeptes qu'elles recueiilent chaque jour, En parlant des Societes et des Cornices agricoles , j'ai passe sous silence les concours , les distributions de primes. Presque partout, en effet, nous voyons recompense!' ces anciei^s serviteurs qui font pour ainsi dire partie de la famille ; qui, selon la remarque 2 18 CONGRES CENTRAL DES ACADEMIES. judicieuse d'un habile agriculteur du nord de la France, M. le marquis d'Havrincourt , sont tellement de"voue"s a ses interets , qu'ils disent: nos champs, nosbestiaux; le nombre heureusement n'en est pas encore restreint , et parmi ceux qui obtiennent ces nombreuses primes, il n'est guere de serviteurs qui n'aient au moins 30 ans de bons, de fideles et de loyaux. services. L'ensei- gnement agricole se repand de plus en plus ; il se propage par les instituteurs , et des medailles recompensed les plus actifs et les plus devoues ; quant aux concours , ils sont organises gene- ralement selon les besoins du pays : ici ils comprennent 1'arron- dissement tout entier ; la , au contraire , ils ne sont ouverts qu'a un seul canton. Vous ne vous attendez pas, Messieurs, a me voir disculer ces deux systemes ; ils ont 1'un et 1'autre d'habiles d^fenseurs , et quant a moi , je me renfermerai toujours dans le r61e modeste qui me convient, celui d'etre hislorien fidele. L'histoire et 1'archeologie sont trop unies pour les se"parer. Mais , helas ! nous sommes oblige de le declarer, les travaux pu- blies sur ce sujet deviennent, chaque annee, plus rares : si Ton en excepte les Societes speciales, celles des antiquaires deNormandie, de 1'Ouest , de la Picardie , de la Morinie , les autres associations scientifiques sacrifient un peu ces etudes a 1'agriculture et a 1'in- dustrie. Cependant , que de points restent obscurs, que de monuments n'ont pas e"te decrits , monuments que le temps et , plus encore, le mauvais gout , la manie de produire ou de restaurer , feront disparaitre bientot ; sans doute, il y a encore dans nos provinces des erudits qui depouillent les chartes de nos archives, con- sultent les bibliotheques , fouillent la terre et lui arrachent ses secrets. Mais, nous sommes oblige" de le re"peter, leur nombre est moins grand en province qu'il y a dix ans. Neanmoins, les Conseils generaux se montrent plus ge"ne"- reux: a Rouen, ils mettent a la disposition de M. Tabbe Cochet des fonds pour des recherches , et le re"sultat en est constate" dans cet excellent ouvrage, la Normandie soulerraine, que 1'In- slitut de France a recompense de sa premiere me'daille ; a Arras, SESSION DE 1859. 19 une subvention permet de continuer avec luxe la statistiqtie mo- numentale du Pas-de-Calais ; dans d'autres de"partements, on cre"e desmusees, on les enrichit, quelquefois m6me on entreprend la restauration de monuments pre"cieux. Profitons done de ce bon vouloir, usons des liberalites qui sont faites aux 6tudes archo~ logiqties, et en appelant 1'attention des magistrals sur ces nom- breux monuments , e"clatanls temoins de la pieHe de nos peres , assurons leur conservation ; faisons qu'a leur exemple s'elevent des Edifices dont le style soit vraiment religieux. En province, la litte'rature n'est a proprernent parler qu'une distraction de 1'esprit, un repos apres les occupations d'affaires ou d'administration. Nous classons, en effet, dans 1'histoire, les con- side>ations sur les Sermons de Maurice de Sully, par M. de Beaurepaire , et les pre"cieux travaux philologiques publics par la Soci&e de Castres. La poesie elle-mSme est timide : elle attend qu'un grand e" vehement 1'inspire : tel M. Papion-Duchaleau, dont les beaux vers repondent ci 1'enthousiasme de la France. Plus souvent , la morale se cache sous les traits de la fable : M.d'Herbigny, a Arras, M. Deletant, a La Rochelle, excellent dans ce genre ; 1'idee est simple, le vers se poursuit regulierement et sans fatigue ; vous trouvez de bonnes lecons dont vous pouvez profiler. Telle n'est pas M me . Denoix des Vergues , de Beauva s ; elle sent vivement, et dans son coeur de femme et de poete s'agi- tent des sentiments divers. Elle chante les gloires, salue la vic- toire, applaudit aux ge"nereuses pense"es. Sevastopol lui inspire un chant glcrieux ; puis elle felicite le czar de 1'appui qu'il donne a Taffranchissement des serfs. M me . Denoix a intitule" un volume de poe"sie : guerri^res et sentimentales ; tels sonl , en effet , les noms que meritent les filles de sa pense"e. Nous voudrions vous citer quelques beaux vers de la Muse d'e Beauvais , comme on 1'appelle dans le Nord , de celle qui chanta Jeanne Hachetle; mais nous craindrions de leur faire perdre eel e"clat qu'ils gagnent lorsque 1'auteur les recile. II y a, parmi nos collegues, des hommes d'e"lite qui ^chappenl i un classement r^gulier par la multiplicity de leurs travaux; 20 CONGRES CENTRAL DES ACADEMIES. ils trouvent, dans leur activity, le temps et les moyens de mener de front des eludes diverses, et Ton pourrait dire que leur specialite est de trailer, en connaissance de cause, les sujels les plus differents. Le premier rang, parmi eux, appartient, sans contredit, a M. de Caumont. Non content de diriger, avec cette haute supe"riorite qu'on lui connait, les travaux si multiples des divers Congres, de cette institution qu'il a formee, quMl anime de son souffle et de son e"nergie, qu'il occupe par des dissertations dont la science ne le cede qu'a la modestie, il poursuit le cours de ses etudes archeologiques avec un succes dont tout autre se mon- trerait satisfait. Apres avoir pose les bases de 1'archeologie , cette science nouvelle, indique les styles differents, determine leur age ; apres avoir cree ce Bulletin monumental qui a deja rendu tant de services a la science, provoque des etudes sur tous les points de la France , et des memoires qui n'ont guere servi qu'a prouver la justesse de ses observations, M. de Caumont a voulu laisser un modele qui put etre facilement suivi. Ce qu'il a fait pour les cartes agronomiques , il le poursuit , avec le m&me succes, pour Tar- cheologie. Nous le voyons parcourir cette vieille France, si riche en souvenirs historiques; s'arreter partout ou se dresse une ruine; re- lever avec soin les moindres vestiges qui peuvent servir a la noble cause de 1'art ancien, et dresser la statistique monumentale de son departemenl. Le troisieme volume a paru.: il comprend la statis- tique del'arrondissement de Bayeux, et il estbeaucoup plus riche en monuments que celui de Vire, conlenu dans le meme tome. Notre savant Directeur explique cette difference par la presence des materiaux faciles a tailler. Vous ne vous atteudez pas, sans doute, que, suivant un guide aussi habile, je vous retrace les ri- chesses de ce pays, je vous montre ses belles tours romanes, j'evoque ses souvenirs anciens. Vous connaissez le style de M. de Caumont : il est sobFe, clair et eloquent meme dans sa concision : le resumer, ce ne serait qu'une aride chronologie. Inutile d'ajouter que des planches nombreuses completent les descrip- tions. Du moins , Messieurs , nous sommes heureux de le conslater , si M. de Caumont, en enfant prodigue de son intelligence etde sa SESSION DE 1859. 21 santo" , n'a rien epargne" pour developper dans nos provinces le gout des Etudes se"rieuses, la conservation de nos precieux monu- ments; si constamment on le voit, d'une extremite de la France a 1'autre, suivre raccomplissement de son oeuvre, rechauffer le zele de ses correspondants, presser les administrations municipales pour la creation de musses , pour le de"veloppement du mouve- ment intellectuel ; du moins, disons-nous, non-seulement ses efforts n'ont pas ete ste"riles, mais partout son nom est venire , car il est le synonyme de science, d'activite et de denouement. La province avec son exuberance de sentiments genereux, ses etudes paisibles, sa vie calme et tranquille, ne pent rester indif- ferente aux grandes decouvertes scientifiques ; a Lille , a Metz , a Cherbourg, a Bordeaux, snr d'autres points encore, on s'occupe avec succes des plus hautes questions de la science proprement dite , et en cherchant son application pour Tindustrie, on amene de nouvelles decouvertes. C'est a Metz, M. Soleirol, faisanl une nouvelle application de la geometric descriptive ; au Havre , les observations de M. Renaud prouvant que 1'image est droite et non renverseesurlaretinecomme onlepensegeneralement; Bordeaux nous fournit destravaux sur I'electricite, par MM. Pellis et Henry; sous 1'inspiration de M. le colonel Repecaud, son digne president, I'Academie d'Arras ouvre un concours snr cet important sujet, et deux memoires, dont Tun est du a unprofesseurdelaFaculte des sciences de Lille, lui donnent un eclat inusite. Nous aurions aime a vous entretenir d'efforts si souvent couronnes par le succes ; mais ici, nous avons ete devance par M. Du Moncel qui, Tannee der- niere, dans des rapports dont vous avez conserve le souvenir vous a fait connaitre les progres des sciences physiques ; qui , cette annee encore , les resumera pendant le laps de temps qui s'est ecoule depuis le dernier Congres. Nous sommes heureux de ceder la parole a un juge si competent ; nous nous contenterons d'eta- blir que M. Du Moncel, dans sa modestie, oublie trop le contin- gent qu'il apporte a la science, et nous croyons etre le fidele echo de vos sentiments en demandant que, cette annee, notre collegue, apres avoir constate les progres realises, nous entretienne des resullats qu'il a personnellement oblenus , nous fasse con- 22 CONGRES CENTRAL DBS ACADEMIES. nattre ses Etudes. La seance dans laquelle il voudra bien faire cutte communication ne sera pas Tune des moins bien remplies. Nous en dirons autant des sciences naturelles, notamment de la botanique; M. Parseval de Grandmaison, dont la reputation est trop bien etablie pour avoir besoin de nos 61oges , comple"- tera , cette anne"e , la communication qu'il vous a faite lors du dernier Congres. Botaniste distingue", en relation avec toutes les Socieles linneennes qui existent en France, il nous fera connaltre les travaux qui ont paru r^cemment, il les appr^ciera avec 1'au- torile" que donnent des eludes serieuses , et ce serait deflorer un sujet qu'il doit trailer complement que d'en detacher quelques litres. Notre savant collegue nous permettra toutefois de con- stater que 1'histoire naturelle si long-temps nglige"e dans nos provinces, y fait chaque jour de nouveaux proselytes. L'attrait qu'elle pr^sente, le calme de celte etude, les innocentes de"cou- vertes qui sont reservees a 1'observation , tout entraine vers elle. C'est un repos apres les fatigues prolonged de 1'esprit , les agi- tations des affaires ; d'abord, ce n'est qu'un simple objet de cu- riosite" , le d6sir de connaltre les plantes qu'on a sous les yeux ; puis, lorsqu'on les voit si belles et si fralches, parses de leurs brillantes couleurs, nous allions presque dire de leurs gracieux sourires , Ton se sent enlraine; on detache la feuille; le micros- cope nous montre la finesse de ses membranes ; on veut con- naitre les richesses de son pays , et , le parapluie d'une main , T6tui sur le dos , on collectionne les plantes de la montagne , on recueille celles de la vallee, et bientot on possede la flore de son canton. Par malheur, le collectionneur, au milieu de cette vie douce et tranquille des champs , s'endort dans son repos ; il a grand'peine a publier le requital de ses recherches ; et cependant, il serait bon que, dans chaque canton, ou tout au moins dans chaque departement, on fit le catalogue de la flore locale : c'est le seul moyen d'arriver & la connaissance de la botanique franchise. Espe"rons que les excellents rapports de M. Parseval de Grandmaison activeront le zele des collec- lionneurs, et que, marchant sur ses traces , ils feront connaitre les richesses qu'ils ont amass6es. SESSION DR 1859. 23 AGRICULTURE. L 'Academic Imperiale de Metz s'occupe aussi d'agriculture , mais elle le fait a un point de vue essentiellement scienti- fique ; c'est ainsi que M. Emilien Bouchotte a dirige ses etudes vers reiectrometrie agricole. II y a deja quelques annees , ce savant chimiste entretint 1' Academic d'un procede simple a 1'aide duquel on pouvait approximativement determiner la ri- chesse en engrais d'un sol soumis a la culture. Ses nouvelles experiences avec le galvanometre 1'ont amene a conclure que la proportion d'ammoniaque contenue dans le sol n'est pas con- stante. Au printemps, le terrain donnera rnoins d'ammoniaque , parce que la plante s'en sera nourrie; cet appauvrissement sera plus sensible encore si les plantes ont ete repiquees , notamment les jeunes colzas. Le galvanomelre a la main , M. Bouchotte a constate que, dans un champ, la partie la plus vigoureuse etait celle ou il avait prealablement reconnu les courants les plus energiques. Gette decouverte est tres-importante , mais est-elle vraiment pratique ? Nous craignons qu'un temps tres-long en- core ne s'ecoule avanl que 1'instruction de nos cultivateurs soil assez avancee pour qu'ils puissent se servir de semblables in- struments. M. 'Bouchotte , neanmoins, continue ses recherches et le monde agricole suivra avec le plus vif interet le resultat de ses nouvelles etudes. M. Andr6 , qui appartient a la meme Societ6 , s'est montre" plus pratique dans son Memoire sur 1'opportunite de 1'admission des fourrages artificiels dans les magasins militaires affectes au service de la Moselle; il resulte de ses calculs que 100 kilo- grammes de foin ne renferment, en effet, pas plus de principes nutritifs que 6Zi de trefle ou 62 de luzerne. Si le trefle ne peut toujours fetre cultive, il n'en est pas de meme de la luzerne. Cette plante, lorsqu'elle rencontre un sous-sol qui lui convient, acquiertune production qui depasse 1'espoir du cultivateur. Lors- qu'on voit la Moselle tributaire des departements voisins pour la nourriture de ses bestiaux ; lorsqu'on reconnait que , dans ce 24 CONGRES CENTRAL DBS ACADEMIES. pays, il y a encore 16 ou 17 / de terres en jacheres, on ne saurait tro}) exciter le cultivateur a multiplier les fourrages. Et ce n'est p?s seulement a la Moselle que nous nous adressons ; augmentons la production des herbes fourrageres et des ratines, noas aurons un plus grand nombre de bestiaux , et nos terres , mieux fume'es , produiront davantage. Combattons cette pensee qui conduit le cultivateur a entreprendre de vastes exploitations. Au moment oil la main-d'ceuvre est elevee; lorsque, sur divers points de la France, Tindustrie recoit de nouveaux accroisse- inents ; que , dans la Moselle , dans le Pas-de-Galais , dans la. Correze, la terre de"couvre des richesses houilleres si long- temps cachees , imitons Texemple de FAngleterre : restreignons 1'e'tendue de la ferme , mais faisons-lui rendre davantage. Nous avons vu des cultures ou trois vaches e'taient nourries par hec- tare de prairie. Que ce resullat est rare ! Que de fois , au con- traire, ne \oit-on pas le metayer negliger ses foins pour la culture induslrielle qui, dans certaines anne'es, e'puise non- seulement ses terres, ruine ses attelages , compromet la recolte suivante , mais , a la suite d'une crise fmanciere , ne le couvre meme pas des depenses qu'il a faites ? II est incontestable, Messieurs, qu'en agriculture prolonger la lactation et disposer a 1'engraissement est une double ri- chesse que le cultivateur ne saurait negliger. Un veterinaire de Reims a decouvert, il y a environ sept ans, la solution de ce probleme par le boeuvonnage ou la castration des vaches. Nous ne reviendrions plus sur ce sujet , maintes fois traite dans les Congres et riotamment dans celui de Tannee derniere, si nous n'y etions ramene par deux brochures dues a M. Moriere, dont on connait la haute experience, et a M. Marchand, de Fecamp , qui a public son travail dans VAnnnaire des cinq departe- mcnts dc I'oncicnne Normandic. On avail nie , ici meme , les avantages du bceuvonnage ; on pre'tendait que la lactation s'etait larie aures un certain temps, et que la vache avail e"prouve les memes sensations lorsqu'e'lait revenue 1'epoque fixee par la nature. Quant a la facilite de Toperation , nous ne pensons pas SESSION DE 1859. 25 qu'elle ait e'te' mise en doute , car M. Charlier , son inventeur , Pa pratique"e avec la plus grande habilete". La disette des four- rages , le haut prix de leur vente donnenl cette anne'e une nou- velle importance & une de"couverte qui , au lieu de tarir la lactation , tendrait h 1'augmenter. Que de cultivaleurs impru- dents , en effet , ont ete obliges de diminuer le nombre de leurs bestiaux ! Sans doute , par le boeuvonnage on ne pourrait com- bler le deficit des engrais , mais la production du lait et du beurre reprendrait le chiffre normal. II y a pourtant peril a trop proner cette me'thode , car on diminue ainsi la production , tandis que les efforts des Socie" tes d'agriculture doivent tendre a la de" velopper ; aussi, en constatant les eloges donnes & M. Charlier par MM. Moriere et Marchand , nous n'avons d'autre but^que d'etre historien fidele du progres agricole. D'apres les experiences faites par M. Marchand , une vache bceuvonnee donnerait un lait butyreux et plus riche en ma- tieres case"euses. M. Charlier continue ses operations & Paris , et , avec une grande bienveillance , en fait connaltre le re"sultat aux agriculteurs. Vous vous rappelez, Messieurs, ce cri d'effroi pousse" il y a quelques annees ; il retentit des rives de la Moselle jusqu'a la Me"diterranee et aux hautes montagnes des Pyrenees ; la vigne e"tait malade ; Toidium arretait la seve , couvrait le grain de sa poussiere blanchatre , et ruinait le producteur, tandis qu'en ele- vant leprix du vin, il diminuail lebien-etre des classes ouvrieres. Notre rapport ne remontant qu'en 1857, nous n'avons pas men- tionner les nombreuses discussions que causa 1'apparition de cette terrible maladie ; il est bien demontre aujourd'hui que ce fleau tient a une cause externe , a la presence d'un vegetal parasite, Yoidium Tuckcri, engendre dans une serre chaude d'Angleterre, reproduit avec une rapidite telle qu'en peu d'anne"es il avail cou- vert de ses sporules destructeurs presque toutes les vignes de 1'Europe. II est egalement inutile de demontrer que le soufrage est un remede certain, qu'il detruit les spores veneneux, puisque 26 CONGRES CENTRAL DES ACADEMIES. son usage vient d'etre adopts g6n6ralement. D'ailleurs, le fteau a diminue" dans une proportion si considerable qu'on peut le regarder comme vaincu. Peu importe le nom des inventeurs ; qu'un jar- dinier nomine" Kyte soil 1'auteur de Tun des premiers essais ; il n'en reste pas moins demontre" que 1'un des plus e"nergiques promoteursde ce systemeest M. Mares, secretaire delaSoci6t6 d'agriculture du de"partement de TH^rault. Son Memoire sur la maladie de la vigne public en 1856 , a ete" 1'objet de vives contestations , et le fleau a disparu avant que les viticulteurs fussent d'accord. Nous mentionnerons cependant le Manuel du soufrage pour combattre 1'oidium , par M. le comte de Lavergne ; ce travail , a juste titre , a fixe" 1'attention, surtout parce que 1'auteur in- diquait plusieurs perfectionnements economiques sur les soufflets destines a 1'egale repartition de la fleur de soufre sur toutes les parties de la vigne. Mais comme si ce n'e"tait encore assez de la violence de ce fle'au , les elements conspirerent centre les ceps. Vous vous rappelez sans doute 1'hiver rigoureux de 1856, pre'ce'de' de pluies abondantes qui avaient , si je puis m'exprimer ainsi, elargi les pores de la terre ; la gele"e pene"tra dans les vignobles et y fit de nombreux degats , surtout au de"but du printemps, lorsque la vegetation allait recevoir son developpement. Dans ces cir- constances , 1'attention de la Societe d'agriculture , sciences et belles-lettres de 1'Aube fut appelee sur un pre"servatif invent6 par M. Martin de Thieffrain. Get appareil si simple consist en deux tubes concaves , charges par le bas et qui, rapproches, forme nt un veritable cone tronque. M. Tabbe" Cornet, dans un Rapport tres-lucide , fait un grand e'loge de ce pre'servatif. Dans d'autres regions , notamment a Saumur , on a pense* que run des meilleurs moyens pour proteger la vigne centre la gele"e, et lui assurer une maturite plus productive serait, de changer les ceps , de les remplacer par des especes plus pre"- coces ; il faut long-temps pour connaitre ce re"sultat et nous ne pouvons guere que signaler les efforts du Cornice agricole de Saumur. SESSION DE 1859. 27 La Societe d'agriculture de la Marne ne s'est pas contentee d'observer la maladie de la vigne , elle a suivi avec le plus vif interSt les essais tentes par M. de Larnbertye, de Chaltrait, sur la floraison de la vigne forcee, et de celle des vignobles. On a constate que toujours il y a correlation entre les deux floraisons, et 1'experience a jusqu'a present justifie cette observation. Comme on le voit, sur tous les points ou la temperature perraet de se livrer a la culture de la vigne, les Societes savantes, les Cornices apportent leur activite pour realiser des ameliorations. Si I'agriculture et 1'industrie sont deux sources de richesses pour la France, il ne faut point oublier que la viticulture en est non-seulement un des principaux produits, mais celui qui as- sure notre supe"riorite. Qui , en Europe , 1'oserait nier ? Sans negliger aucune de nos forces et de nos productions, reunissons done nos efforts pour que le vin frangais retrouve son ancien arome, qu'il continue dans les deux mondes & couler sans rival sur les tables des gourmets. Mais a cote" du vin , son defaut meme, nous devrions dire , nous avons dans certaines de nos provinces du Nord , le cidre qui desaltere nos travailleurs , qui petille dans leurs verres aux jours de fetes et de plaisirs. Le cidre ne pouvait echapper a cette etude generate qui n'a peut-etre pas toujours rencontre le progres, mais qui, du moins , signale d'heureux efforts. M. Moriere, de Caen a , dans ses Conferences , traite de la preparation et de la conservation du cidre. Ce travail , par sa date, echapperait a notre appreciation , mais Tun de nos plus actifs et de nos plus aimes secretaires-generaux, M. Gomart, a, pendant 1'annee 1857, analyse les Conferences de M. Moriere; il 1'a fait avec cette intelligence qui caracterise un homme d'etudes , et il y a joint des observations personnelles qui attachent un grand prix ft cette brochure que Ton ne saurait trop repandre. M. Gomart, d'ailleurs, vous est connu depuis long-temps; vous avez apprecie ses nombreux ecrits sur les engrais com- merciuux , sur 1'influence de la culture de la betterave, sur la production du ble , travail qui lui a valu une medaille d'or a la Societe centrale d'agriculture de Paris, II a , en outre , etudie 28 CONGRES CENTRAL DES ACADEMIES. s6rieusement la statislique agricole du de"partement de 1'Aisne ; la brochure qu'il a publie"e en 1854 , le resume" qu'il en a fait cette annee , pour le Dictionnaire d'agriculture de M. Moll , font vivement desirer qu'il complete ce travail et qu'il en forme un de ces volumes qu'il sail rendre si attrayants. M. Gomart a obtenu, cette anne"e, une prcieuse distinction. La decoration de la Le"gion-d'Honneur a-t-elle etc" donne"e a 1'agriculteur , a 1'arche'ologue erudit , au citoyen ze"le dont le nom est attache a toutes les ceuvres utiles de 1'arrondissement de St.-Quentin? Nous constaterons qu'a ce triple point de vue il me'ritait cette recompense d'un devouement non interrompu , et que les habitants de St.-Quentin , agriculteurs et arche"olo- gues , se sont reunis dans une commune pensee de sympathie. Nous ne croyons pas devoir nous etendre sur les concours ouverts par les Societes d'agriculture ou les Cornices , car dans la redaction de leurs programmes , ils doivent se pre"occuper des besoins du pays ; loin de nous e"galement la pensee de renouveler des discussions sur les meilleurs modes de croisement : 1'ame- lioration doit-elle etre cherchee en dedans, c'est-a-dire par des reproducteurs de la race topique , ou en dehors par 1'immixtion d'un sang etranger? Apres avoir parcouru les nombreuses brochures dont on a fait hommage au Congres , etudie" les rap- ports de vos delegue"s , nous sommes oblige de conclure en declarant qu'aucun de ces tnivaux ne presente de solution satis- faisante ; mais, comme nous ne voulons pas subslituer notre opinion personnelle a celle de juges plus competents , nous ne pouvons que provoquer de nouvelles et actives etudes. Nous devons le faire remarquer , cette question aura grand'peine a etre resolue. L'agriculture est sujette a de nombreuses varia- tions; elle ressent 1'aclion climaterique locale, 1'influence du capital intellectuel , c'est-a-dire de 1'habilete du directeur et de ses agents. On ne pent done la soumettre aux m6mes lois. Ici , la race du pays aura ete conservee dans toute sa purete , ameliore"e par les meilleurs reproducteurs indigenes ; la , au contraire , on aura fait venir a grands frais des animaux etrangers ; ils auront ete acclimates prudemment , et recompen- SESSION DE 1859. 29 seront le cultivateur des sacrifices qu'il s'est imposes. II est difficile, dans ces conditions, de dire qui a le mieux r^ussi , puisque tous deux onl atteint le but vers lequel ils tendaient. Ce que nous voyons avec plaisir , c'est le zele des Societ^s d'agri- culture a recompenser ces anciens domestiques qui , par leurs longs et fideles services, font pour ainsi dire partie de la famille. Plusieurs menie out succede a leur pere ; ils sont fiers de cet heritage de travail , et ils transmettent a leurs enfanls avec un juste orgueil la me'daille qu'ils ont recue dans les cornices. Mais en dehors de ces etudes que j'appellerai pratiques , les bulletins contiennent des dissertations veritablement remar- quables. On s'est beaucoup occupe de 1'emigration des ouvriers agricoles vers les centres industriels ; cette question n'est pas seulelnent traitee au point de vue general , mais on a su lui donner un interet local ; elle prend place dans le bulletin , non pas pour fournir & un auteur la vaine satisfaction de se voir imprime, mais parce que cette plaie se fait plus ou moins sentir. Ici , c'est un bassin houiller tout entier qu'on decouvre. L'ouvrier agricole se laisse seduire par 1'iraportance du salaire; en quittant les champs qu'il a 1'habitude de culliver , il descendra dans les profondeurs de la terre et puisera, au milieu de perils incessants, le germe de vices plus pernicieux encore. Sur d'autres points, il se renfermera dans de grandes*manufactures, ou 1'air circule diffici- lement, ou Ton respire des miasmes mortels, et peut-tre encore moins deleteres que la corruption dont il ne pourra se preserver. Einues par ces tristes exemples, les societes en grand nombre ont propose le travail a la tache. Mais , sous le rapport de la morali- sation des classes laborieuses , nous preferons de beaucoup 1'opi- nion de M. Decrombecque , maire de Lens (Pas-de-Calais). Il a toutes nos sympathies, lorsqu'il declare qu'au prix meme de sa- crifices, il y a profit a nourrir les ouvriers , meme ceux de fabri- que ; c'est qu'alors ils deviennent pour ainsi dire de la famille, les rapports plus frequents leur font mieux connaitre ceux qui les emploient. Ils s'eloignent du cabaret , lieu de debauche et de facheux entrainements. A un autre point de vue, des habi- tudes r^gulieres doublent leurs forces ; le travail s'en ressent 30 COftGRES CENTRAL 1)ES ACADEMIES. et le maltre en profile. Nagueres , dans un des grands jour- naux de Paris, on rendait compte des ge"ne>eux efforts tenths par l'ingnieur du chemin de fer d'Orleans pour loger et nourrir les ouvriers ; on constatait les avantages qu'il avail dj obtenus , non-seulemenl comme moralisalion , mais pour le succes de la Compagnie. II en sera de meme dans les campagnes : que Fou- vrier reprenne, a la table de la ferme, la place qu'il n'aurait pas du quilter ; qu'il soil assocte h. 1'exploilalion par 1'abandon , a prix re"duit, de quelques parcelles qu'il cultivera a ses moments perdus ; en peu de temps , il redeviendra sobre , probe et labo- rieux; la sante augmentera ses forces, et avec la satisfaclion d'avoir rempli ses devoirs , il porlera au sein de sa propre famille la paix , le repos el le bonheur. Lorsqu'un rapporl esl presente long-temps apres l'6poque ou il a 6te fait , il en resulte neeessairement que telle amelioration est devenue populaire; il en est ainsi du drainage, aujourd'hui trfcs-r^pandu, encourage par le gouvernement el qui, en 1857, e"tait bien moins proteg6 qu'aujourd'hui. Maintenanl le drainage esl naluralise parmi nous, applique presque partaut. Quel est 1'ar- rondissement oil Ton n'en connait pas les heureux requitals? 11 di- vise les lerres denses ou Irop compactes, fait circuler 1'air sous le sol vegetal, arrete la moisissiire, absorbe les eaux stagnantes, et, dans un delai Ires-rapproche, couvre, par 1'abondance des re"col- tes, les frais d'etablissemenl. Le drainage a 616" applique aux con- structions ; on s'accorde a en signaler les avantages. Toutefois nous blamerions le cultivaleurqui voudrail re"aliser une economie sur la main-d'o3uvre : que le drainage soil fail avec soin sous Pceil du mailre ; les drains ne doivenl poinl ieux et vraiment utile des travaux qui s'exe- culent au sein de la Soci&e, elle veut 1'imprimer ceux qu'elle provoque au-dehors. Vous en avez la preuve dans le choix des sujets qu'elle met au concours. C'esl ainsi qu'elle a eu & cou- ronner recemment la monographic de St.-Pierre-d'Aire que je viens derappeler, et un memoire de M. Pailliar de St.-Aiglan , eleve de Tiicole des chartes, enleve par 1' Administration & la paleographie , memoire qui examine ces terribles invasions nor- mandes dont est restee dans nos annales une trace de sang et de feu. Pour 1858 , elle demande : 1. Un invenlaire critique , analytique et raisonne des manu- scrits historiques relatifs au pays qu'embrassait la circonscription de 1'ancienoe Morinie; 2. Une monographic de Tune des communes, ou de 1'un des etablissements civils et religieux , des arrondissements de Bou- logne ou de St.-Omer. Le de"partement du Pas-de-Calais a ete administre par M. Des- mousseaux de Givre, et cet habile magistrat, qui y a laisse des regrets augmented par les sympathies qu'il avail su s'y concilier, y a etabli une commission dont nous voudrions vous faire con- naitre les travaux; mais nous craindrions que les liens par lesquels nous sommes uni a cette gen^reuse institution, ainsi qu'a 1'Aca- d^mie d' Arras , ne fissent suspecter la sincerite de nos eloges. Ce Rapport est, d'ailleurs, trop sommaire pour que nous ayons la prevention d'indiquer toutes les etudes s6rieuses qui ont paru dans nos provinces pendant I'ann^e 1857. Nous esperons pre"- senter, 1'annee prochaine, en r^ponse a 1'une des questions de votre programme, un tableau de toules les Societes savantes de France. Etalors, donnant cours a notre patriotisme, nous vous parlerons des trente volumes qu'a publics l'Acad6mie d'Arras ; nous vous rappellerons les efforts perseverants de la Commission SESSION DE 1859. 35 arctologique ; ces notices, comple"tees par des dessins, qui dans un temps peu eloigne formeront la statistique d^partemen- tale; son Bulletin renfermant des dissertations curieuses , des discussions animees qui ne pourraienttrouver place dans 1' Album. Les noms de M. le colonel R^pecaud qui sie"ge parmi nous et dont nous avons deja mentionne les travaux; de M. Harbaville, l'e>udit auteur du Memorial statistique et historique du Pas- de-Calais, sont, du resle, une suffisanle garanlie de recherches seiieuses et de veritable erudition. Nous regrettons que la Soci6t6 des Antiquaires de Picardie ne nous ait point fait parvenir le compte-rendu de ses travaux de 1857 ; nous nous contenterons done de constater qu'elle poursuit activement la mission qu'elle s'est imposee. M. Prarond,d' Abbeville, est d'une activite" que nous ne saurions trop louer ; dans sa juvenile ardeur, il embrasse tons les travaux historiques, de quelque nature qu'ils soient. Son ambition (et il a raison de ne point la cacher, car il a ce qu'il faut pour r^ussir dans 1'aride carriere de i'erudition) , c'est d'61ever le monument d' Abbeville. Deja cinq volumes ont paru ; cinq aulres les sui- vront ; M. Prarond, a travers les rues d' Abbeville, a cherche" les souvenirs que rappelaient les ruines ; il a retabli la topo- graphie ancienne, il a indique les maisons ou se trouvaient des objets dignes de fixer 1'allention de 1'archeologue. Franchis- sant 1'enceinte des fortifications, il a etendu ses etudes a tout 1'arrondissement ; deux volumes seulement sont publics; mais ils ne comprennent guere que le tiers de la surface topographique que doit embrasser son travail. Non content d'avoir mentionne dans chaque localile les hommes celebres qu'elle a produits, nous n'osons dire illustres a cause de leur grand nombre, M. Prarond a fait une biographie ge"n6rale ; nous croyons inutile de constaler qu'il ne meurt pas a Abbeville un homme ayant rendu des services, jouissant de Testi'me de ses concitoyens et leur inspirant des regrets , sans que notre laborieux historien ne rappelle ses litres a la reconnaissance publique. A ces publications si diverses , il faut joindre une clironique abreg6e de saint Riquier; et cependant, malgre les nombreux 36 CONGRES CENTRAL DES ACADEMIES. volumes place's sous nos yeux, malgre" le denouement, le zele infatigable et jusqu'a un certain point I'erudition de M. Prarond , notre eloge ne peut Stre sans reserve. Est-il utile de multiplier ainsi les Merits sur 1'histoire , non-seulement pour preparer des difficultes aux futurs erudits , mais parce qu'il importe peu de sauver de 1'oubli qu'a Epagnette,par exemple, on expose, pendant le mois consacre" a Marie, la statue de saint Michel ? Abbeville comptait deja une bonne monographic due a M. Louandre , con- servaleur de la bibliotheque ; des notices ont paru dans diverses publications ou revues , dans les Memoires de la Societe" d'e"mu- lation ; si vous y joignez les ouvrages de M. Prarond, il faudra un corps de bibliotheque pour le Ponthieu ; voyez done quelle pinacotheque devrait &tre elevee pour contenirlesrichesseshisto- riques de la France ! Toutefois, nous regretterions que M. Prarond vit dans ces observations un mauvais vouloir, une pensee qui lui fut hostile. Il a droit a tous les egards des hommes qui travaillent , car'il est devoue a son oeuvre , et il se propose un but desinteresse". En outre , il ne neglige aucun des renseignemenls qu'il peut se pro- curer , et quelquefois mme il fait copier a : grands frais les documents qui se trouvent a Paris, ou dans d'autres grands cen- tres intellectuels. Mais, en raison meme de sa valeur, nous nous servons de son nom pour protester contre une regrettable manie des antiquaires de notre epoque, celle de decrire les infiniment petits , de s'attacher a des details minuscules, d'e"tudier 1'histoire locale a la loupe ou avec le microscope. A M. Prarond nous dirons : R^sumez les nombreux travaux que vous avez publics , elaguez tout ce qui ne peut avoir qu'un intent de curiosite lo- cale, negligez toute la partie moderne : vous ferez un bon livre, et le succes re"compensera vos efforts perseverants. La ville de Rouen n'est pas seulement remarquable par le de"voloppement de son Industrie, la beaute" de ses quais, la gene- rosite" de ses habitants , elle rappelle a 1'historien de nombreux souvenirs ; c'est ici Roll , le celebre normand , dont un chateau a garde le nom ; la prison de Jeanne-d'Arc, et Ton montre encore dans le donjon la chambre ou cette heroine fut interrogee et mise SESSION DE 1859. 37 en presence de ses instruments de torture ; la c6te S tc . -Catherine qui rpe"ta , pendant plusieurs siecles , les chants des inoines ; les fortifications si souvent attaqu6es. M. Leon de Duranville e"voque ces souvenirs. Son Essai sur la cote de St. -Catherine est un livre plein de recherches et qui tiendra une place honorable dans les bibliotheques. II nous montre les commencements de la cha- pelle , la fondation d'une abbaye fortifiee centre ces aventuriers el routiers si nombreux au moyen-age. 11 redit les luttes des catholiques et des calvinistes, leurs efforts pour se rendre maitres de ce point important ou pour le conserver ; et enfin la destruc- tion des fortifications par Tordre de Henri IV. Des fouilles furent faites en 1813 et en 1851 ; elles ont amene" la decouverte de plusieurs sepultures et d'un grand nombre de souterrains. M. de Duranville a complete son travail par plusieurs dissertations sur les antiquites de Rouen et sur I'histoire de la Normandie ; son livre sera consulte avec fruit par quiconque voudra etudier les annales de cette importante province. L'une des meilleures publications dont nous ayons & rendre compte est sans contredit Y Essai historique sur I'eglise colle- giate de St -Hilaire-le-Grand de Poitiers , par M. de Lon- guemar. Deja , en 1847 , la Sociele des Antiquaires de 1'Ouest avait public un volume de chartes originates ; le second devait paraitre peu de temps apres ; mais sa publication fut ajournee pour des motifs dont il est inutile de parler. Sur ces entre- faites, d'importants travaux de restauration furent entrepris sous la direction de M. Joly et ils amenerent de precieuses decou- vertes. M. de Longuemar suivit avec soin la marche des ouvriers, et , dans une seance publique , il fit connaitre le resultat de ses observations. Plus tard,il comple'ta ses recherches au moyen des chartes deja publiees et des documents dont il eut la disposition ; telle est 1'origine de cet important ouvrage que Tauleur intitule trop modestement Un Essai. Ce volume, qui contient pres de ZiOO pages grand in-8. , des pieces justificatives , des planches nom- breuses , est la principale publication des Antiquaires de 1'Ouest. Cette Socie'te est connue par son activite, son devouement aux travaux d'erudition , et en publiant le Memoire de M. de Lon- 38 CONGRES CENTRAL DKS ACADEMIES, guemar, elle a rendu un nouveau service aux sciences historiques. Qu'on nous permette d'emettre un double voeu : c'est que Ton ne retarde pas plus long-temps la publication du second volume de chartes depuis si long-teinps annonce"e , et enfm que celte e"glise mieux connue provoque de nouvelles libe"ralites du Gouverne- ment; que sa restauration se poursuive activement et qu'elle reprenne son rang parmi les belles cathedrales dont s'honore notre pays. Nous retrouvons en Normandie le zele actif et intelligent de M. deCaumont. C'estla, en effet, qu'est un des principaux centres de la Societe francaise pour la conservation des monuments, de cette institution a laquelle la France doit tant de richesses qui auraient disparu sous le vandalisme moderne, soil par la pioche des demo- lisseurs, soit par la manie de Tornementation. La Societe francaise continue ses perseverants efforts , et le XXIV. volume , qui se public par livraisons , montre que notre directeur n'a rien perdu de sa puissante energie; que, chaque annee, il sail provoquer de nouveaux travaux; qu'en un mot il rend ce recueil digne du patronage dont il le couvre. La Societe francaise tiendra prochainement a Dunkerque une de ses seances qui offrent toujours un puissant inter6t. Cette ville, qui s'est fait representer au Gongres par M. earlier, le savant numismate , compte plusieurs societes savantes. Nons regrettons que Tespace nous manque pour vous faire connaitre les ceuvres du Comite flamand de France qui, sous 1'habile direction de M. de Coussemaker, poursuit ses perseverants efforts. II nous sera toutefois permis d'emprunter au Rapport deM. earlier Tex- trait suivant des Memoires de la Societe Dunkerquoise pour 1'en- couragement des sciences , des lettres et des arts. Apres avoir signale de nombreuses dissertations, notre honorable collegue appelle plus specialement I'atlention sur les suivants. Il s'exprime ainsi : Requite des Dunkerquoift a la Dame de Vend'' me /1532J. Ce document, exhume des archives de Dunkerque par le secretaire de la Socie'te' Dunkerquoise, est un curieux specimen de la legislation fe"odale. Madame de Venddme , Marie de Luxem- SESSION DE 1859. 39 bourg, etait la petite-fille du conne" table que Louis XI fit de- capiler en place de Greve , et elle fut la bisa'ieule de Henri IV. Ses domaines de Flandre elaient si considerables qu'ils lui per- mirent de venir en aide au roi Francois I", pour le paiement de sa rancon a Charles-Quint. On va voir que la Dame de Vendome, qni e"tait en m6me temps dame de Dunkerque, savait administrer ses biens , et ne rien laisser perdre de ses droits et revenus. Les magistrals de Dunkerque lui ayant pre"sente requete pour 6tre autorises a detruire les conins ( les lapins ) qui infestaient les alentours de la ville a a la perdition et ruine d'icelle ville et du port (textuel), Madame accorda que quatre personnages, gens de bien de sa bonne ville et assermentes, fussent preposes a tenir la campagne contre les lapins agresseurs ; mais a la condi- tion que les conins tues sur le champ de bataille ne fussent en- leves que par son bailli, qui les ferait vendre a son profit ; sinon ceux qui emporteraient des conins seraient mis a 1'aniende, comme larrons et malfaiteurs. M. Raymond de Bertrand, membre de la Socie" te" Dunkerquoise, a publie, en-dehors des Memoir -es de la Societe", une Histoire du convent des pauvrcs Glarisses anglaises de Gravelines ( 1575 a 1838) , en un volume in-8. M. Bergerot, autre membre de la Societe Dunkerquoise, a publie, avec le concours de M. Diegericks, archiviste, a Ypres, la monographic fort interessante de son chateau d'Ekelsbeque , comprenant 1'histoire des seigneurs de cette ancienne baronnie. Ce livre, qui est imprime avec uncertain luxe de gravures, de sceaux , de fac-simile , etc. , rapporte les faits et gestes des fa- milies- qui ont possede ce noble fief flamand : les Ghistelles du XIII e . siecle; les Halluyn du XV e ., Valentin de Pardieu, le grand general de Philippe II, qui fut mutile" de la main droite au siege de TEcluse, en 1587; apres lui, les Guernouval jusqu'en 1820.. M me . deBethisy, dame d'honneur de M mc . la duchesse de Berry , en etait la derniere heritiere. Une partiej non rnoins digne d'attention dans 1'histoire de la baronnie d'Ekelsbeque est le recit de la mort , arrivee b. Ekels- beque, en 1'an 855, de saint Folquin, 15 e . eveque de Terouanne, flO CONGRES CENTRAL DES ACADEMIES. alors en tourne"e e"piscopale. Les restes de ce saint homme, qui etait parent de 1'empereur Charlemagne, fureut transported a Tabbaye de St.-Bertin , & St.-0mer, d'oii le seigneur d'Ekels- beque obtint, en 1618 , que des parcelles d'ossements lui fussent donnees pour l^glise de son village. Ces reliques furent sous- traites au pillage de I'^glise, dans la Re" volution , par le cure" constitutionnel de 1'epoque. Get homme , mourant en 1802 , les rendit a Teglise d'Ekelsbeque , qui venait d'etre rouverte au culte. Une nouvelle information sur ces vene"rables restes fut ordonnee par I'archev&que de Cambrai , en 1854, et la Com- mission, dont faisaienl partie deux honorubles medecins du pays, les reconnut conformes a ce qu'en avait dit le proces-verbal de 1618: en suite de quoieutlieu une importante ceremonie reli- gieuse, ou Ton vit accourir des multitudes de populations. Cette grande solennite" fut accomplie juste 1000 ans apres 1'annee de la mort du saint ev6que Folquin , dans Tendroit me"me ou il avait rendu son ame & Dieu. La Societe" archeologique d'Eure-et-Loir , dont le secretaire est M. Meriet , est toute recente ; elle date de 1856 ; mais elle a de'ja rendu de nombreux services. Elle a sauve d'une destruction imminenle une des porles du cloitre de Notre-Dame, que sa date reculee ( le XI e . siecle ) place au nombre des con- structions les plus inte"ressantes. Dans le but de r^pandre le gout de Tantiquite", elle a ouvert des cours gratuits d'arche"o- logie , de numismatique , de paleographie et d'histoire locale , dont elle a confie la direction ses membres. Elle public, en outre, un bulletin ou Ton remarque des articles sur la porte Guil- laume , le cloitre de Notre-Dame , le monastere de St.-Martin-en- Val , et une lettre inedite de Charles VI relative a la re"volte des Cabochiens. D'aulres travaux nous sont annonces, etnous sornmes persuade que, dans noire prochain compte-rendu, une part tres- large sera re'serve'e a cetle socie'te'. Cherbourg est un centre scientifique ; depuis que ce rapport a Ste" soumis au Congres , on a imprime' plusieurs travaux remar- quables d'histoire locale. Nous nous contenterons done de ren- voyer a cet inte'ressant volume. SESSION DE 1859. Ui Le dengue des Deux-Sevres nous annonce la publication du cartulaire de Tabbaye de St.-Jouin-des-Marnes. Ce volume n'a pas et6 depos^ sur le bureau du Congres ; nous ne pouvons done qu'en mentionrier la publicalion. Le rapporteur ajoute, qu'au village de Perign6 , pres de Niort , on a fouille sous des ruines romaines. Ces recherches ont et6 couronnees par le succes : elles ont produil une inscription ine"dite, des chapiteaux et des mosal- ques dont on a pu assurer la conservation. Nous devons constater 1'activite de 1' Academic de Caen ; son delegue 1'a justifiee par une longue nomenclature de ses travaux. Vous nous excuserez , Messieurs , de ne point la reproduire ici , et d'exprimer le voeu que, pour faciliter un travail aussi vaste que celui confie" a nos soins, nos collegues se bornent a nous faire connallre les plus importantes publications du ressort qu'ils re- pre"sentent. Nous craignons que la Societe arche"ologique de Dinan n'ait peu produit. Son eloquent representant , M. le vicomte de Ge- nouilhac s'est borne, en effet, a nous faire connaitre des restau- rations, a nous indiquer des monuments d'un haul interet, sans doute , mais qu'il s'est charge" de decrire. M. de Genouilhac est 1'un des membres les plus assidus de nos congres , aux- quels il prend une grande part. Nous serions done heureux de pouvoir consigner ici ses inte"ressantes observations ; mais elles seraient perdues au milieu de ce Rapport. Nous nous bornons done a les renvoyer a M. de Caumont , qui , nous en sommes certain , tiendra a les consigner , soil dans le Bulletin monu- mental, soil dans VAnnuaire de 1'Institut des provinces. M.Mahul est aussi un de nos collegues les plus devoues aux sciences histo- riques, et nous n'avons pas besoin de rappeler ici tous les ser- vices qu'il leur a rendus. Delegue des Socieles de 1'Aube, il vous a presente un rapport que nous croyons utile de reproduire, en partie. M. Mouynes , archiviste du de" partement de 1'Aude , membre de la Societe , a decouvert dans le bourg de Fanjaux , ou saint Dominique exei a le ministere 6vangelique pendant les anne"es qui pre"c6derent la croisade de 1210, deux documents inte"res- &2 CONGRES CENTRAL DBS ACADEMIES. sants dont il a enrichi les archives de"partementales : 1. Statuts, en langue vulgaire , d'une confre'rie organised Fanjaux au XIII*. siecle , avec tous les caracteres d'une socie'te' de secours mutuels inde*pendante. Cette piece n'a point de litre. On lit sur la couverture , en majuscules romaines , caracteres du XVIl e . siecle : ACTE PRIMORDIAL. Le premier Estatut de la Con- frairie N.-Dame-de-Faniaux, fondee par les sieurs Bailies et confrai de ladite Confre M.CG.LXV. Sous le millesime, la croix de Toulouse ; 2. Lettres-patentes de Charles VI , roi de France, datees de 1393, qui mentionnent la destruction de Fanjaux par les compagnies anglaises du Prince de Galles, et constatent la fondation de 1'hospice du lieu , ainsi que 1'ori- gine de la Gonfrairie, ou consorce, dont il vient d'etre question et qui a subsiste jusqu'a la Revolution de 1789 , mais dont les archives ne se retrouvent plus. La Societe" a vote" 1'iinpression des deux documents dont il s'agil dans le 2 e . volume de ses Memoires, actuellement sous presse. M. 1'abbe Berthe, chanoine de la cathedrale, membre de la Societe, donne communication d'une inscription qui vient d'etre raise a jour a Perigueux , par les travaux du chemin de fer , sur le sol de 1'antique Vesone, et qui lui a ele transmise par M. le comte de La Chapelle, officier de cavalerie de la garnison de Car- cassonne. Cette inscription interesse le departement de 1'Aude , car elle contient le nom de Narbonne. En voici le texte , d'apres un estampage depose sur le bureau de la Societe : PUBLICS VINICIUS PUBLIl FILIUS PAPIRIUS SECUNDUS jEDILIS DUUMVIR QUAESTOR COLONIA JULIA PATERNA CLAUDIA NARBO- MARTIUS DE SUO DEDERUNT. On a suppose", a Pe"rigueux, que 1'inscription etait complete et qu'elle indiquait un monument rige en 1'honneur de Vinicius. M. Tabbe" Berlhe pense, au contraire, que le nom du personnage qu'on a voulu honorer devait se trouver sur une autre parlie de Tinscription qu'on n'a pas decouverte ou peut-etre qu'on n'a pas eu 1'idee de rapprocher de celle-ci : tandis que la partieque 1'on pos- SESSION DE 1859. &3 sede ne donne que les noms de ceux qui ont contribue" & Erec- tion du monument. M. Berthe fait remarquer, dans les diversions attributes a la ville de Narbonne par Inscription dont il s'agit, la suppression du mot Decumanorum, et 1'addition du mot Claudia. II rappelle, a ce sujet , que 1'empereur Claude prononca personnellement au Se"nat un discours, dans le but d'obtenir 1'admissibilite des citoyens de Narbonne dans 1'ordre des Se"- nateurs. L'inscription sera communiquee a la Socie'te' arche"o- logique de Narbonne. M. 1'abbe Berthe , qui est charg6 de la direction du cabinet des medailles du Muse"e, et qui s'acquitte de cette tache diffi- cile avec le discernement le plus e'claire et un zele infati- gable , a depos6 sur le bureau , dans les diverses seances' de 1'annee , une foule de medailles anciennes et modernes , acquises ou donnees dans le courant de 1'annee 1857 , et parmi les- quelles nous citerons : Medailles ou pieces anciennes. Un quinaire romain de Severe III (V e . siecle), trouve a Arques, ancien diocese d'Alet. 25 medailles (argent ou bronze) du Haul-Empire roraain, dont un denier de Sallustia Orbana , piece rare trouve'e au pied de la montagne d'Alaric , arrondissement de Carcassonne : 1ft de ces medailles, de Tan 35 avant J.-C., ont ete trouvees dans un vase de terre pres de 1'etang de Marceillette (Massilice). 8 pieces de monnaie donnees par M. le capitaine Barbaza, parmi les- quelles un grand bronze de Vespasien, portant au revers, Judcea capta, et un moyen bronze celtiberien , attribue a Emporinus, 43 petits bronzes donnes par M. Cornet , membre de la So- ciete, parmi lesquels 1 Helene, femme de Constance-Chlore , 8 Urbs Roma, 3 Constantinopolis , 20 Constantin-le-Grand , 11 Constantin Junior. Une jolie cornaline antique , recemment trouvee en deblayant des terres a la cit6 de Carcassonne. Medailles ou pieces modernes. Une monnaie de Carcas- sonne, au millesime de 1012. Une piece d'or de Charles- Emmanuel de Savoie, au millesime de 1590, trouvee a Marceil- iette. Le Prince, nomme comte de Provence par les seigneurs de cette province, y penetra, en effet , a la date de sa monnaie, 44 CONGRES CENTRAL DES ACADEMIES. Me"daille en or des provinces unies desPays-Bas, a la date de 1616. Un poids bien consent de la cite de Carcassonne , a la date de 1555. Me"daille & 1'effigie de Pierre-le-Grand , grand module, commemorative (revers) de la prise de Derpt en Li- vonie. Medaille a Teffigie de Catherine-la-Grande , grand mo- dule, commemorative (revers) de la fondation, en 1765, de 1'Hospice des Enfants-Trouve"s a cote du palais de la Czarine, a St.-Petersbourg. Les deux medailles ont ete trouve"es au Kremlin de Moscow , par M. le baron Peyrusse , donateur , attache a la personne de 1'empereur Napoleon , en qualite de payeur de la Maison imperiale. M. H. Faure, administrateur des hospices de Narbonne, a fait hommage a la Societe des arts de Carcassonne, de la 2 e . partie de son catalogue methodique et chronologique des archives des hospices de Narbonne, contenant les archives posterieures a 1790 ( un vol. in-A.); le 1". vol., contenant les archives anterieures a 1790, a e"te annonce dans VAnnuaire de 1857 , p. 233 du t. IX. Ce titre modeste cache un ouvrage riche d'erudition et qui me- rite de servir de modele & tous les archivistes d'hospices et hopi- taux de villes importantes. En dehors du cercle de la Societe des sciences et arts de Car- cassonne, on doit signaler, parmi les publications locales de Tan- nee 1857 , un Essai sur la geologic du ddparlement de L'Aude , par M. Nogues, professeur des sciences physiques a 1'Ecole libre et de plein exercice de Goreze , dirigee par le R. P. Lacor- daire, et un Essai d'apiculture, par M. Bazairies, secretaire du Cornice agricole de Limoux. II est une science qui, pendant long-temps, compta de nom- breux adeptes, qui illustra les Cherin, les Men^trier, les Anselme, et les d'Hozier, science qui est tombee dans un discredit que rien ne justifiait. Sans doute , si Ton ne recherche dans le blason que la vaine satisfaction de 1'amour-propre , si on le reduit a la discus- sion des emaux , des couleurs , des cimiers et des supports, il paralt sterile; mais le blason est un des caracteres de la no- blesse , et il serait a desirer que chaque province eut son armo- rial Ce travail, ne pre"sentat-il d'autre interfit que de nous SESSION DE 1859. 45 indiquer les families nobles, quMl formerait un bon livre, car il paierait une dette de reconnaissance. Depuis la croisade, la no- blesse n'a-t-elle pas rendu d'immenses services & son pays; n'e"- tait-ce pas elle qui jusqu'au XV e . siecle avail le monopole de verser son sang pour sa defense, elle qui planta son e"tendard sur les nwrs de Jerusalem , combattit avec le pere de saint Louis au centre m6me de 1'Angleterre, conquit la Sicile, et sut, par sa va- leur, illustrer les deTaites de Cre"cy et de Poitiers? Mais, lorsque la paix avait fait de" poser les armes, les chevaliers, rentre"s dans leur chateaux , prote"geaient les lettres , encourageaient les trou- badours et les trouveres et ne de"daignaient pas de lutter avec eux dans Tart du gai saber. Raymond de Toulouse , Rene d'An- jou, Quesners de Belhune, Hugues d'Oisy , ne sont-ils pas a la t6te de cette nombreuse pleiade dont les chants se conservent dans nos bibliotheques, apres avoir etc" re"pe'tes dans toute 1'Eu- rope , et avoir assure" la gloire litte'raire de la France. Ne sont-ce pas les nobles qui, par leurs pieuses libe"ralites, ont assure" la fon- dation des monasteres, de"veloppe" les institutions de bienfaisance? Plus tard , dans les pays d'Etats surtout , ou ils jouaient un si grand role, ils surent defendre les libertes de la province, per- cerent des canaux , tracerent des routes , et developperent par leur protection le mouvement commercial. Un armorial, n'eut-il d'autre but que de nous faire connaltre les families qui ont rendu des services si importants , de payer la dette de reconnais- sance du pays , qu'il aurait son incontestable utilite. A Paris, trop souvent, les ouvrages heraldiques ont pour but de satisfaire une vaine curiosite , quelquefois meme de donner a certains noms une illustration qui ne leur appartient pas. La pro- vince repousse ces travaux, car, habitue'e a voirla verite dans Thistoire , elle la cherche partout. Aussi a-t-elle salue avec en- thousiasme le beau livre de M. de Soultrait, intitule Y Armorial du Nivernais. Notre collegue n'a, en effet, rien neglige" pour le rendre aussi complet et aussi exact que possible: il a compulse" une foule de materiaux manuscrits, et Ton peut dire qu'il nereste rien a ajouter a cette page des gloires nivernaises* 46 CONGRES CENTRAL DES ACADEMIES. Esperons que M. de Soultrait aura des imitateurs, et que des travaux semblables, entrepris sur les divers points du territoire francais, comple"teront les ouvrages de d'Hozier el que la France, enfin, aura son armorial. Un autre moyen d'etre utile a son pays serait d'indiquer , dans un resume lucide , les expositions qui , placees trop loin pour e"tre visitees par les cultivateurs , les industriels et les artistes, offriraient ce pendant de prtoieux sujets delude. Plusieurs Socie'te's savantes sont entrees dans cette voie, et nous ne saurions trop les en feliciter. Toutefois, nous regrettons que les rapports embrassent quelquefois des sujets trop differents, qu'il n'y ait point entre eux une assez grande connexite. 11 en resulle que 1'auteur resle, pour certaines parties qu'il connait moins, dans des termes vagues , qu'il fatigue en dissimulant son ignorance sous une phrase allongee et quelquefois lourde. M. Darcel , lors de 1'exposition de Manchester, s'est propose" d'etudier les arts indus- triels du moyen-age et de la Renaissance. Ge travail , qui a paru dans la Revue francaise, echapperait a notre appreciation si 1'au- teur ne vous en avait fait hommage cette anne"e. Nous sommes heureux, en le remercianl de ce souvenir, de constater le juste succes qu'a obtenu ce memoire. L se bornera notre analyse ; car tous les arche"ologues connaissent 1'oeuvre de M. Darcel; tous 1'ont lue avec I'inter&t qui s'attache a une production serieuse. Depuis long-temps, Messieurs, on s'occupe de rendre a la province sa gloire et son individualite arlistiques , et votre atten- tion a e'te' souvent appelee sur ce point. Deja Ton a obtenu de brillants resultats : des expositions ont ete ouvertes , et si toutes les toiles n'e"taient pas sans defaut ( le sont-elles a Paris dans ce centre intellectuel ouverl a tous les arts?), du moins elles ont montre que Ton ne devait pas desesperer. De grands artistes , illuslres par des distinctions, n'ont pas craint de prendre part a ces luttes plus modestes : ils sont revenus au foyer domestique et au sein de leur famille recevoir une nouvelle consecration de leur talent , retremper leurs forces et leur energie au milieu des doges de leurs concitoyens. Ce fait est important, car ilprouve que SESSION DE 1S59. tf tout lien n'est point rompu entre 1'artiste arrive" au triomphe et ceux qui marchent sur ses traces. Nagueres, nous nous trouvions dans une ville du Nord , a Valenciennes, la patrie de Pujol et de tant de peintres e"minents. La gare e"tait orne"e de festons, la Garde nationale avail pris les armes, les Autorite"s 6taient reunies. Bienlot la locomotive fait entendre son sifflet strident ; tous se pressent et recoivent dans leurs bras un jeune et modeste artiste a qui son talent avait fait decerner le premier prix de Rome. Tous se confondent dans la meme pensee , la nouvelle gloire qui rejaillit pour la ville, etles yeuxpleins de douces larmes, le peintre cherche son vieux maitre , et c'est a lui qu'il reserve sa premiere e" treinte ; ses mains s'allongent vers ses anciens camarades , et tous ensemble vont visiter l^cole ou il a rec.u les premieres lecons de dessin. Qu'une exposition s'ouvre a Valenciennes ; le peintre se souviendra qu'il est le fils aime" de cette ville, et ses toiles contribueront a Tembellissement de cette fete. A Cambrai cette annee , pendant que le Congres e"tait re"uni , on avait ouverl une exposition , et presque tous les artistes du Nord y avaient pris part. On pouvait appr&ner que cette belle Ecole flamande , qui pendant si long-temps f ut en honneur , n'elait point encore morte , qu'elle ne demandait qu'a sortir de son sommeil le"thar- gique. Multiplions done les expositions ; le gout s'en re"pand chaque jour davantage ; aidons cet heureux mouvement , et nous aurons beaucoup fait pour 1'art provincial. Un autre moyen d'activer la regenerescence , c'est de rappeler les litres artistiques de chaque province. On aime a connaitre ses illustrations , et si maintenant personne n'oserait nier que la province ne puisse produire de grands artistes , ces noms re'pete's n'en seront pas moins un puissant encouragement. Aussi, nos fe- licitations les plus sinceres s'adressent & M. le baron Ghaubry de Troncenord qui, dans une excellente notice remplie de fails et de details curieux, a rappele" les artistes graveurs de la Champagne. Il est le second sur la lisle ge" ne"rale des arlistes francais, ce Duvat ne" a Langres en 1485 et dont 1'oeuvre ne comprend pas moins de 45 pieces. L'illustration de la Champagne estassuree par trois gra- veurs du XVI*. siecle, cinq de 1'epoque suivante parmi lesquels se 48 CON ORES CENTRAL DBS ACADEMIES. trouvait ce Nanteuil, ati burin fin et d61icat , dont un poete a pu dire : Et grace au burin de Nanteuil , Que de grands hommes se survivent! Cette excellente notice , tir6ea part a un nombre malheureuse- ment trop reslreint d'exemplaires , a paru dans les Memoircs de la Societ6 d'agriculture de la Marne, savante association dont nous regrettons de ne pouvoir analyser tous les travaux. Pour en faire connaitre 1'importance, nous ne pouvons mieux faire que de ren- voyer au compte-rendu si complet qu'a re"dige son secretaire, M. Debacq , et dont un re"sum6 a 616 ecoute Tannee derniere avec un vif interet par les membres du Congres. Nous signalerons encore, dans les Memoir es de la Socie"te dela Marne, uneheureuse amelioration qui , si elle 6tait acceptee par les associations seien- tifiques, serait de nature a simplifier les recherches. M. Debacq ne se contente pas de publier un compte-rendu tres-complet des travaux de la Sociele , mais a la table des matieres il fait autant de divisions qu'il a traite de sujets differents ; il suffit done d'un simple coup-d'ffiil pour connaitre les communications qui rentrent dans la nature de vos etudes. Au milieu des publications si varies et si diverses que produit la province , nous dirons , avec le pro- verbe anglais, que le temps a sa valeur; c'est done un service rendu que de le menager. Dans cette table si habilement redige"e , nous avons appris la prochaine publication de la monographic de I'^glise d'Epernay, par notre honorable et savant collegue, M. le comte de Mellet. Maintes fois, nous 1'avons entendu dans les Congres; vous savez avec quelle judicieuse Erudition il traite les questions archeologiques , quel charme il sait porter dans les arides discussions de 1'art ; vous avez ecout6 ses communications si diverses, et avec moi, vous formerez le voeu que la publication de ce savant ouvrage ne soit plus retardee. Mais, Messieurs, si nous re"clamons des expositions de pein- ture et de beaux-arts, a plus forte raison applaudirons-nous a ces exhibitions generates qui, se renfermant dans les limites d'une re- gion , comprennent toutes les productions, les decouvertes du SESSION DE 1859. 9 ge"nie moderne , ainsi que les ameliorations lentes et r^flechies de ragriculture. On connait ainsi les forces vitales du pays, ses res- sources; on voit ce qui lui manque, et, dans ces circonstances, les conseils ne doivent pas etre epargn^s. Nous n'avons pas a parler des concours de bestiaux, des expositions de produits agricoles : ils tendent chaque jour a se generaliser, et, si cette expression ne contraslait avec la precedente , a se localiser. Nous ne parlerons pas de Limoges: cette cite industrielle a pris des proportions qui 1'ont suffisamment fait connaitre; mais on nous permettrade conslater tout 1'eclat qu'avaient, en 1857, les expositions de Rouen , quoiqu'elles ne fussent que departemen- tales, et celle du Mans. Lors de cetle derniere, on a public les rap- ports du jury d'examen , et ce beau volume ne contient pas moins de 280 pages grand in-8. Inutile de dire qu'on y trouve de precieux renseignemenls qui ne sauraient etre trop consultes; de nom- breuses illustrations font suffisamment connaitre les objets qui y sont decrits. Mais, Messieurs, votre influence ne s'arrete pas aux limites de nos frontieres ; elle franchit le fthin et 1'Escaut , et vous entre-" tenez de fraternelles relations au-dela meme des mers. Je n'en veux, pour preuve, que les hommages qui vous sont fails. G'est la Socie"te de Madison , dans les Etats-Unis , qui vous adresse le compte-rendu de ses travaux, beau volume de plus de 300 pages imprime avec ce luxe que les Arnericains savent donner a leurs publications; ce recueil,qui contient des observations mele'orolo- giques et de savantes dissertations geologiques, est plus special a Tagriculture. Un moment, nous avions la pensee d'en faire une analyse complete , de montrer que ce jeune pays , sous certains rapports, Temporte sur le notre ; d'indiquer les races de ses ani- maux, ses modes de culture ; de comparer, en un mot , sa force agricole avec notre agriculture francaise. Ce travail nous eut entralne trop loin , et nous nous bornons a un simple accuse de reception qui montre 1'influence qu'exercent vos travaux. La Societ6 du grand-duche" de Luxembourg vous a fait parvenir un nouveau fascicule de ses Memoires. Plac^e depuis douze ans sous le patronage du Grand-Due, elle se montre digne de cette fa- Zi 50 CONGRES CENTRAL DES ACADEMIES. veur, par son activity et paries services qu'elle a rendus a la science arche"ologique. Ses memoires sont ecrits en francais et en allemand et meme, lorsqu'on ne sail pas cette derniere langue, on consulte avec inte"ret cette publication cause des planches qui reproduisent les objets les plus precieux. Que nos collegues du Luxembourg recoivenl nos remerciraents ; qu'ils continuent a poursuivre , avec nous, la noble mission qu'ils ont entreprise, de developper le gout des e"tudes hisloriques, de relever les fails glorieux de leur passe", de proleger les nombreux monu- ments qu'ils possedent encore; en un mot, de conserve! 1 et d'in- struire. En 1843, le Congres archdologique glail re"uni a Lille, et un grand nombre de savants beiges s'elaienl joints a nos travaux; on proposa une excursion a Tournai, et cette ville hospilaliere nous recut avec un eclat dont plusieurs d'enlre vous ont conserve la memoire. L'eveque, surle porche meme de la calhedrale, nous adressa des paroles sympathiques : Ces cloches, nous dit-il,qui annoncaienl autrefois la visile des souverains, saluent aujourd'hui les princes de la science. Depuis lors, les Beiges, donl on connait la profonde Erudition, suivirenl les congres; on les vil a Metz, a Arras, et 1'annee derniere a Gambrai;bien plus, ils envoient des delegations officielles ; el si la maladie relienl loin de nous M. Kervin de Lellenhove, nous sommes heureux de relrouver, parmi nous, M. d'Olreppe de Bouvelle qui a lanl fail pour le deve- loppemenl inlellecluel dans les provinces de Liege el de Namur. L'annee derniere , noire honorable collegue repre"sentail qualre socieles ; il nous a enlrelenus des developpemenls que recoil le mus6e de Liege , des Iravaux des diverses socieles de celle ville. Conslalanl les progres archeologiques, M. d'Olreppe s'e"crie : Que dire de Irois contre"es qui eveillenl lanl de sou- venirs? Le nom de lafontaine de Pline el les vesliges de la tour de Cesar aTongres, le berceau des Garlovingiens a Liege, la grande epoque f^odale a Namur, Charles-le-Temeraire a Di- nanl, les Irois chalelaines a Bouvignes, Don Juan d'Aulriche expiranl sur les bords de noire belle Meuse ; lei esl le champ ouvert aux lecherches, aux investigations de la science hislo- SESSION DE 1859. 51 rique. Nous ajouterons que ce programme , si grand et si vaste, a ete accepte courageusement par 1'Institut Liegeois : MM. Grand- gagnage , Polain et tant d'autres y recollent de belles moissons et pr^parent de precieux complements a Thistoire de Liege. M. d'Otreppe y apporte aussi sa part; il active le zele, provoque le denouement et dans des brochures, trop nombreuses pour que nous puissions meme en citer les titres , contribue puissamment au developpement intellectuel de ces provinces. Un de ces opus- cules est intitule : Ou est Le bonheur? L'auteur, dans une spiri- tuelleboutade, passe en revue les diverses positions ou le bonheur se montre sous descouleursmensongeres, dans le monde,dans ses grandeurs, et il ne neglige pas de nous decrire ies beautes et les richesses de sa chere province de Liege. Le bonheur, il nous permettra de le lui dire , il existe dans le creur du magistral qui a rempli ses devoirs, enloure de 1'estime et de 1'affection de ses concitoyens; dans celui de Thistorien qui decrit eloquemment les ruines de son pays , ouvre des musees pour en conserver les vestiges, et enfm sail developper le mouvement intellectuel. Le bonheur, il est pour ceux qui cornprennent le devouement, les sentiments genereux qui ont toujours inspire M. d'Otreppe de Bouvette. En terminant, Messieurs, ce Rapport deja si long, et dans lequel cependant vous signalerez tant de lacunes , ce rapport qui n'est , a proprement parler , que 1' analyse d'un resume, nous aurions voulu vous montrer les nombreux services que, grace & votre con- cours,l'Institut des provinces a deja rendus. Vingt-cinq congrfcs scientifiques tenus sur les divers points de la France , et dont presque tous ont produit deux volumes; vingt congres archeolo- giques dont, chaque annee, une double session se tient au nord et au midi, et ou Ton discute les plus hautes questions de cette science, ou Ton fait connaitre les plus curieux monuments du pays ; douze annuaires dont le format s'agrandit pour renfermer le resume de ces assises scientifiques tenues sur tous les points de la France ; deux volumes dont la beaute" typographique ne le cede qu'au remarquable talent des 6crivains : telle est, en un mot, une part de ce que vous avez fait. 52 CONGRES CENTRAL DES ACADEMIES. II y a quinze ans , Messieurs , qtie vous avez public" le Glossaire geographique du diocese du Mans , et ce travail , du a notre regrettable collegue M. Gauvin , n'a point encore e"te imite dans les autres provinces; vous avez pris Pinilialive d'un bulletin bibliographique des Societes savantes , et cette publication n'a e"te" abaridonntte qu'a l'6poque ou le Ministre de Instruction publique a concu la pensee de publier une revue speciale ; vous avez cre"e" entre les Academies de province un lien sympathique d'etude et de travail, et prepare" ainsi cette grande organisation administrative qui produira peut-etre des requitals pour Thistoire nationale. Toutes ceschoses, vous les avez faites sans aucune allocation , avec vos modiques souscriptions , avec le genereux devouement de votre directeur. 11 y a vingt-cinq ans, les SocieHes savantes n'avaient entre elles aucune relation : elles vivaient isolees , publiant quelque- fois des me'moires qui s'amoncelaient dans leurs bibliotheques ou venaient s'egarer a 1'arriere-plan de la boutique d'un libraire de Paris. Mainlenant, au contraire . qu'un travail paraisse en pro- vince : il est lu , analyst , apprecie" par des juges competents et capables; les journaux de Paris, eux-m&mes, le font connaitre, et nous osons le declarer, aucune de"couverte importante n'a lieu en province sans que 1'Europe savante n'en soit informe'e. Sans doute, il y a encore beaucoup a faire; les memoires des Acade- mies ne se vendent pas, el dans celte session meme , Tun de nos collegues M. Raymond Bordeaux , doit vous proposer des me- sures pour obvier a ce regrettable etal de choses ; mais, du moins, on ne saurait nier que des analyses appellent 1'attention sur les travaux qui ont de la valeur. Le devouement des Societes provin- ciales est apprecie^, et chaque anne"e nous voyons prendre part a nos travaux , les diriger meme , les membres de cet Institut qui est la gloire la plus grande el la plus pure de la France ; ils nous font connallre le resullat de leurs recherches, et suivent nos etudes avec une fraternelle sympathie. En presence de resultats si importanls, devons-nous, Messieurs, nous reposer dans la voie du Iriomphe? Inconlestablement, non; car le progres ne peut etre arrete , et si nos efforts et notre zele SESSION DE 1859. 53 ne se continuaient , nous perdrions bientdt les avantages que nous avons obtenus. Nous devons travailler et redoubler d'activite". Protestons, Mes- sieurs , par nos calmes eludes , nos recherches poursuivies dans le silence du cabinet , centre ce besoin de luxe qui envahit la province elle-meme; cette fievre industrielle qui fatigue et e"nerve 1'esprit ; soutenons, en presence des Academies de TAlle- magne , des Universes anglaises , et surtout de la laborieuse Belgique, noire ancienne reputation ; montrons que nous soin- mes les descendants des Montfaucon et des Du Gange, et lorsque, peut-elre au moment actuel , notre armee soutient Thonneur francais au-dela des Alpes, defendons par des etudes serieuses, des recherches actives, des livres savants, la gloire de notre Erudition. Cette inte"ressante revue, qui nitrite a si bon droit 1'altention du Congres , plusieurs fois interrompue par des marques d'ap- probation , est couverte d'unanimes applaudissements. Sur la proposition de M. de Gauraont , un grand nombre de membres se font inscrire pour parler sur les diverses questions porte"es au programme. L'ordre des stances du Congres est ensuite re"gle de la ma- niere suivante : 1. Tous les jours , a midi , lecture des rapports sur les travaux des Socie"te"s savantes. 2. A 1 heure, stance generale de la section des sciences physiques , naturelles et d'agriculture. 3. A 3 heures , seance generale de la section de litterature arche"ologie et beaux-arts. L'un des Sccretaires-generaux , GOMART. 54 CONGRES CENTRAL DBS ACADEMIES. STANCE DU 26 MARS 1859 r% AGRICULTURE ET SCIENCES PHYSIQUES. ^ Prfeidence de M. DE BUZONNIERE. M. de Caumont, directeur, appelle au bureau: MM. BEAU- DOUIN , de Rouen ; le marquis DE BERENGER , de Grenoble ; le comte DE BLAGNY , du Calvados ; DE MORISSURE , d'Eure-el- Loir,etle baron DE CHAUBRY DE TRONCENORD , de la Marne. M. de Caumont annonce ensuite que M. Ame"dee Berlin , ancien sous-prefel et ancien repre"sentant d'llle-et-Vilaine , a fait an Congres un nouvel envoi de plusieurs exemplaires de son Credo agricole. Cette simple feuille resume, comme on le sait , sous nne forme inge"nieuse et populaire , les adages les plus incontestables de l'expe"rience agricole. M. de Caumont re- commande la lecture et surtout la pratique de ce symbole et le distribue , suivant les intentions de M. Berlin , aux membres presents de 1'Assemblee. L'ordre du jour indique le compte-rendu des progres de la geologic en 1858. M. de Bouis donne lecture au Congres d'un excellent rapport de M. Cotteau sur ce sujel. RAPPORT SUR LES PROGRES DE LA GEOLOGIE EN FRANCE Pendant Tannee 1858; PAR M. G. COTTEAU, Membre de I'lnstitut des provinces. Parmi les sciences nalurelles la plus allrayante est , sans conlredit , la geologic. Qu'on Tenvisage a un point de vue pu- remenl scienlifique ou dans ses rapports avec Tindustrie et SESSION DE 1859. 55 1'agriculture , elle presente un inte'ret toujours nouveau. Plus les recherches se multiplient, plus on e"prouve le besoin de les etendre encore, de controler et de discuter les fails ob- serves. Get attrait qui s'attache a la geologic explique comment cette science, nee avec le siecle, grace aux efforts de tant d'hommes eminents , nous a donne de"ja des travaux si remar- quables. Le rapport que nous avons 1'honneur de vous soumettre ne concerne que les publications faites en France dans le courant de I'ann^e 1858. Vous verrez , par leur nombre , par J'impor- .tance de plusieurs d'entr'elles , que le mouvement, si heureu- sement imprime aux etudes ge"ologiques , loin de se ralentir , suit son cours ; vous verrez qu'il penetre de plus en plus dans les provinces et que nos Societes departemen tales contribuent a le propager, en publiant des memoires dont la valeur ne saurait etre contestee. Tous les travaux que nous avons etudies offrent de 1'interet. Nous voudrions pouvoir vous en rendre un compte detaille , mais ce serait sortir du cadre qui nous est trace et nous devons nous borner a une rapide analyse. Pour la rendre plus facile , nous diviserons , d'apres leur nature, ces travaux en plusieurs categories , sans que cependant ces divisions aient rien de ri- goureux. I. TERRAINS IGNES ET PALEOZOIQUES. Nous mentionnerons en premiere ligne la Description geolo- gique et mineralogique du departement de la Loire , par M. L. Griiner (1). Ce travail, accompagne d'un magnifique atlas, est certainement une des monographies departementales les plus belles que nous connaissions. Des deux volumes de texte le premier seulement a paru ; il comprend la description ge"olo- gique et topographique des terrains , envisages toujours au (1) Descript. geol. et mineral, du dep*. de la Loire, par M. L. Gruner, ing&iieur en chef. Paris, 1857. 56 CONGRfcS CENTRAL DBS ACADEMIES. double point de vue de la science et de Tindustrie. Le second volume sera enlierement consacre & Tetude des terrains houillers qui occupenl une si large place dans.le de"partement de la Loire. Independamment de la carte geologique, 1'atlas comprend des coupes detaillees , des cartes speciales repre"sentant les bassins anthraxiferes , et un tableau des eaux de la Loire ob- servees au pont de Roanne, de 1846 a 1856 , document precieux qui temoigne du soin que 1'auteur a apporte" a Tetude hydro- graphique si difficile de ce fleuve. Les roches igne"es, considerees sous le rapport de leur influence metamorphique, ont donne lieu a des recherches inte"ressantes. M. Delesse a presente a ce sujet plusieurs memoires a 1' Aca- demic ; il a etudie, notamment , le me'tamorphisme exerce par les roches trappeennes et les roches siliceuses et argileuses qui se trouvent a leur contact (1). M. Fournet , le savant professeur a la Faculle de Lyon , a lu a la Socie"te geologique de France des considerations generates au sujet des Melaphyres (2) , travail plein d'erudition et qui jette un nouveau jour sur leur mode de formation. MM* de Verneuil et Triger ont decouvert , a la partie la plus inferieure du systeme silurien de la Sarthe , au-dessous me"me des Tri- lobites , un gres renfermant des Lingules. Ce fait , suivant M. de Verneuil , confirme d'une maniere frappante I'uniformite des lois qui ont preside" a la distribution des etres ; il demontre que sur noire sol, comme dans le pays de Galles, comme dans Tfitat de Newgathe et jusqu'au Mississipi , les premiers debris organises qu'on rencontre appartiennent a un meme genre de brachio- podes,et, chose remarqu^ble, bien que le plus ancien de tous les mollusques , ce genre a encore des repre"sentants dans la nature actuelle (3). M. Nogues a public des details interessants sur les roches (1) Comptes-rendus de t'Institut , t. XLVII, p. 219, M8 et A95. 1858 ; et t. XLVI, p. 638. (2) Bull. Soc. geol. de France , 2 e . se>ie , t. XV, p. 284. 1858. (3) Coryptes-rendus de I'Institut, t. XLVII , p. 463. SESSION OE 1859. 57 pateozolques de Durban dans le de"parteinent de TAude (1). Nous trouvons dans les Comptes-rendus de rinstitut une lettre de VI. Leymerie , dans laquelle il signale, pres de Luchon , 1'existence du terrain de transition ; il a reconnu , dans la vallee de la Pique, les Stages silurien et de"vonien reposant sur des schistes azolques (2). 'II. TERRAIN JURASSIQUE. Les terrains secondaires sont largement developpe"s en France et riches en debris organiques de loute nature ; aussi les tra- vaux qui les concernent sont-ils plus nombreux et plus varies. Nous suivrons , autant que possible , Tordre stratigraphique des etages. Les gisements de fossiles vegetaux des terrains an- thraxiferes des Alpes qui , depuis la fin du siecle dernier , ont donne lieu a lant de publications diverses , a tant d'opinions contradictoires , ont e"te , de la part de MM. tflie de Beaumont et d'Archiac, au sein m&me de T Academic , 1'objet d'une sa- vante discussion (3). Suivant M. filie de Beaumont, la presence des vegetaux houillers dans les couches du lias ne fait oppo- sition a aucune the'orie ; car aucune theorie ne demontre que ces vege" taux , apres avoir existe depuis 1'epoque silurienne jus- qu'a la fin de TSpoque houillere , n'aient pas continue, en partie, a se developper et a faire naltre encore de petits gites de com- bustibles pendant la periode jurassique. M. d'Archiac, de son cote, persistant dans Topinion qu'il a exposed dans son His- toire des progrbs de La geologic , a soutenu que ce n'est point une theorie , mais bien Tobservation et la comparaison des fails connus jusqu'a present qui constatent que la flore paleozoi'que s'est eteinte avec le systeme Permien , apres avoir eprouve deja des modifications el un appauvrissement graduel dans cette der- (4 ) Notice sur les roches paleozolques de Seguin et de Durban (Aude) , par M. Nogu^s. Bordeaux, 1858. (2) Comptes-rendus de I'Institut, t. XLVI , p. 636. (3) Id., p. 390. 58 CONGRES CENTRAL DES ACADEMIES. mere p^riode ; il a ajoute" qu'aucun fait re"gulier , et par con- sequent d'une importance reelle dans la question , n'appuyait Thypothese qu'une partie de la flore houillere ait pu continue? a exister pendant la periode jurassique. Plus tard, a. Tune des stances de la Socie"te" geologique , la question a e"te" agite"e de nouveau entre MM. Scipion Gras (1) et Charles Lory (2) , qui ont public" Tun et 1'autre une carte de'taille'e du Dauphine. Ces deux observateurs s'entendent pour reconnaitre que les gres a Anthracites du Brianconnais sont superieurs aux schistes argilo- calcaires du lias rempli de Belemnites ; mais ils sont en desac- cord sur des points nombreux d'alternance et de superposition. La science , comme on le voil , n'a pas encore dit son dernier mot sur cet important probleme de stratigraphie et de paleon- tologie. La question de Tage des gres liasiques du Luxembourg , si vivement de"battue dans ces dernieres anne"es, a reparu. M. Ter- quem a cherche a demontrer que le gres d'Hettange n'est point un accident , une lentille au milieu du lias inferieur , mais un depot normal, continu,et dont la presence, avec des carac- teres identiques , a ete" constate"e dans la Bourgogne , TAngle- terre , la Westphalie , la Souabe et le Wurtemberg (3). ]\ous citerons , a. Tappui de cette opinion , les observations si interes- santes de M. Martin, de Dijon , et notamment le beau m^moire qu'il a lu au Congres scientifique d'Auxerre, et qui e"tablit d'une maniere certaine Texistence de la faune d'Hettange dans les couches inferieures du lias de la C6te-d'0r et de TYonne (4). M. Engellart a donne" un tableau compare des diverses assises du lias en France , en Allemagne , en Angleterre , suivant 1'opi- nion des differents auteurs (5) ; ce tableau permet de saisir (1) Bull. Soc. geol. de France, t. XV, p. 426, et t. XVI, p. 21. 1858. (2) Id., t. XVI , p. 25. (3) Id., t. XV, p. 625. (4) Congres scientifique de France , XXV C . session , t. I , p. 3/i3. Auxerre , 1859. (5) Bull. Soc. geol. de France , t. XV, p. 422. SESSION DE 1859. 59 d'un seul coup-d'ceil les rapports que toutes ces couches ont entr'elles. M. Pellat a pre'sente' des renseignements inte'ressants sur le lias des environs d'Autun et indique" les fossiles qui, dans cette localite , caracterisent chacun des Stages (1). M. filie de Beaumont , d'apres une lettre de M. Pentland , a appele* Inattention de 1' Academic sur les ossements de mammi- feres re"cemment de'couverts dans les couches de Dundry , pres Bristol , a la partie supe"rieure du trias ou plutdt a la base du lias (2). Ces mammiferes, voisins des Marsupiaux, sont beaucoup plus anciens encore que ceux de Stonesfield et de Purbeck ; aussi cette decouverte prend-elle un haul interSt au point de vue de la distribution geologique des mammiferes , dont on a fait si long-temps remonter 1'apparilion au terrain tertiaire. M. Terquem a fait paraitre une monographie descriptive des Foraminiferes du lias (3) ; quelques-uns de ces 6tres curieux e'taient deja connus, mais le plus grand nombre se trouvent de"- crits et figures pour la premiere fois ; M. Terquem comble ainsi une lacune dans la faune de"j& si riche du lias. Ce travail est accompagne" d'un tableau indiquant la dispersion des Forami- niferes dans les differenls terrains. M. Etallon a commence la publication dMtudes pale"onlolo- giques sur le haut Jura (4). Les rayonne"s du coral-rag ont e"te Tobjet de ses observations. La premiere livraison , la seule parue en 1858. comprend une introduction geologique et la description des fichinides. Nous regrettons que ce travail , tres- bien fait du reste , ne soit point accompagne" de planches tou- jours si utiles lorsqu'il s'agit d'especes nouvelles. Nous devons encore a M. Etallon un excellent memoire sur les Crustaces de la Haute-Saone , cette fois avec des planches representant toutes les especes (5) . Les Crustaces fossiles ne se rencontrent (1) Bull. Soc. gtol. de France, t. XVI , p. 166. (2) Comptes-rendus de I'lnstitut , t. XLVII , p. 955. (3) Mem. de I'Acad. imp. de Metz. 1857-i858. (4) Mtm. de la Soc. d' Emulation du Doubs. 1858. (5) Bull. Soc. geol. de France, 1. XVI, p. 169. 60 CONGRES CENTRAL DES ACADEMIES. ordinairement dans les terrains jurassiques que par debris Isolds ; aussi jusqu'ici , en France , n'ont-ils e"te" e'tudie's que superficiellement. Les localite's explorees par M. Etallon sont d'une richesse exceptionnelle , el 1'habile professeur en a tire tout le parti desirable. La petite monographic qu'il nous a donne"e nous a paru complete ; les gisements sont scrupuleu- sement indique's ; les genres , les especes , ainsi que leurs va- rie"tes d'age et de sexe, sont etudies et de"crits avec le plus grand soin. Nous n'adresserons a M. Etallon qu'un seul reproche , qui concerne egalement ses Etudes palcontologiques. Pourquoi donner les denominations nouvelles de Diceratien, de Spongitien, de Glypticien a des sous-etages, a des assises souvent locales ? JN'est-ce pas compliquer la nomenclature sans profit pour la science , et n'est-il pas plus simple de continuer a distinguer ces assises , comme par le passe , sous les noms de couches a Spongiaires, a Dicerates eibGlypticusl M. Goquand , dans un long et savant me'moire , a decrit un systeme particulier de couches jurassiques , caracterisees par la presence du gypse et par des fossiles d'eau douce (i). Parfaitement de"veloppee dans les deux Gharentes , intermediate entre le Portland et le terrain cretace , celte formation correspond, suivant lui, aux couches de Purbeck de 1'Angleterre meridionale. Le travail de M. Coquand merite d'autant plus de fixer 1'attention , que les couches / de Purbeck n'ont encore ete signalees que sur un seul point de la France , dans le Bas-Boulonnais. M. Marcel de Serres a lu a I'Acad^mie , et public dans le Bulletin de la Societe geologique , une notice sur les houilles seches ou stipites du terrain jurassique et particulierement du plateau de Larzac (2). Ge depot, precieux pour Tindustrie, est interessant surtout au point de vue geologique et paleontolo- gique; car il demon tre 1'existence en France, au milieu des terrains jurassiques les mieuxcaracte'rises, de bassins lacustres (1; Bull. Soc. geol. de France, I. XV, p. 577. (2) Comptes-rcndus , t. XLVI , p. 999 ; Bull. Soc. geol. , t. XVI', p. 97. SESSION DE 1859. 61 renfermant des Paludines, des M^lanies et des Unios. Les recherches de M. Leymerie ont elendu conside"rablement dans les Pyrenees les li mites du terrain jurassique et constate" la presence, dans la Haute-Garonne et les Hautes-Pyrene'es , des calcaires a Dicerates du Coral-rag qu'on avait confondus jus- qu'ici avec les calcaires &*Chama Ammonia de l'e"tage Ne"oco- mien (1). M. Eudes-Deslongchamps , Tillustre doyen de la Faculte des sciences de Caen , a public un travail paleontologique sur les Plicatules fossiles des terrains secondaires du Calvados (2) ; plus de 80 especes sont de"crites et figurees dans ce memoire qui .renferme , en outre, des observations approfondies sur la nature et Torganisalion de ces curieuses coquilles. . Nous citerons encore , en terminant Je terrain jurassique , la Monographic des Echinides de la Sarlhe que nous publions, en collaboration avec M. Triger (3). Les deux premieres livrai- 'sons ont paru en 1858 : elles contiennent la description des our- sins du Lias , de 1'Oolithe infe"rieure , de la grande Oolithe et du Callovien ferrugineux. IE. TERRAIN GRETA CE. , M. Passy a public" la carte geologique de 1'Eure; bien que ce travail date de la fin de 1857 , nous ne pouvons register au de"sir de le mentionner ici. Le massif cretace", recouvert paries derniers affleurements des couches tertiaires, par le Diluvium et des alluvions plus ou nioins anciennes , occupe la majeure partie de ce departement. Les terrains inferieurs a la craie ne se montrent que vers les limites du Calvados. C'est une nou- velle et excellente carte geologique de"partementale a joindre a celles que nous possedons de"ja. M. Marcou a fait paraitre un memoire sur le Ne"ocomien du (1) Comptes-rendus , t. XL VI , p. 848. (2) Mem. de la Soc. Linneenne de Caen, t. XI (en cours de pu- blication ). (3) Echinides du departement de la Sarthe , par MM. Cotteau et Triger. Paris, 4858-1859. f 2 CONGRES CENTRAL DBS ACADEMIES. Jura (1) ; il examine d'abord et discute les travaux nombreux dontce terrain a ete 1'objet; il en fixe ensuite les limites infe- rieures et supe"rieures et d^crit avec soin les diverses assises dont il se compose. En terrninant , il insiste sur le synchronisme qui existe entre les couches fluvio-marines de Purbeck et les strates supe'rieures de la formation jurassique. Les observations de M. Marcou , recueillies dans le pays meme ou le terrain Neo- comien a ete signale pour la premiere fois,etou se de"veloppe son type le plus complet, offrent un inte'ret qu'on ne saurait contester. M. de Hennezel a public , d'apres les indications de M. Triger, une notice sur la composition du terrain cre'tace' de la Sarlhe (2). Celte notice ne comprend que quelques pages , mais elle est d'un inleret de premier ordre relativement a la classification de la craie de la Loire et du sud-ouest de la France. C'est le re"sultat des recherches que M. Triger multiplie depuis vingt ans sur le sol du de"partement de la Sarthe. Nous avons enfm un tableau stratigraphique et paleontologique du terrain cre'- tace' de cette partie de la France , et d'un seul coup-d'o3il nous pouvons saisir , dans leur ensemble et dans leurs details, ces differents groupes dont il etait jusqu'ici si difficile de pre- ciser les limites. Le Bulletin de la Societe" geologique renferme plusieurs me"- moires sur les limites de l'e"tage Genomanien et les couches qui le constituent. Le disaccord regne a ce sujet : aussi la discussion s'est-elle renouve!6e plusieurs fois , toujours vive et anime'e. MM. Saemann (3) , Hubert (A) , Triger (5) , Renevier (6) y ont pris part. Il ne nous appartient pas , dans un re'sume' de la nature de celui-ci , de discuter a notre tour cette ques- (1) Archives des Soc. de la Bibliotheque univ. de Gen&ve. 1859. (2) Bulletin de la Soc. d' Agriculture de la Sarthe. Le Mans, 1858. (3) Bull, de la Soc. geol. de France, t. XV, p. 500. (A) /d.,t. XVI, p. 150. (5) Id., t. XVI, p. 157. (6) Id., Ibid. SESSION DE 4859. 63 lion; nous dirons seulement que ce disaccord ne porte au- jourd'hui que sur des points secondaires , car tous les obser- vateurs que nous venons de nommer reconnaissent que la craie cenomanienne de Rouen , si parfaitement caracterise'e par ses fossiles , n'est pas , comme on 1'avait cru pendant long-temps, superieure au gres vert du Mans. Nous devons a M. Hubert un m6moire sur la faune de la craie de Meudon (1). D'apres le savant professeur, cette assise est bien distincte de la craie blanche proprement dite ; elle n'est represented, dans le nord de TEurope, que par lam- beaux isoles et dissemine's , et la plupart des fossiles qu'on y rencontre ne s'e"taient pas encore montre's dans les couches infe"rieures. Parmi les travaux qui concernent a la fois les terrains juras- siques et cretac6s , nous signalerons les Etudes paleontologiques et geologiques de M. Ebray (2). Les trois premieres livraisons ont paru ; nous y trouvons d'interessantes notices sur quelques genres d'Echinides et la structure si compliquee de leur appareil apicial, sur les horizons ferrugineux , sur la nature des silex qui se ren- conlrent dans les difierents Stages et sur une faille importante qui traverse le departement. Quelques-unes de ces notices et d'autres encore ont etc publiees dans le Bulletin de la Societt geologique. L'idee que M. Ebray a eue de les fondre en un corps d'ouvrage special donnera a la Nievre un recueil de materiaux pre"cieux pour son histoire geologique. IV. TERRAINS TERTI AIRES. M. Deshayes poursuit avec activite son beau travail sur les ani- maux sans verlebres du bassin de Paris (3). Les Ace"phales sont (1) Bull. Soc. geol. de France , t. XVI , p. 4 43. (2) Etudes geologiques sur le departement de la Nievre, par M. Ebray. Nevers, 1858. Etudes paleon t. , par le m6me. Nevers, 1858. (3) Desc t des animaux sans vertebres decouverts dans le bassin de Paris pour servir de suppl. a la Description des coq. foss. des environs de Paris, par M. Deshayes. Paris, 1857-1859. 64 CONGRfcs CENTRAL DBS ACADEMIES. terminus et la publication des Gasleropodes commence. Des de- scriptions savantes et minutieuses, des planches parfaitement ex6cute"es representant Tespece a ses diflerents ages et avec ses nombreuses vari6tes , font de cet ouvrage un veritable monu- ment paleontologique. M. Noulet a fait paraitre un me"moire sur les calcaires d'eau douce des Pyrenees (1) ; il cherche a determiner leur age : les plus anciens sont rapporte's par lui & la partie superieure du ter- rain Eocene, etles plus recents au terrain miocene; il de"montre que ces calcaires different entr'eux, non-seulement par les corps organises fossiles qui s'y rencontrent , mais aussi par leur strati- fication et arrive a cette conclusion : que le relevement des Pyre"^ nees a eu lieu entre le depot de ces deux terrains; ce qui explique la disposition oblique et tourmente'e des couches eocenes et la stratification parfaitement reguliere des calcaires miocenes. M. Leymerie ne partage pas enlierement 1'opinion de M. Noulet; nous lisons,dans \esComptes-rendus de 1' Academic des sciences, une note relative a ces monies terrains (2). Suivant M. Leymerie, ces calcaires d'eau douce ne sonl qu'une de"pendance du terrain e"picretace ; leur decouverte ne modifie nullement sa maniere de voir concernant 1'age du soulevement des Pyrenees , qu'il a place" depuis long-temps entre 1'epoque eocene et l'e"poque mio- cene. M. Vezian a public un Essai de classification des terrains Eocenes du midi (3). Prenant pour point de depart les observa- tions qu'il afaites en Gatalogne, ou la formation nummulilique est si completement de"veloppe"e , 1'auteur poursuit et retrouve les m6mes assises dans le bassin me"diterrane"en. G'^st un travail consciencieux , resultat d'exploralions multipli^es. Nous adresse- rons seulement a M. Vezian un reproche que nous formulions tout a 1'heure centre M. Etallon : nous regrettons qu'il ait erige en etages, et designe sous des noms nouveaux, des assises le plus souvent locales. (1) Hull. Soc. gdol. de France, 1. XV, p. 277. (2) Comptes-rendus , t. XLVI, p. 140. (3) Bull. Soc. gtol. , t. XV , p. 433. SESSION DE 1859. 65 La presence (Tun poisson malacopte'rygien , dans les terrains cTeau douce d'Amissan , a fourni a M. Marcel de Serres 1'occa- sion de comparer les terrains lacustres du nord avec ceux du midi de la France (1). M. Gratiolet a signale la decouverte d'un fragment de crane recueilli a Montrouge, pres Paris (2), curieux debris appartenant, suivant 1'auteur, a un nouveau genre de carnassiers aquatiques, intermediate entre les Phoques et les Morses. Nous devons a M, Lagreze-Fossat une note sur une tortue fos- sile , trouvee a Moissac (Gironde) (3) , et identique , suivant toutes probabilites, a une espece rencontree dans les sables eocenes d'Issel, pres Castelnaudary et de"ja decrite par M. Marcel de Serres (Testudo JsselensisJ. M. Lagreze, s'appuyant sur la de- couverte de ce chelonien , cherche a preciser Tage des terrains tertiaires des environs de Moissac. Nous trouvons encore dans les Comptes-rendus de 1'Academie plusieurs notes de M. Pomel sur les terrains tertiaires de TAlgerie, et notamment sur le systeme de Vercors (4) et les subdivisions du terrain miocene (5). V. TERRAINS QUATERNAIRE ET RECENT. M. Benoit , dans un long me" moire , a decrit les terrains si peu connus de la Bresse et de toute cette grande plaine qui s'etendde Lyon aux Vosges (6) , tache ingrate et difficile. Au milieu de ces alluvions plus ou moins anciennes, de ces depots de cailloux, de sable et de limon qui ne renferment que bien rarement des debris organiques, M. Benoit a su trouver des points de repere, et le bassin de la Bresse lui a offert, avec plus ou moins de developpe- ment, la se"rie complete des terrains tertiaires et quaternaires. (1) Bull. Soc. geol., t. XV, p. 492. (2) Id., p. 621. (3) Acies de la *oc. Linneenne de Bordeaux, t. II, p. 74. 1858. (4) Comptes-rendus, t. XLVII, p. 479. (5) Id. , p. 949. . . (6) Bull. Soc. geol. de France, 1. XV, p. 315. 5 66 CONGRES CENTRAL DES ACADEMIES. L'etude des cavernes ossifies , si inte"ressanle au point de vue surtout de la distribution ge"ographique des mammiferes pendant l'e"poque quaternaire, a ete 1'objet de plusieurs travaux impor- tants : M. Delbos a public" une notice sur les cavernes de Sentheim et de Laula (Haut-Rhin) (1) ; il insiste sur la predominance vrai- ment remarquable des ossements d'ours : sur deux cent cinquante pieces, parfaitement determinables, deux cents appartiennent a ce genre et repre"sentent une seule espece fUrsus spelceusj que M. Delbos considere comme distincte des ours des Alpes et des Pyrenees. M. Lartet, a propos des debris d'ele"phant decou- verts par M. Ponzi dans le terrain pliocene des environs de Rome, a passe en revue les differentes especes constate"es jusqu'ici dans les depots tertiaires et quaternaires , et s'est livre a des conside- rations generates sur leur distribution geographique (2). Nous devons M. Monceau une notice interessanle sur les nom- breux debris decou verts recemment dans les gi ottes d'Arcy-sur- Cure (3). Comme dans les cavernes du Haut-Rhin , les debris d'ours (Ursus spelceus ) sont communs, mais les ossements de chevaux (Equus fossilis) sont beaucoup plus abondanls encore. M. Fontan a signale , dans les cavernes a ossements de Massat ( Ariege ) , des dents humaines et des uslensiles (li) ; mais ces debris provenaient sans doute d'une couche superficielle. M. Paul Mares a observe" , pres de I'oasis de Laghouat en Algerie , une grotte servant de repaire a des hyenes et dans laquelle se trouvent reunis des ossements de divers mammi- feres d'especes vivantes (5). C'est la un fait contemporain, mais il a son importance et peut expliquer, dans quelques cas exceptionnels suivant nous , la presence des de"bris d'hyenes et d'autres animaux dans les cavernes ossiferes de 1'epoque quaternaire. (1) Bull. Soc. geolog. de France, t. XV, p. 300. (2)/d., p. 555. (3) Bull. Soc. des sc. hist, et not. de I' Yonne. 1858. (A) Comptes-rendus , t. XL VI , p. 900. (5) Bull. Soc. geol. de France, t. XLVI, p. 111. SESSION DE 1859. 6^ M. Pissiz a continue ses recherches sur les systemes de sou- levement de 1'Am^riquedu sud (1). Apres avoir decrit chacun des grands cataclysmes qui se sont successivement produits sur le sol de ce pays , il divise en autant de formations distinctes la se"rie des terrains stratifies et cherche a etablir un parallele entre 1'Europe el I'Amerique du sud. M. de Fancq a expose de nouveau sa Ihgorie sur la formation et la repartition des reliefs terrestres (2) ; prenant pour point de de- part les principes fondamentaux poses par M. Elie de Beaumont , dans son beau travail sur les systemes de montagnes et dont sa theorie, suivant lui, n'est que le corollaire, il examine a quelles conclusions conduisent ces deux ordres d'idees lorsque Ton combine leurs resultats entr'eux. M. Deville , qni a e"tudie et de"crit avec tant de soin les pheno- menes eruptifs de 1'Italie me"ridionale , a public une note fort in- teressanle sur la nature des eruptions actuelles du volcan Stromboli (3). Il resulte de ces observations que le Stromboli qui , depuis si long-temps , est dans un etat continuel d'erup- tion, ne projette au dehors de son cratere que des scories solides et quMl n'a jamais existe" , a Texterieur du volcan , un de ces petils courants de lave signales par Frederic Hoffman. M. Marcel de Serres a presents' a 1'Academie un memoire sur les falaises des c6tes de la Medilerranee comprises entre Cette et Agde ( Herault ) (Zi) , appartenant les unes au terrain secondaire, les autres a des formations volcaniques beaucoup phis recentes ; il insiste principalernent sur la promptitude avec laquelle , sous 1'action de la mer, ces falaises s'ecroulent et disparaissent. Dans le meme ordre d'idees , nous citerons encore une notice du mSme auteur sur les dunes et leurs effets (5) , et un me"- (1) Comptes-rendus , t. XLVI, p. 239. (2J Id. , p. 523. (3) Bull. Soc. geol. de France , t. XV , p. 345. (4) Comptes-rendus, t. XL VII, p. 498. Bull. Soc. geol. de France, t. XV, p. 36. (5) Bull. Soc, geol. de France , t. XVI , p. 32. 68 CONGRES CENTRAL DES ACADEMIES. moire de M. Mairand sur les depots littoraux observes de Nantes a Bordeaux (1). Mention nons ici quelques travaux qui n'ont point trouve" place dans les divisions que nous avons e"tablies : Les Actes de La Sociele Linneenne de Bordeaux ont commence la publication de la description physique de Tile de Crete, par M. Raulin (2). C'est la relation du voyage execute , il y a dix ans, par le savant professeur. Ce qui a paru nous permet de juger le caractere et 1'importance de ce travail : & cote des notices scienti- fiques et surtout geologiques qui occupent une large place, nous y trouvons une foule d'apercus ingenieux, de rapprochements his- toriques, de details de moeurs, d'impressions de voyage , qui en rendent la lecture d'autant plus attachante et nous font connaltre une ile relativement si voisine de nous et pourtant si peu connue. M. Ville a public un fort beau memoire sur la mineralogie des provinces d'Oran et d'Alger(3). Ce travail, fruit de longues et pa- tientes recherches, contient une e"tude geologique approfondie des terrains ignes et sedimentaires de cette partie de 1'Algerie. Mais c'est surtout au point de vue mineralogique que PreuvredeM. Ville pre"sente de 1'importance : nous y trouvons de pre"cieux details sur les gisements me" talliferes, sur les mines de fer, de plomb, de cuivre et d'argent qu'on y rencontre et sur la nature chimique des eaux. La Revue de TAcad^mie de Toulouse renferme une Esquisse geognostique des Pyrenees, de la Haute-Garonne, par M. Leyme- rie (A). C'est le prodrome d'une carte geologique etd'une descrip- tion de ce department. Trace de main de maitre, cet expose ra- pide demontre combien sont inleressantset varies les terrains qui forment le sol de la Haute-Garonne, etnous pouvons de"ja appre"- cier toute rimportance de la Monographic de"partemenlale que nous prepare M. Leymerie. (1) Actes de laSoc. Linnfenne de Bordeaux, t. II, p. 78. (2) Id., p. 109. (3) Notice mineralogique sur les prov. d'Oran et d'Alger, par M. Ville, ing6nieur. 1858. 4 Revue de /' Academic de Toulouse. 1858. SESSION DE 1859. 69 IN'oublions pas, en terminant, \aStatistiqitc geologique du de- partement de CYonnc (1). La carte a paru en 1855 ; le volume de texte est depuis long-temps termini, mais la publication en a et6 retarded jusqu'a la fin de 1858 par suite des difficultes qui se sont e"levees entre les auteurs, discussions regrettables , a tout egard , entre des homines de la valeur de MM. Leymerie et Raulin. La Statistique de 1'Yonne est un travail d'une importance reelle,non- seulement pour le departement, mais encore a un point de vue plus general : les terrains y sont decrits avec une scrupuleuse exactitude ; les questions , souvent tres-delicates , d'age et de su- perposition y sont etudiees et discutees avec soin. L'ouvrage est termini par un tableau de tous les corps organises , recueillis dans le departement, vaste ensemble qui comprend pres de deux mille especes. Nous ne rendrions pas un cornpte exact des progres de la geologic , si nous ne parlions ici de ces reunions generates qui contribuent dans une si large mesure au developpement de la science. G'est a la geologie. surloul qu'il appartient d'en profiler. Combien devient plus facile la solution des problemes les plus ardus quand, apres la lecture d'un mempire ou a la suite d'une discussion , on pent aller constater les faits sur le sol meine ; et , d'ailleurs , que de profit pour la science dans ce contact d'hommes reunis dans un meme but; que de questions se trouvent eclaircies par cet echange d'idees si profitable pour tous !... Le Congres scientifique de France a eu lieu, en 1857, a Gre- noble ; la geologie y a ete J'objet de plusieurs communica- tions d'un interel incontestable; ceux d'entre vous qui ont assiste a cette reunion n'ont point oublie la clarte vraiment reuiarquable avec laquelle M. Lory, qui connait si parfaitement les terrains du Dauphine , a expose, a plusieurs reprises, ses opi- nions sur la geologie de cette region accidentee. En 1858 , c'est a Auxerre que s'est tenue la session du Congres scientifique : (1) Statistique geol. du departement de I' Yonne, avec la direcU et la cooperation de M. Leymerie, par M. V. Raulin. 70 CONGRES CENTRAL DBS ACADEMIES. Taffluence etait plus considerable encore qu'a Grenoble ; la sec- lion d'hisloire nature.lle a consacr6 la plus grande partie de ses seances a Texamen des questions geologiques; le Bulletin vient d'en etre public: les memoires qu'il renferme, les dis- cussions qu'il resume, les excursions dont il rend compte, le- moignent de I'importance de cette reunion scientifique pour la geologic de la Bourgogne. A peu pres a la meme ^poque , la Societe geologique de France tenait a INevers sa session annuelle. Nous regreltons que le compte-rendu n'ait pas encore paru , mais nous sommes certain d'avance de 1'interet qu'il presentera ; car aINevers, comme a Auxerre, la reunion 6tait nombreus-e et comptait des homines eminents. Tel est 1'ensemble des etudes ge"ologiques exe"cutees en France pendant Tannee 1858. Vous le voyez, nous n'avons eu a vous si- gnaler aucun de ces travaux exceptionnels, aucune de ces decou- verles qui ouvrent tout a coup ^ la science de nouveaux horizons; mais nous avons pu enregistrer , sur les questions geologiques les plus interessantes , une foule de recherches, d'observations, d'apercus nouveaux, d'etudes consciencieuses et des publications locales souvent considerables. C'est done avec raison que nous disions , en commencant , que 1'ann^e 1858 ne le cede en rien a ses devancieres. Le Bureau adresse des felicitations a Tauteur, pour cet inte~res- sant rapport. On passe a 1'examen de la question du programme qui a trait aux progres de 1'agriculture. M. de La Trehonnais a la parole sur cette question. D'apres M. de La Trehonnais, il n'est point de progres agricole qui n'ait son origine en Angleterre. En fait d'agriculture, 1'Angle- terre montre la voie aux autres nations et il n'y a qu'a la suivre. M. de La Trehonnais ne croit done pouvoir mieux faire, pour don- ner au Congres une id^e des progres agricoles realises en 1858 , que de lui lire des fragments d'une nouvelle Revue dont il est le fondateur et qui a pour titre : Revue agricole de r Angleterre. SESSION DK 1859. 71 La seconde livraison contiendra un tres-important chapitre sur la culture a la vapeur , deja si re"pandue dans les exploitations agricoles en Angleterre. La lecture de ce travail, promise pour la prochaine seance, ne manquera pas d'inte"resser vivement les agriculteurs , surlout a une e"poque oil Ton se plaint si juslement de la rarete" des bras et de la cherte" de la main-d'ceuvre dans les campagnes. En attendant , M. de La Mhonnais entre dans quel- ques details zootechniques tir^s de la premiere livraison de sa Revue et dont il a deja fait part au Congres d'Auxerre. Avant d'atooir refondu et complete celte belle et consciencieuse e"tude, 1'auteur examine, a un point de vue purement pratique, quelle influence il faut attribuer au male et a la femelle dans la repro- duction et dans le croisement des races. A cote de la loi generate qui preside a la reproduction des 6tres organises, il y a certaines lois corollaires qui en modifient les effets et qui, selon leur application ignorante ou intelligente, abatardissent ou rege"nerent les posterite"s. Production normale et generalement identique, quand les parents sont de m6me espece; production hybride et parfois monstrueuse , lorsque les accouplements ont lieu entre des animaux de differentes especes : telle est la loi naturelle. Mais si, dans Tun ou dans 1'autre cas, Paccouplement est livre au hasard, il arrive promptement que les races s'etiolent et finissent par disparailre. Lorsqu'au contraire on a calcule les aptitudes du male et de la femelle d'apres des principes certains, lorsqu'on a cherche a contrebalancer les defauts de Tun par les qualites de Tautre , on reussit a ce qu'on appelle creer ou maintenir une race : expres- sion tout-a-fait de convention , puisque la nature ne produit pas de races, mais simplement des individus. Malheureusement les grands eleveurs de bestiaux, entr'autres Bakwell et les freres ,Golling , n'ont jamais re"v616 leurs secrets d'une maniere precise. On se demande toujours s'ils onl agi en vertu de principes raisonnes, ou s'ils ont seulement obei a Tinspi- ration d'un genie particulier, a un tact irre'fle'chi et independant de toute regie. La science physiologique cependant, par des re- cherches assidues, a jete un peu de jour sur les procedes de ces 72 CONGRES CENTRAL DES ACADEMIES. . illuslres praticiens. On a pu etablir quelques notions vraies sur rinfluence du pere et de la mere dans les qualites ou les deTauts de leurs produits ; on a determine, d'une maniere assez certaine, quelles parties du corps du produit viennent du male, quelles par- ties viennent de la femelle. De ces observations repetees, sont sorties les trois principes suivants : 1. Le male donne au produit la serie d'organes qui comprend le systeme locomoteur, la charpente osseuse et son enveloppe musculaire, les ligaments, les tendons; en un mot, la forme exte"- rieure. La femelle donne, au contraire, les organes nutritifs, le coeur, 1'estomac , les poumons et en general tous les visceres el toutes les surfaces de secretion muqueuse. La femelle determine 1'ampleur de la cavite pectorale par le volume des visceres que cette cavite" contient. Elle fournit, enfin, 1'appareil lactifere et le systeme lymphatique. 2. La femelle recoit du male, par 1'accouplement , une certaine influence qui se manifeste, non-seulement sur les produits imme"- diats de cet accouplement , mais encore sur les produits sub- sequents , quand bien m6me ceux-ci seraient issus de males differents. 3. Lorsque les produits ne sont pas males , c'esl-a-dire lors- qu'ils proviennent d'individus de me" me espece et de races assez rapprochees, il peut arriver deux choses : ou les races des repro- ducteurs ont leurs points distinctifs aussi fortement typifies et persislants chez 1'un que chez 1'autre ; alors les produits ressem- blenl,en tous points, tanlot au male, tantot a la femelle ; ou Tun des reproducteurs, soil le male, soit la femelle, a plus de fixit6 que 1'aulre dans les caracteres de la race ; alors c'est lui qui trans- met au produit la force exterieure, lacouleur, tous les signes enfin, qui peuvent Etablir la similitude parfaite avec ce reproducteur. C'est cette influence incontestable que M. Baudement a qualifiee du nom fratavisme. Gomme exemple frappant de ces principes fondamentaux , M. de La Trehonnais a choisi le produit hybride des races asine et chevaline, le mulet. Le mulet pent etre le produit d'un ane et d'une jument, ou d'un cheval et d'une anesse. SESSION DE 1859. 73 Dans les deux cas , les elements sont les m&mes et cependant les re"sultats different. Le mulet, produit d'un ane et d'une jument, est presque un ane, en apparence du moins : les oreilles longues, la criniere droite et he'rissee , la queue inince et de"nue"e de crins a sa naissance , les jambes grfcles , les hauls sabots etroits ; m&me peau , niSme couleur , tout enfin jusqu'a cette croix noire dessinee sur son dos denote, au premier coup-d'oeil, les formes exte"rieures de 1'ane ; ajoutez a cela quMl brait presque comme son pere. Mais 1'influence de sa mere se retrouve dans Fampleur et la tournure cylindrique de son corps et surtout dans la largeur de sa poitrine , car sa struc- ture inte"rieure doit 6tre celle de sa mere. L'autre mulet, par centre, ressemble beaucoup au cheval : son cri est presqu'un hennissement ; ses oreilles sont seule- ment un peu plus longues que celles de son pere ; la criniere tombe sur le cou; la queue est fournie de crins; sa peau est fine comme celle du cheval et son pelage varie; ses jambes sont forles ; son sabot est aplati et large. Seulement chez lui le tronc est aplati sur les cote's, et la poitrine est 6troite comme chez 1'anesse , sa mere. Ce que Ton observe dans le croisement des races asine et chevaline se remarque egalement dans tous les autres croisements. Ainsi le belier d'Ancone, dont les jambes sont torses , produil avec les brebis ordinaires un hybride qui lui est idenliquement semblable. Le croisement du bouc avec la brebis donne un metis , ressemblant au bouc par la lon- gueur des jambes et par le poil; et le metis femelle, selon la remarque de Buffon , a le me"me nombre de trayons a la mamelle que la chevre. L'hybride du loup avec une chienne ressemble au loup , tandis que I'hybride du chien avec une louve est tres-semblable au chien. II en est de m6me pour la race porcine. Croisez un de ces ver- rats a longues oreilles pendantes, a longues jambes de levrier , aux flancs aplalis comme une lame de sabre, a Techine arquee en plein-cinlre, tels , he"las! qu'on les rencontre si souvent dans nos campagnes, avec une truie de petite race amelioree, ronde , cu- 74 CONGRES CENTRAL DBS ACADEMIES. bique, sans tete, sans oreilles, sans pattes, droite et dodue, et vous aurez des produits, moins plats sans doute, mais presque sembla- bles au pere. Un genlilhomme 6cossais ayant eu l'ide de feconder le frai d'un saumon femelle avec une truite male, les produits ressem- blaient, presqu'en tous points, a la truite. Enfm, M. Reginald Orton, de Sunderland, a fait, avec des poules communes et un coq de pure race cochinchinoise , une experience tout-a-faitconcluante. Les femelles metis de ces deux races ont pondu des ceufs blancs , tandis que les 03ufs de race cochinchinoise sont couleur de chocolat , tant il est vrai que la secretion des oeufs precede de ['influence de la femelle. Bien plus, les poussins naquirent avec les pattes emplume'es jusqu'aux ongles conmie leur pere ; mais comme ces plumes ne peuvent se maintenir que grace a une secretion dont 1'influence de leur mere n'avait pas dot6 les jeunes poulets , les plumes des pattes tomberent au bout de quelques semaines et ne revinrent pas. II est done constant et irrevocablement 6tabli que , dans la re- production des etres vivants , le pere donne au produit les formes exterieures, 1'appareil locomoteur et, de plus, les parties qui le caracterisent d'une maniere speciale: comme les comes, le pelage, la queue, a tel point, par exemple, que les produits d'un chat manx sans queue naissent egalement sans queue, tandis que les petits d'une femelle manx avec un chat ordinaire portent tous 1'appendice caudal; le pere donne encore aux produits le coeur et 1'appareil circulatoire du sang, tel que les veines et les arleres. La femelle, en revanche,fournit les organes interieurs et legue de plus a ses rejelons son caractere , ses instincts et meme ses mala- dies h^reditaires. G'est ce que savent parfaitement, en Angleterre, tous ceux qui s'occupent de 1'examen et du choix des animaux. Et pour ce qui est de la race humaine, les inspecteurs medicaux des compagnies d'assurances sur la vie font beaucoup plus d'at- ten lion aux maladies de la ligne maternelle des candidats, qu'a celles du pere. La communication de M. de La Tre"honnais , si pleine de faits et SESSION DE 1859. 75 de remarques instruclives, est ecoute"e par 1'Assemblee avec le plus grand inte>6t. II semblerait, ne"anmoins, que les conclusions del'honorable agronome nesatisfonl pas complement M.Coffin- Delrue (de Mons) qui voudrait qu'on tint un peu plus de compte , dans 1'etude des phe'nomenes de la reproduction, de 1'influence e"norme qu'a toujours chez les animaux verle"bres la formation pre*alable de 1'ceuf chez la femelle , ce qui amoindrirait considera- blement la preponderance du male. Mais M. de La Trelionnais n'a pas cru qu'il fut de sa competence de simple eleveur d'entrer dans ces details purement me'dicaux. Les principes pratiques qu'il a e"mis sont, d'ailleurs, puissamment corrobores par le te"moignage inte"ressant de M. le docteur Fridericus Bialloblotzki qui vient affirmer qu'en Syrie, 6u les mulets sont si re"pandus , on distingue parfaitement les mulets de cheval des mulcts A'dne , parce que les premiers ont gene>alement des chataignes aux quatre jambes comme les chevaux , tandis que les seconds n'en ont que deux comme les dnes. M. Marchal, inge"nieur des ponts-et-chaussees, reproche a M. de La Trehonnais d'avoir trop exclusivement accorde & 1'Angle- terre la pal me de 1'agriculture. La France aussi ne peut-elle pas revendiquer une large part dans 1'initiative des progres agricoles ? Sans parler de la culture de la vigne, culture nationale par excel- lence, donl 1'Angleterre n'a aucune idee, et quelaFrance pratique d'une maniere si superieure, ne sommes-nous pas passes maltres en fait d'irrigations, surtout dans nos provinces du midi? Quant a ce qui a ete dit du croisement des races, il y a peut-etre un peu d'anglornanie a proclamer qu'en fait de races d'animaux, les An- glais ont tout et que nous n'avons rien. Les Anglais ont de beaux types de chevaux de trait et d'equi- page. Mais nos chevaux de trait, nos chevaux de guerre (la campagne de Crime'e 1'a bien prouve" ) , ont aussi leur merile , et la France, sous ce rapport coinme sous beaucoup d'autres, est loin d'etre deshe'rite'e. M. de La Trehonnais re"pond qu'a propos d'ameliorations agri- coles il s'est exprime d'une maniere ge'ne'rale ; a ses yeux , le progres n'a point de patrie ; il le prend oil il le trouve. Assure- 76 CONGRES CENTRAL DBS ACADEMIES. ment les Anglais ne cultivent point la vigne, niais leurs irrigations d'apres le systeme Kennedy sont organisees d'une maniere tres- remarquable. M. Marchal maintient son opinion centre M. de La Trehonnais et la discussion est close. PROGRfcS DES SCIENCES PHYSIQUES EN 1858. La seance continue par 1'exposition , que fait M. le vicomte Du Moncel, des principaux progres des sciences physiques en 1858. [1 annonce que , grace aux perfectionnements realises par les machines magneto-electriques, le probleme de la lumiere e"lectrique est a peu pres r^solu , au moins en ce qui concerne les phares , les signaux , les eclairages de mines et de grands travaux. La lumiere eUectrique, produitepar ces machines, ne coute plus que fr. 10 centimes par heure pour une lumiere equivalente en intensite h 230 bougies ; la meme lumiere cou- terait fr. 90 avec le gaz, et 7 fr. avec des bougies steari- ques. Seulement on n'est pas encore parvenu a fractionner cette lumiere , ni a lui faire produire un clat uniforme et fixe. L'in- tensite de la lumiere dependant beaucoup de la qualite des charbons qui la produisent, on comprend 1'interet qu'il peut y avoir a fabriquer des charbons parfaitement purs. Si les particules charbonnees, que le courant de la machine entraine et qui, chauffe'es au rouge-blanc, donnent naissance a la lumiere electrique , se trouvaient melanges ^ des substances 6trangeres , a des silicates , par exemple , la presence de ces substances affaiblirait 1'intensite du courant en lui donnant une conductibilite trop grande dans la solution de continuity oil se manifeste la lumiere. M. Jacquelin , preparateur a 1'Ecole cen- trale , fabrique des charbons de carbone pur qui peuvent rayer le verre et qui brulent sans residu. Etant donne un meme courant electrique , on obtient avec ces charbons une intensite de lumiere double de celle que 'produisent les autres. Les machines magn^to-electriques qui developpent le courant, sont mues, comme on le sail deja, par la vapeur. Sous ce SESSION DE 1859. 77 rapport, il y a cette annee un grand progres a signaler: pour donner une lumiere equivalente a 230 bougies , il ne faut plus que deux rouleaux composes chacun de 16 bobines et de 2Zi aimants , le tout mis en action par une force d'1/2 cheval-vapeur , ce qui ne represente pas, a beaucoup pres , la valeur des acides que Ton emploierail pour une pile. M. Edmond Becquerel a invent^ un ingenieux appareil pour constater et mesurer la phosphorescence des corps. M. Bec- querel a ainsi prouve" que tous les corps sont phosphorescents; la phosphorescence est tout sirnplement la continuation de la vibration lumineuse , produite sur eux par la lumiere qui les a primitivement frappes. Les corps vibrent plus ou moins long- temps suivant leur' temperature, la maniere dont ils ont ete prepares et aussi suivant celle des couleurs du spectre qui les a impressionne"s. Au moyen de son appareil , M. Becquerel est arrive a mesurer des phosphorescences presqu'imperceptibles , e"gales a peine a 1/1 00 e . de seconde. La telegraphie e"lectrique a subi, elle aussi, de grands per- fectionnements. Une heureuse modification des machines ma- gneto-electriques , imaginee par M. Siemeus , de Berlin , per- met maintenant d'appliquer ces machines a la transmission des signaux telegraphiques : dans ces machines , le courant est de- veloppe de la maniere la plus simple par la manivelle du 1616- graphe. Ces appareils se reglent eux-memes , a toute distance, ce qui simplifie beaucoup les manoeuvres. M. Siemeus a con- struit , pour les chemins de fer prussiens , plusieurs de ces te'le"- graphesqui agissent a plus de l\ 00 kilometres. M. Wheastone a r6duit les dimensions de ces machines pour les employer dans des usines ; ce sont alors des especes de petits chrono- metres dont la portee ne de"passe pas 10 lieues. M. Du Moncel expose ensuite et demontre , sous les yeux du Congres, un re"gulateur electrique du niveau d'eau dans les chau- dieres des machines h vapeur. Get appareil est destine a pre" venir les explosions. Un flotteur place" sur 1'eau de la chaudiere est dis- pose" de maniere a toucher, lorsque le niveau baisse, un inter- rupteur electrique. Le courant, produit par une pile, e"tant alors 78 CONGRES CENTRAL DBS ACADEMIES. forme" , aimante un barreau d'acier qui est porte" sur un balancier mis en mouvement par la vapeur; le barreau aimante" attire alors un clique! dont 1'action est d'ouvrir le robinet de la pompe ali- mentaire. Quand le courant electrique cesse, lecliquet retombe; il s'organise ainsi un mouvement de va-et-vient qui maintient le niveau de 1'eau dans la chaudiere & 2 millim. pres. Ce regulateur est dejft tres-re'pandu dans les usines de Paris et de Lyon. Le frein simultane" de M. Achard pour les convois de chemin de fer est aussi fort ingenieux. Le train , par sa propre vitesse , presse de plus en plus sur le frein el produit une resistance d'autant plus grande qu'il est lance plus rapidement. M. Du Moncel termine par la description du petit appareil te"- le"graphique de Morse, construit par M. Digneye, sans relais, et qui. combine" avec le transmetteur de M. Wheastone, imprime lui-meme les de"p6ches et permet d'expe"dier cinq cents signaux par minute. L'Assemblee vote des remerciments unanimes h M. Du Moncel, pour la complaisance, la clarte" et le talent e'prouve' avec lesquels il s'est acquitte de sa tache envers elle. La stance est levee a 3 heures 1/4. L'un des secretaires-generaux , Marquis DE FOURNES, de I'lnstitut des provinces. STANCE DU 7 AVRIL 1859. Pr6sidence de M. PiCHON-PREMfeLE , de TOrne , membre de PInstitut des provinces. M. de Caumont appelle au bureau : MM. DE GENOUILHAC, de Rennes ; D'ERMIGNY , de Pe"ronne ; MOUTIER, du Calvados; ANCELON , de la Meurthe ; le colonel REP^CAUD , d'Arras ; BRUAND D'UZELLE , de Besancon, M. Le Directeur annonce que le Congres a recu de nouveaux SESSION DE 1859. ^9 deiegues des Soctetes savantes des d6partements : la Soci^te" deludes diverses du Havre a envoye M. Lafon ; le departement de la Somme , M. d'Ermigny ; et 1'Academie de Metz , M. Prost. L'ordre du jour appelle la continuation de 1'enquete sur les progres agricoles de 1858, soil au point de vue pratique , soit au point de vue de Penseignement. M. le Directeur constate que 1'introduction de Tenseignement agricole dans les ecoles primaires n'a pas fait aulant de progres qu'on 1'avait espere\ 1'administration n'ayant pas donne suite aux demandes qui lui avaient et adressees plusieurs fois a ce sujet par le Congres scientifique de France et par d'autres corps savants. La circulaire de M. Fortoul, qui avait recommande cet ensei- gnement dans les e"coles , est reside a Tetat de lettre-morte. En France , on compte seulement quatre ou cinq departements ou Ton a commence a suivre cette impulsion en volant des fonds ( 1,000 a 1,200 fr. ) pour le professeur attache" aux e"coles nor- males ; mais quelques Societ^s ont donne" 1'impulsion et ont promis des recompenses aux instituteurs primaires qui ensei- gneront 1'agriculture dans leurs ecoles. G'est de lei qu'on doit attendre des requitals pour 1'avenir. Les cours nomades d'agriculture , a 1'exemple de ceux qui ont e"te professes par MM. Girardin et Moriere, ont et6 adopted par trois nouveaux d6partements : sous ce rapport , il y a progres. M. Ernest Mahias , delegue" d'llle-et-Vilaine, signale avec sa- tisfaction au Congres le bon vouloir de M. le Recteur de 1'Academie de Rennes pour I'enseignement horticole. Un jar- dinier se rend trois fois par semaine a 1'Ecole normale , pour y donner des lecons et des explications relatives a toutes les operations de cet art modeste et utile. Chaque 61eve peut , s'il le desire , cultiver un petit jardin qui lui est affecte. La Soci^te d'horticulture distribue aux agriculteurs son Almanach et le resume de ses travaux. De bons 6tablissements se sont formes a Rennes pour les p^pinieres; on y produit a meilleur marche qu'a Angers. Sous le rapport agricole, on a fait des progres. M. Bodin construit de bons instruments et a bas prix. Il y a 80 CONGRES CENTRAL DES ACADEMIES. une e"cole normale considerable qui exploite deux fermes aux portes de Rennes. On ne dislille pas encore la betterave; mais on en nourrit le bgtail. Le colza est une culture qui a fait des progres. Aussi 1'assolement breton ancien est aban- donn6 dans les environs de Rennes. M. Robiou deLa Trehonnais fait 1'histoire de 1'application de la vapeur a 1'agriculture et il entre dans des developpements ex- traits de l'excellent recueil qu'il public sur 1'agriculture de 1'An- gleterre. M. de La Tre"honnais s'exprime ainsi : Un des plus grands avantages de 1'application generate de la vapeur aux travaux des champs , c'est 1'emancipation de 1'agri- culture, de cet esclavage auquel deux tyrans impitoyables, deux ennemis terribles, le temps et la main-d'ceuvre , 1'ont asservie. Le temps, c'est,comme je 1'ai fait remarquer dans mon travail sur les engrais speciaux, 1'agent le plus energique de notre ruine ou de notre prosperity ; c'est la base fondamentale de IMconomie agricole. Mais c'est une base incertaine, vacillante a 1'exees, qui fait trembler a chaque instant, dans la balance de ses ca- prices, rinquie"tude denos craintes, ou la joie de nos espe"rances. Dans les conditions nouvelles que la civilisation moderne a faites aux societes humaines; avec celle ambition qui, dans les classes ouvrieres , nait d'une Education plus ge"n6rale , el sous la pression de plus grands besoins, la main-d'ffiuvre tend a devenir une des plus serieuses difficultes de ragriculture , tant par le prix de plus en plus 61eve des salaires, que par la rarete des bras. Le travail des chevaux lui-meme devient plus difficile, car les races chevalines, tout en s'ameliorant pour le luxe, se sont d6- te'riore'es pour le travail , et les bons chevaux de gros trait de- viennent de plus en plus difficiles a trouver. En presence de ces dangers de 1'agriculture, 1'application de la vapeur aux travaux des champs est un 6ve"nement tout provi- dentiel : en effet, avec 1'accroissement de la population et de ses be- soms de plus en plus difficiles a satisfaire; avec une consommation qui tend a s'accroltre plus vite encore que la population , car les SESSION DE 1859. 81 classes onvrieres se nourissent mieux et plus abondamment : il faut que la production des denrees alimentaires soil et plus abon- dante el moins couleuse , et cela dans 1'interet du producleur comme dans eelui du consommateur. Les calculs suivants pourront donner une ide"e de la diffe"- rence qui existe entre le travail des chevaux et celui de la vapeur. Un cheval vivant coute 2 fr. par jour; un cheval de vapeur, dont la puissance est egale a celle de deux chevaux vivants, ne coute que 1 fr. 50 c. , tout au plus. Sur une exploitation de 200 hectares qui emploie 25 che- vaux, pendant 2/i5 jours de 1'annee, deduction faite des di- manches et fetes et des jours de repos force" , la nourriture seule de cesanimaux, pendant 120 jours de cbomage, se inonte a 9,000 fr. par an ; tandis que le cheval de vapeur ne depense que quand il travaille. Les animaux de travail consornment au moins le cinquieme du produit de la terre cultivee ; en calculant les produits agricoles de la France, par exemple, a 5,000 millions, on pent surement conclure que les animaux de trait coutent a Tagriculture , pour leur nourriture seulement, un milliard par an. D'apres les fails aulhenliques que je vais exposer tout a 1'heure , il est prouve que, dans Tetat actuel de 1'application de la vapeur aux Iravaux des champs, lelle qu'elle exisle aujourd'hui en Anglelerre, on peul economiser au moins le liers des chevaux; el je suis persuade qu'avec le sysleme de Fowler, perfeclionne" lei qu'il Test aujourd'hui , on pourra se dispenser de la moilie des animaux de trait. II resulte de rexpe"rience pralique de 1'application de la vapeur a la culture du sol en Angleterre , avec le systeme Smith , qu'on peul labourer un hectare, en comptanl le saiaire des ouvriers pour 15 fr. En ne considerant que la force motrice seulement, ce chiffre se reduit a 7 fr. 50 c. 1'hectare. Avec les chevaux, un hectare de lerre coute, pour la force motrice seulement, 100 fr. , puisque 10 heclares demandenl Temploi d'un cheval calcule a 1,000 fr. par an, y compris 1'amorlissement. Mais cette somme de 100 fr. repr6sente non-seulement le labour 82 CONGRES CENTRAL DBS ACADEMIES. des terres, mais aussi le transport des fumiers et des moissons, le hersage, le roulage et la traction des semoirs, etc., etc., tandis que le chiflre de 7 fr. 50 c. ci-dessus ne represente que le cout d'un seul labour. Pour arriver a une cornparaison equivalente, il faut done avoir recours a un calcul plus general. Prenons une exploitation de 200 hectares. Supposons que la culture a vapeur dispense de huit chevaux sur vingt , cela fait une economic de 8,000 fr. par an. Ges huit chevaux represented done la force mo- irice ne"cessaire au labourage des 200 hectares, les douze aulres ehevaux e"tant suffisants pour accomplir les autres travaux. Or, comme il est reconnu qu'un hectare de terre ne coute en force motrice a vapeur que 7 fr. 50 c, ft labourer, il s'ensuit qu'au lieu de depenser 8,000 fr. par an , on ne depensera que 1,500 fr. , ce qui constitue une economic de 6,500 fr. par an. Mais, dira-t-on, 1'appareil a vapeur coute tres-cher, rinte"ret seul de la mise de fonds, ajoule" a 1'usure des machines, doit grever le labourage d'une somme importante. A cela je repondrai que, dans le chiffre de 7 fr. 50 c. , 1'interet de la machine a 15 pour 100 est compte. Mais voyons si cette mise de fonds est aussi formidable qu'on pourrait le croire. Il y a d'abord le prix de la locomobile , c'est le plus se"rieux; mais cette locomobile, non-seulernent sert au la- bourage a vapeur, mais on 1'emploie meme a tous les travaux de la grange et aux manipulations de la nourriture des animaux. Meme en dehors de la culture a vapeur, la locomobile est aujour- d'hui considered comme un instrument indispensable dans une ex- ploitation de 100 hectares settlement En dehors de la locomobile, tous les appareils de culture a vapeur ne"cessaires pour une culture de 200 hectares revienuent 5,000 fr.tout au plus. C'est , a peu de chose pres,la valeur des huit chevaux dont on peut se defaire. Pour une exploitation plus considerable, le cout des appareils a va- peur est positivement au-dessous de la valeur des chevaux dont le travail deviendrait inutile. Mais ces appareils ne sont pas seule- ment substitues aux animaux de trait, ils le sontencore aux instru- ments ordinaires de labourage , aux harnais, aux charrues, etc.; de sorte que, meme pour une exploitation de 200 hectares, le prix des appareils a vapeur est au-dessous de la valeur des chevaux, SESSION DE 1859. 83 des harnais et des instruments ordinaires, dont la vapeur per- met immediateinent la defaite. Ainsi, en conside'rant cette econo- mic e"norme de pres de 7,000 fr. par an , il est permis de conclure que la culture a vapeur demande une mise de fonds moins con- siderable qu'avec le systeme actuel , et qu'elle realise un premier benefice de 35 fr. par hectare pour une exploitation de 200 hec- tares , et d'au moins 50 fr. pour une exploitation plus consi- derable. Avec le systeme Fowler, 1'economie est encore plus grande, car ce systeme s'adapte non-seulement a la traction du scarifU cateur , mais a celle de la charrue , de la herse et du roiK leau. Avec ce systeme, on peut se dispenser au moins de onze chevaux sur vingt. Le systeme de Halkett est encore plus complet, puisque, sans le secours d'un seul cheval , on accomplit tous les travaux possibles d'une exploitation, depuis le transport des engrais jusqu'ft celui des moissons; seulement , pour ce systeme, la mise de fonds est beaucoup plus considerable , car la pose des rails seulement demande 1,200 fr. par hectare. Mais , quelle que soil 1'economie manifesle qui re"sulte du labourage la vapeur , Favanlage qui decoule de cette Economic , tout considerable qu'il est , est comparativement in- signifiant en presence des bienfaits incalculables que la pre- paration du sol au moyen de la vapeur apporte a Tagri- culture, par la rapidile* et la perfection des cultures, et par Taugmentation dans les produits, qui en est la legitime et certaine consequence. Ces avantages ressortent d'une maniere. si claire et si evidente des principes les plus vulgaires de la culture du sol , que je me contenterai d'en e" numerer les principaux , sans m'arreter a les definir. Tout le monde, par exemple, est convaincu de la necessite des labours profonds dans les sols argileux. Ce que j'ai dit au sujet du systeme de Lois Weedon, et ce que j'aurai plus tard oc- casion de dire sur les cultures profondes des fermes de Tester en Ecosse, en est une preuve pratique qu'on ne saurait mettre en doute. La facilite avec laquelle les terres alumineuses absorbent 8/1 CONGRES CENTRAL DES ACADEMIES. I'ammoniaque et 1'acide nitrique de 1'air , et la propriety qu'elles ont de 1'accumuler dans leur sein , indiquent suffisamment la ne- cessite d'une pulverisation complete , qui augmente les surfaces en contact avec 1'atmosphere , a la plus grande profondeur pos- sible. Le sol, dans cette condition friable, agit sur Tatmosphere comme une Sponge agit sur les liquicles. On connait, par exemple, cette transmutation extraordinaire de Toxygene a laquelle les chi- mistes ont donne le nom ft ozone. Dans cette nouvelle condition, 1'oxygene acquiert une plus grande affinite avec 1'azote, et cette condition est surlout amenee par le tamisage de 1'air a travers une couche poreuse dont la nature est alcaline. Les experiences de Cloetz ont prouve que les terres argileuses bien drainees, bien pulverisees et rendues alcalines par les sels de potasse et d'ammoniaque qu'elles conliennent, exercent sur 1'air 1'influence necessaire pour former Tozone: ce qui produit dans le sol une plus grande absorption d'azote. Ge raisonnement est pleinement soutenu par la singuliere fertilite" des terres argileuses, lorsqu'elles sont drainees et cultivees par-des la- bours profonds. 11 est si vrai que la condition indispensable de la fertilite des terres fortes, c'est la pulverisation de la couche vegetale et 1'exposition du sous-sol a 1'action de 1'atmo- sphere; qu'une des plus grandes difficulles de la culture de ces terr.es consiste dans la pression des instruments, des animaux et des conducteurs sur la surface du sol. Partout ou cette pres- sion s'exerce, la vegetation est impossible, car la surface est petrie en ciment, surtout par un temps humide; et 1'air etant exclu , la semence ne peut ni germer , ni percer la croute qui Tetouffe. Avec le labourage a vapeur, non-seulement toutes ces difficultesdisparaissent, car rien, pas meme le conduc- teur, ne saurait exercer aucune pression sur le sol; mais,l'instru- ment passant a travers la couche vegetale et plus profondemerit et plus rapidement, la tenacite du sol offre moins de resistance, et la bande de terre se couche complement bris^e dans les raies lar- ges et profondes que le parcours des socs qui precedent a tracers. A cet avanlage supreme, il faut ajouter celui de pouvoir profiler des journe"es favorables , et meme de labourer les terres SESSION DE 1859. 85 fortes par un temps humide , ce qui est completement impos- sible avec les chevaux. Ici se pose encore cette question vitale de 1'agriculture : LE TEMPS? II est difficile a ceux qui n'ont point pratique 1'agri- culture et qui ne la connaissent que par leurs etudes, de se faire une idee de I'importance du temps dans les operations de la culture. Quel est le cultivateur qui ne voulut pas faire les plus grands sacrifices pour pouvoir labourer les terres qu'il destine a ses bles d'hiver , ou a ses racines et a ses ce- reales de printemps, dans huit jours de temps favorable, au lieu de risquer la chance des vicissitudes d'une saison ge'ne'- ralement pluvieuse pendant un mois, quelquefois deux, sur- tout si ses terres sont argileuses? Quelle difference dans sa position! Quelle difference dans sarecolte! Puis, quelle e"co- comie il re'aliserait dans ses frais d'exploitation par la deTaite de la moitie" de ses chevaux ! Ges chevaux , il pourrail les rem- placer par une fois et demie de plus en bestiaux de rente , et ces bestiaux lui donneraient une augmentation e"quivalente de produits , en viande et en fumier. Mais c'est surtout pour 1'operation des labours d'au- tomne , et du de'frichement des 6teules de cereales , que la vapeur est d'une importance qu'un cultivateur pratique est seul a me"me d'apprecier. Il est reconnu que cetle ope"- ration seule economise un ou deux labours au printemps , en meme temps qu'elle ouvre le sein de la terre e'puise'e par la re"colte cereale aux bienfaisantes influences de 1'atmosphere, et a celles, non moins precieuses, des pluies d'automne et des frimas de 1'hiver. Gette seule operation ifait plus pour la de- struction des mauvaises herbes , ces ennemis terribles du culti- vateur , que les binages les plus assidus et les plus frequents du printemps. Eh bien ! quand on n'a que des chevaux pour force motrice, le transport des moissons absorbe leur travail dans le temps me"me ou le defrichement des e"teules est le plus fecond en bons resultats; et lorsque la recolte est mise en grange , on ne peut plus songer au labour des teules , car la preparation des terres pour les semailles d'aulomne reclame 86 CONGRfcS CENTRAL DBS ACADEMIES. imme'diatement et exclusivement le travail de tous les ani- maux de trait dont on peut disposer. M. de La Trehonnais a ensuite, dans une communication qui a dur6 une heure , decrit les differents systemes qui ont occupe 1'attenlion publique, depuis les premiers efforts des inventeurs, jusqu'aux derniers perfectionnements de M. John Fowler , dont le systeme peut 6tre conside"re comme le plus generalement et utilement pratique". Ces details pre"cieux pourront etre lus dans Fexcellente Revue agricote de CAngleterre qu'il public et qui devient le livre indispensable des agriculteurs progressifs (Paris, Firmin Didot ). M. de La Trehonnais a termine" par les considerations qui suivent : La culture & vapeur est-elle possible en France? Le mor- cellement de la proprieteet Texiguite des exploitations ne sont-ils point des obstacles insurmontables a Tintroduction de ce nouvel element de richesse et de prosperity dans notre agriculture? Ma conviction profonde est que non-seulement cette introduction est possible , mais que, dans un avenir peu e"loigne , elle devien- dra fatalement necessaire; car tout nous y pousse, tout nous y conduit irresistiblement : 1'avilissement des denrees alimentaires, et par consequent la necessite de produire a bon marche" , la rarete" des bras, la hausse des salaires, 1'accroissement de la po- pulation et celui, non moins imperieux, de ses besoins et de son bien-etre, qui nous demandent chaque jour plus de pain , et sur- tout plus de viande. II faudra que, bon gre mal gre, nous assi- milions nos fermes aux usines de Tindustrie; pour gagner beau- coup, il faudra que nous produisions beaucoup et a bon marche. Ce qui a i'ait la richesse industrielle de 1'Angleterre , et ce qui fait aujourd'hui celie de son agriculture , c'est qu'elle peut lancer sur les marches du monde tous les produits possibles, & des prix merveilleusement reduits; et c'esl par 1'applicalion de la vapeur a la manufacture, et au moyen des machines les plus ingenieuses, que nos voisins ont pu apporler dans leur fabrication une eco- nomie aussi extraordinaire. Notre agriculture est on ne peut mieux placee pour jouir des avantages de marches toujours suffi- SESSION DE 1859. 87 sants, et que, par les moyens me"caniques que j'indique, elle peut rendre toujours re"mune"rateurs; car nous avons en France une population qui consomme beaucoup et qui tend tous les jours a consommer davantage ; et puis , nous avons a nos portes 1'Angleterre elle-meme , qui ne peut produire assez pour les be- soins de son gnorme population et de son commerce. Place's sur son immediate frontiere, separe"s seulement par un bras de mer sillonne dans tous les sens par de rapides bateaux a vapeur, qu'est-ce qui nous empeche d'exporter sur ce gigantesque et in- satiable marche le surplus de notre production ? Notre climat est on ne peut plus favorable a la production agricole , notre sol est naturellement et genefalement fertile; nos moissons murissent mieux et plus rapidement que dans les pays septentrionaux. Nous sommes moins sujets aux vicissitudes de la temperature , et ce- pendanl, chose etrange! c'est la Prusse et la Hollande, et surtout la Russie, qui, des bords de la mer Baltique et de ceux plus 61oi- gnes encore de la mer Noire , viennent nous faire concurrence, non-seulement sur les marches anglais, mais sur les n6tres meme ! 11 y a dans ce phenomene une anomalie inexplicable , ou plutot, je me trompe , cette anomalie n'est que trop facile a expliquer : cette explication, la voici : c'est que nous produisons trop peu et trop cher ! Le Secretaire, DE Boms , De I'lnstitut des provinces. SEANCE DU 28 AVRIL. Presidence de M. le due D'HARCOURT, ancien ministre plenipotentiaire. Siegent an bureau: MM. DE CAUHFONT, le comte DE GOURCY, le colonel DE REPECAUD et ANCELON, delegue de Nancy. M. le marquis de Fournes donne lecture du proces- verbal de la stance precedente. Ce proces-verbal est adople. M. le President appelle 1'attention de TAssemblee sur une question imporlanle ,posee par le Cornice agricole de Villeneuve- sur-Lot , et qui etablit que Ton ne saurait esperer de bons 88 CONGRES CENTRAL DBS ACADEMIES. re"sullats des expositions ou concours re"gionaux qu'en publiant les rapports detaill^s sur lesquels la grande prime d'honneur est decernee et surlout les comptes exacts des depenses et des produits des domaines couronne"s, le gouvernement ne devant et ne voulant encourager el re'compenser que les exploitations veritablement progressives et productives a la fois , et non les exploitations brillantes, mais onereuses. 11 ressort de la proposition du Cornice de Villeneuve qu'il y aurait lieu de modifier les concours, notamment en ce qui concerne la prime d'honneur destined a 1'exploitation tenue de la maniere la plus parfaite sous tous les rapports , mais aussi la plus productive. M. Manias demande la parole. Les concours ordinaires , dit-il, (je ne parle pas des concours re"gionaux),telsqu'ils sont organises, un defaut grave : les prix, les encouragements quMls decernent ne sont pas suffisamment re"munerateurs. On dit beaucoup qu'il faut rendre 1'agriculture profitable ; mais quel profit les laure'ats peuvent-ils trouver dans des primes de quelques cents francs qui represented des sacrifices bien autrement considerables ? Les grands proprietaries, les riches cultivateurs qui obtiennenl les grands prix, n'y gagnent pas plus que d'autres ; mais, au moins, ils sont de force a supporter les depenses qu'il leur a fallu faire pour briller au concours; tandis que les petits, meme lorsqu'ils sont couronnes, en sont, en grande partie, pour leurs frais; il fau- drait done re'compenser leur zele d'une maniere efficace. Pour cela il n'y a qu'une chose a faire : e"tablir deux sortes de prix : un pour les grands cultivateurs , un pour les petits , et rendre dans les deux cas le chiffre des prix egal a une annee de bail. Une annee de bail, c'est la, au moins, une indemnite representative des sommes engagees dans le perfectionnement que Ton veul encou- rager ; et il est impossible, que cette satisfaction ne soil pas ac- cordee aux efforts de ceux qui cultivent la terre. A cette condi- tion, les concours, devenant accessibles a tous,produiront de se- rieux et feconds resultats. M. de Montreuil ne peut qu'applaudir a la pense"e genereuse de M. Mahias; ce serait la perfection, si Ton Irouvait le secret de stimuler , de recompense!' tout le monde : la race des fermiers et SESSION DE 1859. 89 celle des laboureurs. Mais tout systeme doit avoir ses voies et moyens , et comment trouver 1'argent ne*cessaire pour fournir le chiffre des primes que propose 1'honorable pre"opinant? On peut dire qu'en France , 40 ou 50 hectares de terre represented en moyenne un fermage de 2,000 fr. ; ce sont les petites fermes ; les grands domaines se louent , dans le nord et dans 1'ouest, jusqu'a 20,000 fr. par an; sur quelles ressources pren- drait-on ces anne'es de bail qu'il s'agirait de distribuer dans les concours, h litre de somptueux encouragements ? Et puis, faut-il ne compter pour rien I'e'mulation base"e sur 1'honneur? Doit-on s'apojiquer a de"truire , en surexcitant 1'amour du gain, les restes de ce noble sentiment qui fait preferer une dis- tinction flatteuse une somme d'argent? II m'est arrive a moi-meme, ajoute M. de Montreuil , de couronner , dans des concours, de pauvres ouvriers ; j'ai retrouve ces mSmes hommes dans la misere , sans pain, sans feu, sans remedes dans leurs maladies : ils n'avaient point vendu leurs medailles, preuve qu'ils y attachaient en quelque sorte plus de prix qu'a leur propre existence. On reproche au grand proprie"taire d'ac- caparer les recompenses dans les concours : on dit qu'il n'y en a que pour lui , 1'exclusion des plus humbles. Cela est exagere. Mais, a tout prendre, le grand proprietaire n'a-t-il pas plus de merile que d'autres? N'a-t-il pas eu le courage de rompre avec toutes les seductions de la ville , pour venir de- penser sa fortune aux champs, pour y donner 1'exemple de tous les perfectionnements agricoles? Ne faut-il pas lui savoir gre" d'avoir pris le gout de la campagne, le gout de sa pro- prie'te? En se m&lant a ses fermiers, en distribuant autour de lui le travail et le bien-6tre , il apprend a connaitre le prix des sueurs du laboureur; il apprend & estimer Touvrier des champs; bien plus , il Televe jusqu'a lui et fait nailre en son coaur les meilleurs sentiments; il ne faut done pas marchander aux grands proprietaires les recompenses qu'ils meritent. M. Manias reconnait avec bonheur que 1'absenteisme apresque completement cesse ; il s'en re'jouit pour 1'avenir des campa- gnes, pour le succes de I'agriculture : il croit ne"anmoins qu'ii 90 CONGRES CENTRAL DES ACADEMIES. y aurait lieu d'augmenter le chiffre des primes accorde'es dans les concours. Dans son departement, 1'Ille-et-Vilaine, on a fonde un prix de 1,000 fr. pour les petites exploitations; pourquoi n'en ferait-on pas autant dans les 85 autres? 86,000 fr. ne seraient pas si difficiles trouver ! M. d'Ermigny pense que 1'utilite des cornices agricoles s'ac- croitrait inevitablement, si, dansces cornices, on se preoccu- pait un peu davantage des bonnes et sures pratiques agri- coles : si, par exemple , en ce qui concerne les animaux, on avait un peu moins d'engouement pour les croisements irreflechis, impossibles. On va chercher tr&s-loin , et a de tres-grands frais , des reproducteurs qui ne conviennent pas dans les contre'es ou on les introduit, et on s'etonne apres cela des resultats de'saslreux auxquels on arrive. II y a assez d'argent a depenser a propos de I'agriculture, sans aller en gaspiller encore dans des entreprises incertaines. On ne reus- sira jamais, tant qu'on ne travaillera pas a ameliorer la race d'un pays par elle-meme. M. d'Ermigny peut parler de cela par experience : il a vu tenter autour de lui des essais de'plorables; et ce n'est qu'en se maintenant strictement dans le principe d'ameliorer les races par elles-mernes, que le Cornice de Pe- ronne , qu'il a long-temps preside", a toujours evite de cruels me"comptes. M. d'Ermigny proposerait done d'exclure des con- cours toute race qui n'appartiendrait pas au pays qu'elle habile. M. de Caumont regrette qu'on se soil ecarte de la question pose"e par le Cornice agricole de Villeneuve-sur-Lot. II s'agissait de decider s'il y aurait avantage ce que la grande prime d'honueur, accordee aux grandes exploitations, fut rem- plac6e par des recompenses distributes aux moyens et aux petits cultivateurs. M. de Gourcy appuie fermement 1'instilution des primes et des concours. C'est aux concours que I'Angleterre doit sa prosperity agricole. L'Ecosse, il y a 70 ans, etait moins avancee que le der- nier de nos departements du centre, et c'est beaucoup dire; au- jourd'hui, grace a la Soci6te des highlands, dont les reunions chaque annee changent de place et qui prodigue ses encourage- SESSION DE 1859. 91 ments aux cullivaleurs, l'cosse est devenue, non-seulement egale , mais superieure 1'Angleterre pour son agriculture. La Societ^ royale anglaise, fondle depuis 21 ans sur le modele de la Soctete des highlands, a produit aussi de grands resultats. Outre ses concours, la Socie'te' royale public chaque annee deux volumes pleins de renseignements instruclifs pour ceux qui ne peuvent assister aux reunions. Pour ce qui est des races d'animaux, il faut dire qu'en Angleterre chaque agriculteur n'a pas la prevention de creer une race & lui. Trois ou quatre grands crealeurs ont eu le genie et les moyens suffisanls pour se faire les depositairesde types reproducteurs , et tout le monde vient les chercher la. La race Durham a,par~dessus toutes les autres, une grande faveurqu'elle me"rite & tous gards par sa precocite , et , quoi qu'on en dise, son aptitude laitiere est tres-suffisanle. M. de Gourcy a visile beau- coup d'exploitations agricoles en France : il a vu que 1'organi- sation des concours satisfaisait tout le monde et produisait les meilleurs resultats - M. de Montreuil a le plus grand desir de rentrer dans la ques- tion et de trailer enfin ce sujet de la grande prime d'honneur, qu'on semble vouloir passer presque completement sous silence. La prune d'honneur est accordee a la meilleure culture de la re- gion du concours, qui peut fort bien n'6tre pas la meilleure de toute la France, ft beaucoup pres; c'est tout simplement une question de comparaison et il n'y a pas trop lieu de s'arreter aux objections que Ton fait centre Mablissement de cette recompense region ale. Pour en revenir ft 1'amelioration des races, dont on paralt se preoccuper specialement dans cette stance, ce n'est pas le tout, on en conviendra, d'introduire sur une terre des animaux per- fectionnes : il faut encore pouvoir les nourrir. Les races sont tou- jpurs appropriees au sol qui les a produites ; les vaches bretonnes tiennent de la chevre, parce que leur nourriture tient de celle de cet animal ; on rirait de les voir paltre dans la vallee d'Auge au milieu des grandes herbes , cote a cole avec les enormes bestiaux qu"engraissenl ces paturages. Ainsi ne mettons pas la charrue avant les boeufs : produisons de quoi nourrir le belaii, et puis nous 92 CONGRES CENTRAL DES ACADEMIES. aurons du be" tail. L'orateur, ayant quitte" la Normandie pour le Berry, avail eu l'ide"e de transplanter dans cette derniere contre"e des ouvriers et des bestiaux normands et il se rappellera toujours ce qu'il y a perdu. Il n'a re"ussi a Clever, dans le Berry, qu'en se conformant aux usages et en ameliorant de son mieux les races du pays. M. d'Ermigny dit qu'il peut ajouter aux conditions de nourri- ture les conditions de climat. Tel animal , cre"e pour habiter une contree, ne vivra jamais bien dans une autre. On peut dire qu'il y a inanie a vouloir introduire partout une race unique , le Durham, par exemple, qui peut fort bien convenir 1'Angleterre, mais qui, pour d'autres contrees, ne vaut pas les races indigenes. Que serait devenue 1'admirable race des moutons merinos si on avait essaye de la croiser avec des moutons de race diffe'rente? Enre'sume', on peut tres-bien obtenir en France, par une selection intelligente parmi les animaux du pays , les beaux requitals qu'a obtenus 1'Angleterre. M. de Gourcy se defend d'avoir dit que, dans une culture quel- conque, il fallait amener immediatement les meilleurs bestiaux : il faut agir progressivement. Quant a la race des merinos, dont a parle M. d'Ermigny, il est bien prouve que, pour ameliorer les merinos, corriger les vices de conformation de plusieurs de ces animaux, on a ete oblige de recourir a des races qui ont des qualite's que les merinos n'ont pas. L'un des sccretaircs-generaux , Marquis DE FOURNES. STANCE DU 2O AVRIL. Presidence de M. DARBLAY aine, (league de la Societe imperiale d'agriculture. Siegent au bureau : MM. DE CAUMONT, CHALLE, DE GE- NOL'ILHAC, DE LA CHAUVINIERE , LE ROYER , MAHUL , DESVAUX, secretaire. SESSION DE 1859. 93 M. Darblay lit un rapport fait au nom de la Commission charged d'eHudier la question n. 9 du programme. RAPPORT DE M. DARBLAY. MESSIEURS, Quand une question d'un interet general de premier ordre oc- cupe tous les esprits, et que sa raise aux enqueles tient 1'opinion publique attentive, votre Association, qui se compose de delegues des Societes savantes, et s'elend a toutes les parties de la France, ne pouyait rester elrangere a son examen. Aussi, au neuvieme paragraphe de votre programme pour 1859, trouvons-nous posee cette question : Quels sont les principes d'economie commerciale et politique qui doivent reglementer le commerce des denrees agricoles, afin d'assurer au cultivateur un prix remune"rateur pour ses produits? Pour 1'examen de cette question, vous avez forme" une commis- sion speciale chargee de vous faire un rapport. C'est ce rapport que j'ai 1'honneur de venir offrir a votre juge- ment et a votre vote. Ge sujet ayant deja ete traite" par un grand nombre de societe's et de cornices agricoles, dans les enquetes ouverles par le Conseil d'Etat, maintenant imprime'es; dans une foule d'e"crits particu- liers, qui ontr traite et retourne" la question dans tous les sens ; la loi aujourd'hui raise en question ayant fonctionne depuis pres de trente annees, tous vos commissaires se presentaient avec des opi- nions plus ou moins formees, mais tons avec la connaissance des fails et des de"bats qui ont eu lieu depuis plus de deux mois. Apres s'&tre recordes par une discussion pre"liminaire, ou cha- cun d'eux a fait connaitre le point de vue sous lequel il conside"rait plus particulierement le sujet soumis a son examen, il est resulle que tous vos commissaires voulaient trouver dans une loi : 1. La plus grande securite" possible pour 1'alimentation ge'ne'- rale de la population ; 2. Un mode qui, sans faire peser sur la production du grain 9/1 CONGRES CENTRAL DES ACADEMIES. des mesures exceptionnelles de protection, qui ne seraient pas en harmonie avec Mat general de notre legislation, permit au pro- ducteur de se livrer aux travaux de son Industrie, avec 1'espoird'y trouver la juste et legitime recompense sans laquelle nulle pro- fession , ni Industrie , ne peut continner d'&tre exerce"e. Nous n'avons pas besoin de dire que celle de Tagriculture ne peut ni cesser, ni 6tre suspendue un seul jour : le cultivaleur est attache* a son champ, il faut qu'il travaille el produise toujours , heureux quand la compensation des temps favorables couvre les deficits laisses par les temps contraires ; 3. Des regies douanieres qui laissent au commerce avec l'6lranger les moyens de^suppleer aux deficits des recoltes de notre sol, comme aussi de livrer a 1'etranger leur excedant quand les saisons nous en accordent. Une telle loi, Messieurs, n'est pas aussi facile a faire que ne se- rait grand le desir a tous de trouver le moyen de la rendre propre a satisfaire a lous les inter&ts. II faut d'abord bien considerer re" tat du pays auquel on veut 1'appliquer. Si notre pays place son principal inte"ret dans le com- merce et la navigation ; si le succes immense de ses manufactures a porte sa population industrielle a un chiffre superieur a celui que presentent loutes les autres nations; si son sol, quoique parfaite- ment cultive", et eleve a toute sa force productrice par une lon- gue serie d'annees , pendant lesquelles la protection de ses pro- duits centre la concurrence elrangere en avail 61eve et maintenu les prix a un taux d'une exageralion sans exemple; si ce sol ne fournit plus, bien e'videmment, le necessairea 1'alimenlation dela nation, alors vous devez sans hesiter ouvrir vos ports et appeler toujours Tetranger a combler un deficit certain et constant. Si, au contraire,retendue de votre sol, en rapport avec la popu- lation qui le couvre, suffit on a bien peu pres a Talimentation de tous ; si depuis trente ans vous avez vu la production s'accroitre incessamment, el passer de moins de 50 millions a plus de 90 mil- lions d'heclolitres de ble ; si la nourriture de tous s'esl amelioree el transforme"e d'une maniere heureuse ; si vous avez 1'espoir bien fonde de voir cette production s'augmenter el s'ameliorer encore: SESSION DE 1859. 95 car les elements, Dieu merci,n'en manquent pas; si enfin, malgre" une augmentation considerable des frais de production, les prix du produit sont restes les memes depuis cinquante annees, n'est- il pas du veritable interetd'un pays place dansde telles conditions de dirigersa legislation vers Texcitation & une production toujours croissante,et Tindustrie qui doit 1'y conduire ne merile-t-elle pas 1'interet de tous et la protection des lois? Votre Commission, Messieurs, a e'te d'avis que cette protection etait ne'cessaire et merilee, et m'a charge a runanimite de propo- ser a votre adoption ce premier vole : La culture des cereales a, en France, un besoin indispensable de protection. Mais,pour satisfaire a cette declaration, il faut direquel moyen, quelle loi y parviendra ou s'en approchera le plus sans exercer une influence onereuse pour les consommateurs ou une gene de- courageante pour le commerce que nous devons toujours avoir en vue de ne pas entraver au-dela de ce que reclame cette protec- tion due a la production de noire sol. Messieurs, depuis 1832 une loi exisle; de celte e"poque a celle de 18/i6, elle a fonctionne sans donrier lieu a des plaintes graves; quelquesimperfeclions faciles a corrigers'y faisaient toutefois re- marquer; il elail facile d'y pourvoir, el les grands changements produits depuis 30 ans par la mulliplication , la rapidite" et la puissance des moyens de communication et de transports en of- fraient tous les moyens. Gette loi estconnue sous la denomination de loi de i'echelle mobile; elle a, en effet , pourprincipe la mobilite" des droits re- pondant & la mobilite des cours des bles. Tous, partisans ou detracteurs de cette loi, ceux me'me qui lui imputent d'etre la cause de ces grandes differences de prix , qui se represented par periodes presque regulieres, et qui lui font un crime d'avoir ete suspendue deux fois en 27 ads, en 18/16-47 et 1853-59, sont pourtant bien d'accord que rien n'est plus en de- hors de la puissance et de la prevision humaines que le sort plus ou moins heureux des recoltes, en ce qui depend des chances favo- rables ou contraires par les saisons. 96 CONGRES CENTftAL DBS ACADEMIES. Pourquoi done rendre la loi responsable de ce qu'il n'est en son pouvoir de faire ni d'emp^cher? Pourquoi une loi, me repondra-t-on , si elle ne remedie & rien? Je ne concede pas ce dernier point. J'accorde que la loi dite de Techelle mobile n'est pas une pa- nache : elle ne fait pas la pluie et le beau temps ; mais je crois pouvoir affirmer que c'est une loi moderatrice, une loi de ba- lance, qui tempere tour a tour les dangers de 1'exportalion trop forte et rapide , compromettante pour I'approvisionnement du pays, et ceux d'une importation genante pour la production indi- gene. Ceux qui voudraient qu'elle maintint un prix uniforme et presque permanent devraient bien nous prouver que la liberte" ab- solue a produit cet effet en Angleterre , pays d'importalion ; en Uussie eten Amerique, pays d'exporlation. Ni ici, ni la, il n'en est ainsi : il y a eu en Russie des differences qui ont (He" de 1 a 11 sur le seigle, nourriture ordinaire de la ge'ne'ralile' de la population, et de 1 a 7 sur le ble. En Angleterre, nous voyons les prix du simple au double de 1853 a 1856. En Amerique, en ce moment m6me,leble" vaut a New-York et a Philadelphie 25 fr. 1'hectolitre, quand il ne vaut chez nous que de 13 a 15 fr. Et anterieurement a la loi, sans remonter au-delci de ce siecle, n'avons-nous pas eu entre les hauts et les bas prix des differences plus grandes encore que depuis sa mise a execution; et si sa sus- pension n'eut pas e"te en dernier lieu inopportune" ment prolongee, son effel naturel n'aurait-il pas e"te, sans nous relirer la faculte d'exporter par le nord et 1'ouest , de nous conserver un debouche" pour notre midi? Mais ces variations si regrettables, nuisiblesa tons, produc- teurs et consommateurs de grains, sont-elles particulieres a noire pays ? Nous venons d'exposer le contraire, et de montrer les pays im- porlateurs avec liberte entiere et les pays exporlateurs exposes aux memes accidents. Je suis bien convaincu qu'en 1'absence de toute loi , nous ver- rions ces variations plus fortes encore et plus frequentes que nous ne les avons e'prouve'es sous la loi de 1832-33. SESSION DE 1859. 97 Toute loi ne remediera que tres-incompletement a ces caprices dessaisons. Pour juger tous les principes que Ton nous offre, il faudrait les avoir experimented et alors on leur reconnaitrait bien d'autres inconvenients. Je le dis de celui d'un droit fixe qui a e"te~ propose en un certain nombre d'e"crits, ouenonce" dans des votes; et,pour juger le peu d'accord qui existe entre ceux qui le raettent en avant, quelques-uns le proposent de fr. 50 a 1 fr. 25 par quintal ou hectolitre ; d'autres , de 3 fr. et plus par hectolitre. Pour les premiers , il ne fait que masquer le libre-e"change ; pour les autres, il prouve combien peu its apprecient 1'impossibilite" de son maintien. Comment, en effet, concevoir qu'un droit de 3 fr. par hectol.,ou plus, sera invariablement impose a 1'entree du ble Stranger ou, a la sortie du ble indigene, aussi bien quand le prix coutant ou celui de vente (1) sera de 18 a 19 fr. le quintal , que lorsqu'il sera de 33 a 36 fr. ? La simple enonciation en fait voir 1'impossibilite, pour ne pas se servir d'une autre expression. Aussi la plupart de ceux qui parlent de droit fixe ne le font que comme d'une chose abstraite, sans e"noncer aucun chiffre, de peur de compromettre leur principe. Votre Commission m'a charge", Messieurs, & 1'unanimite, de pro- poser a votre vote celte expression de sa pensee : La protection doit consister en un droit variable suivant les cours. Elle a emis aussi 1'avis que ce troisieme principe vous fut egale- ment soumis : Le droit doit varier mensuellement. Ici nous avons eu , dans la Commission , une dissidence. Un membre a demande que le droit ne variat que de trois en trois mois. La pense"e de notre collegue a ete plusieurs fois produite dans les discussions qui ont eu lieu sur ces sujets depuis deux mois. Les auteurs croyaient y voir une simplification et des faci- lites a accorder au commerce; quelques-uns meme ont pense a des droits annuels ; d'autres , des fixations semestrielles. (i) II y a despersonnes qui n'imposent que 1'entrge, laissant la sortie libre et sans droit ; nous ne saurions partager cetto penst-e. 7 98 CONGRES CENTRAL DBS ACADEMIES. A premiere vue , on pourrait croire ces innovations tres-inno- centes; raais, quand on y regards, on ydecouvre des dangers pour la securite" publique, qui ont fait reculer des qu'ils ont e"te" mis en Evidence ; et des hommes considerables, qui avaient embrasse cette id^e, se sont empresses d'y renoncer. En principe, elle est diametralement opposee a celle qui fait la base de la pre'sente proposition, que vous avez adoptee : Un droit variable selon les cours. II est bien sensible que , pour donner la ve'rite' & ce principe, il faut que le droit marche toujours parallelement avec les cours. S'il pouvait y corresponds jour pour jour, la ve"rile serait en- tiere; mais, en tout, il ne faut vouloir que le possible : la pratique ne permet pas d'adopler une distance de moins d'un mois pour recueillir les prix d'un assez grand nombre de marches, et les com- biner pour en faire sortir la moyenne qui servira de base au droit. Mais j'ai dit que j'en ferais ressortir le danger, et le voici : Prenez telle epoque de 1'annee qui vous conviendra le mieux : le 1". mai, je suppose; les prix des bles sont bas, conse"quemment le droil est son maximum ; le voila fixe pour trois mois, c'est-a- dire jusqu'au l er . aout; & moins d'accidents graves la re"colte, ou cTun vide fait par une sortie excessive de nos grains, ces trois mois n'offrentqu'incertitudeet les affaires en grains ont peu d'ac- tivile" : on attendees mercuriales nevarientque peusensiblement; il en sera done de m6me du droit a percevoir, du l er . aout au l er . novembre ; cependant, pendant les mois de juillet et aout, les re- coltes ont pe"riclite ; en septembre, on le reconnait aux depiquages et batlages; mais votre droit n'en reste pas moins son maximum ou bien pres jusqu'au l er . novembre. Ce droit excessif arr6le toute importation : si quelques operations commerciales se sont faites, les bles ne pourront entrer chez vous et seront dirige"s sur d'autres points ; et pendant que Timportation sera rendue impos- sible par le droit e"leve, celui de Texportation sera reste au mini- mum ou a peu pres, et vos recolles passeront presque sans droit a Tetranger, h 1'Angleterre qui est si pres de nos cotes graniferes SESSION DE 1859. 99 de 1'ouest et du nord. Ainsi vous aurez emp^che 1'importation et favorise Texportation , precis6ment au moment oil le contraire etait la necessite du pays... Le danger ayant apparu avec evidence a votre Commission, elle m'a charge, & I'unanirnite, moins un membre, de presenter a votre adoption cette formule : Le droit doit varier mensuellement Enfin le 4 me . vote que votre Commission m'a confie le soin de vous inviter h e"mettre est celui-ci : La loi de Techelle mobile doit 6tre rdvisee, en ce qui concerne les zones. Telles sont , sur ce sujet important , les propositions que Mes- sieurs mes collegues m'ont charge de soumettre aux delibe"- rations du Congres. Nous souhaitons, Messieurs, que vous y donniez votre adhesion. Nous ne proposons pas de nouveautes; nous ne pretendons pas qu'une loi reposant sur ces bases repondra aux exigences des es- prits, qui courent apres des perfeclionnements et lombent sou- vent das des illusions. Le progres s'opere & Taide du temps ; rarement il se devine. M. Darblay donne ensuite lecture d'un memoire qu'il a redige pour etre presente au Conseil d'Etat, en faveur de Techelle mo- bile variant de mois en mois. La discussion s'ouvre successivement sur chacun des quatre points dont se composent les conclusions de la Commission, savoir : 1. La culture des cereales, en France, a besoin de protection ; 2. Cette protection doit consister en un droit variable; 3. Le droit variera chaque mois. 4. La loi de Techelle mobile doit ieur, pour agir d'une maniere efficace, a be- soin de surele et de liberte dans ses allures ; il doit,avec l'e"chelle mobile, calculer toutes les chances qu'elle lui presente en dehors des chances d'achat, d'avarie sur mer et des dangers des emeutes pendant lesquelles la vie des negotiants en grains est souvent en danger. Au port de Marseille, le negotiant s'adresse a Odessa , a son commissionnaire; en temps ordinaire, il trouve toujours du ble; mais, en temps de disette, c'est different; puisalors chaque na- vire ne pent charger qu'a son tour, souvent au bout d'un ou deux mois. Pendant ce temps , le ble" baisse en France et le ne"gociant e"prouve une perte sur le prix du ble, puis une seconde sur les droils qui ont augmente chaque mois pendant son voyage. Done la pe"riode d'un mois est trop courte. C'est en 1847 qu'eut lieu la premiere disette depuis I'^chelle mobile. En septembre, le Ministre mal renseigne" avail public une circu- laire rassurante sur la recolle. En novembre, apres le battage , tout le monde etait fixe" sur le rendement et assure de la hausse. On s'adresse a Marseille. Il y a de grandes maisons , beaucoup de prudence, et on trouve de I'h6- sitalion. Les Marseillais altendirent avant de faire des commandes en 108 CONGRES CENTRAL DBS ACADEMIES. Russie.' La hausse avail fait des progres et, a la fin de Janvier, on suspendait I'^chelle mobile. Les b!6s demanded trop tard en Russie avaient e'te' paye"s plus cher, ils arriverent tres-tard a Marseille, il y eut encombrement, puis les moyens de transport devinrent difficiles, les eaux man- quaient; apres lacrue, lesbateliers augmentent leur prix. 11 en fut de m6me par la voie de terre. On mit les prolonges de Tartillerie a la disposition du commerce , bientot les routes furent de"- foHce"es. On peut croire que, par les chemins de fer, maintenant ces in- convenients disparaitront ; c'est une erreur, car dernierement le chemin de fer laissait perdre en gare des vins de Bourgogne qui' n'avaient pas encore fermente et qui auraient eu besoin d'etre rendus a Paris dans les 48 heures. Puis, en 185/4, une nouvelle disetle et par suite suspension de 1'echelle mobile qui dure depuis cinq ans. On parle de la retablir, mais pour qu'elle puisse se maintenir, il faut qu'elle soil bonne en tous points et pour 1'agriculture et pour le commerce. Quelle sera done la longueur d'une periode pendant laquelle le droit ne variera pas ? On a demande" un an , ce serait trop long ; six mois , encore trop long; ce temps excede les besoins du commerce; un delai de trois mois est bon et indispensable pour que le negotiant termine une operation. M. Coffin s'e"tonnede voir M. Challe, membrede la Commission, prendre une conclusion contraire a celle de la Commission ; il opine pour une fixation mensuelle des droits et m6me il demande qu'on les modifie plus souvent dans le cas d'une necessite pres- sanle. M. Cordier demande la cloture. M. Laborde trouve que M. Challe a pour le commerce une sollicitude exag6ree. Le commerce a plutot besoin de mouvement que de fixite. Le delai d'un mois est bon ; les periodes courtes peuvent seules emp^cher les trop fortes variations. SESSION DE 1859. 10$ II faudrait supposer que, dans 1'espace de trois rnois , le ne"go- ciant completerait ses operations; ce qui n'est pas possible, puis- qu'il achete aussi bien au milieu et a la fin qu'au commencement de la pe"riode. Pourquoi le gouvernement a-t-il suspendu l'6chelle mobile? Parce que le commerce n'en veut pas et qu'il assiege le gouver- nement, qui, d'ailleurs, par popularite, est tente" de sacrifier le producteur au consommateur. M. Mahias dit qu'a la Societe d'agriculture d'llle-et-Vilaine, on a demande un droit fixe de trois moisen trois mois; que, de 1'avis de trois minotiers qui s'y trouvaient , le delai d'un mois etait trop rapproche, M. de Genouilhac observe qu'il a distribue" le rapport de la Societe d'agricullure d'llle-et-Vilaine qui, dans son vote, a de- mande le retablissement de 1'ancienne echelle mobile puremenl et simplement ; qu'une autre opinion avait ete emise dans une brochure par M. Bodin , qui trouvait cette p^riode d'un mois en- core trop longue. M. Darblay dit que c'est dans i'inte"ret de 1'alimentation pu- blique qu'il demande un droit variant chaque mois. Tout com- mercant honnete peut faire ses affaires avec un droit mensuel. Le commerce n'est pas charge de nourrir le peuple par philan- thropic ; il achete pour gagner et, par des droits trimestriels, il a beaucoup plus de chances qu'avec des droits mensuels. Si le commerce n'est pas missionnaire charge de nourrir le peuple , nous devons penser a son alimentation qui serait compro- mise par des droits a longs termes. Si Techelle mobile presente quelques inconvdnients, ils ne sont pas dans la mensualite, c'est son bon cote ; examinons : Aujourd'hui le b!6 n'est pas cher et la hausse commence. Si 1'echelle mobile fonctionnait, les droits seraient au maximum. Du ble achete a bon marche a Taganrog trouverait encore, en arrivant en France, un droit maximum de 5 a 6 francs par hectolitre, fixe" pour trois mois. Il y a diselte en Espagne : au lieu de debarquer, le commerce conduit son ble en Espagne ou en Portugal , sauf a faire mieux une autre fois pour la France. 110 CONGRfcS CENTRAL DES ACADEMIES. Pendant ce temps, la hausse s'opere avec diffe'rentes variations et, a la fin des trois mois, le droit baisse de 2 fr. Mais le ble" a augmente e"galement au point de depart et voil& le negotiant dans la m6me position. 11 achete et , si la hausse s'esl declared, il entre en France ou il retrouve encore son nouveau droit pour trois mois ; tandis qu'avec une e"chelle mensuelle, le fle"au est bien plus sensible : le negotiant Tobserve et peut marcher plus surement. S'il 6tait possible de faire varier les droits chaque semaine, meme chaque jour, ce serait bien preferable. La cloture est prononcee. La priorite est accordee la proposition de M. Challe, de ne faire varier les droits que tous les trois mois. Cette proposition est rejetee. La majorile adopte la proposition de la Commission , de faire varier le droit chaque mois. 4. La loi de 1'echelle mobile doit tre re"visee en ce qui con- cerne les zones. M. Laborde demande que le Congres se prononce sur la ques- tion de savoir si les zones doivent &tre augmenlees ou diminuees. M. de Genouilhac dit que, dans la Commission, on a pense que le gouvernement avail seul entre les mains les materiaux neces- saires pour fixer les zones. M. Perrot demande que le centre soit represente dans les mer- curiales qui servent a fixer les droits d'importation et d'exporta- tion , et qu'il y ait moins de zones qu'autrefois. La proposition de la Commission ainsi modifiee : La loi de re"chelle mobile doit 6lre r^visee en ce qui concerne les zones notamment, dont le nombre doit etre diminu6 , esl raise aux voix et adoptee a la majorite". Le Secretaire, DESVAUX. SESSION DE 1859. Ill SEANCE DU 1". MAI. Pr6sidence de M. DARBLAY. Sontappeles au bureau : MM. CHALLE, DE GENOUILHAC, Pi- CHON-PREMELE etDESVAUX, secretaire. M. Bourdin lit un memoire sur la purification des eaux pour 1'usage des bestiaux dans les fermes. II rappelle le conseil donne" par M. Girardin , de Rouen , de diviser les mares en deux parties de telle maniere que celle oil les bestiaux vont boire ne recevrait les eaux de 1'autre partie qu'a- pres filtration. Ge systeme a Tinconvenient de laisser 1'eau filtre'e recevoir les rayons solaires, les feuilles et tous les animaux qui peuvent y tomber. M. Bourdin a employe avec avantage un sys- teme de drainage qui evite tous ces inconve"nients : il a creuse* , a cote de la mare, une citerne qu'il alimente par des drains envoyes sous la mare. L'eau clarifie'e se trouve toujours de niveau avec 1'eau de la mare. II enumere toutes les precautions prises pour la reussite du travail. [1 ajoute qu'on pourrait de cette maniere cre"er artificiellement des fontaines dans les villes, en etablissant sur les coteaux des en- virons de grands reservoirs charges de conserver des eaux plu- viales. M. Challe continue ce que vient de dire M. Bourdin et commu- nique au Congres un fait particulier qui lui est arrive : 11 a etabli une fontaine en faisant drainer, a ZiOO fr. 1'hectare, un rnarais dont 1'eau etait chargee d'oxyde de fer. Au bout d'un an, certains tuyaux furent obstrues par un depot d'oxyde de fer, et la fontaine cessa de fonctionner. 11 voulut alors depouiller 1'eau de sonoxyde de feravant son introduction dans les luyaux. Pour cela il mit au-dessus des drains une couche de sable argileux non fer- rugineux bien pilonne" , une couche de galets , et la terre du ma- rais. 112 CONGRES CENTRAL DBS ACADEMIES. Depuis trois ans, 1'eau sort des drains tres-pure et n'a pas vane un seul instant. PROGRES DE I/AGRICULTURE EN 1858. M. de Gourcy rend compte des progres de ['agriculture en 1858. II ne parle pas des machines a vapeur dites moissonncuscs , sujet trait^ par M. de La Trehonnais. Au concours de Denain et a celui de Belgique, M. de Gourcy a vu fonctionner cinq moissonneuses; celle de Mac-Cormick .perfectionnee par Burgess et celle de Mazier ne fonctionnent bien que dans les bles clairs. Avec la machine Mazier, un homme ne suffit pas pour rejeter le b!6 ; il en faut deux ou trois. De meme avec la machine de Mac-Cormick , qui esl convenu de la necessite d'un perfectionnement pour faire la gerbe. Avec la machine Mac-Cormick , perfectionnee par Burgess , un homme n'est pas necessaire pour rejeter le b!6 ; mais le conduc- teur est oblige de marcher et les andains ne sont pas parfails. La machine de Houssey, perfectionnee par Dray, a cet avantage que la gerbe se fait d'elle-meme. Des qu'il y a une epaisseur de 20 centimetres de ble" sur le plateau, le conducleur leve le pied, la machine fait la bascule et depose le grain a terre. M. Dervaux , fabricant de sucre pres Valenciennes , cultive 360 hectares et possede trois de ces dernieres machines ; il faut pour chacune : un homme sur les chevaux, un sur la machine, puis derriere huit hommes et huit femmes pour Her les gerbes et faire des moyettes. Sa machine, en Angleterre, coute 600 fr. et peut couper de l\ a 5 hectares de b!6 par jour, ce qui porte la recolte, chez M. Dervaux, a 10 ou 12 fr. 1'hectare. Elle est en grand usage en Autriche. L'inconvenient qu'elle presente est de Jeter la javelle derriere la machine, de sorte qu'il faut Her immediatement pour que les che- vaux puissent passer au tour suivant. Dans la Mayenne et 1'ouest il y avait, en 1815, un assolement dans lequel les genets restaient quatre ou cinq ans, puis faisaient SESSION DE 1859. 113 place a cle Ires-chelives re"colles. Aujoimfhui, par suite de la de"- couverte de Tanlhracite el 1'emploi de la chaux, loul a change. Le four esl elabli dans la carriere el, a Taide de bonnes routes, on transpose, pour faire le ble, de la chaux qui coute 1 fr. 50 a 1 fr.60 Theclolilre. Le Berry se Irouve egalemenl Ires-bien de 1'emploi de la chaux. M. de Gourcy a visile, pres de Chateauroux, une famille beige qui, depuis quatreans, cultive six fermesetquij'annee prochaine, en cullivera une septieme : en tout, 1,100 hectares. M. de Gourcy parle ensuite d'une methode Ires-economique de faire la chaux, au moyen de fours dormants en usage en Bel- gique, fours qui ne sont que de simples excavations formers dans des tertres ou dans d'anciennes carrieres. La belle terre d'Argy, composee d'environ 1,100 hectares, situee a 8 kilometres de la ville de Busancay el a 28 de celle de Chaleauroux, station de chemin de fer la plus rapprochee , a el6 acquisea raison de 700 fr. Theclare, par une societe beige formee de quelques ntembres d'une fanulle des environs de Gharleroy. Cetle Sociele a cliarge un habile cullivateur beige , M. Ber- nier, de faire lout ce qui esl necessaire pour rendre celle pro- priele aussi productive que possible, el elle lui fournit lous les fondsdonl il a besoin pour arriver h ce but. M. Bernier, pensant que la chaux esl un immense moyen "1 ('?'" '. ' '/in> v " 'r,,, 1 i i-i' - 'W/i j'jfiYi?.o'iir> i' 1 '!' i'ih > M. Moll, au Vert-Galant (chemiu de ferde 1'Est), a cree", con- tinue M. de Gourcy, de grands herbages par le sysleme Kennedy. II a employe , pour 1'irrigation de ces herbages, des vidanges et des urines qui conviennent mieux pour les prairies que pour les antres cultures. Sur 100 hectares , il en avail deja transform^ 60 en pres et voulait encore en converlir 20 hectares. Du ray-grass d'llalie, seme en aout, avail 0,20 de hauteur en octobre. M. de Gourcy depose une note dans laquelle il rend compte d'une visile qu'il a faite r.hez M. de Nathuzins , agronome dis- tingue des environs de Magdebourg. NOTE DE M. LE COMTE DE GOURCY. J'avais deja visile, dil M. de Gourcy, celte remarquable culture en 1856, sans y IrouverM. de Nalhuzins, ni sa famille; je venais de laire la connaissance de cet habile agronome, au Congres des agriculleui'S el foresliers de toute 1'Allemagne qui venait d'avoir lieu a Brunswick et j'ai ete assez heureux pour le trouver chez lui dans sa grande et belle propriele qui se compose de 675 hectares de lerre, 27 de pres et 135 de bois, pi antes en grande partie par cet aclif proprietaire , qui cullive depuis vingt-deux ans. 11 est souvent alle en Angleterre depuis lors, et il en a importe, depuis onze ans, d'excellents reproducleurs, males et femelles, des meil- leures races chevalines, bovines, ovines el porcines, ainsi que les meilleurs instruments et machines agricoles. Le betail de M. de Nalhuzins se compose de troiselalons donl un de pur sang et deux de travail , Tun percheron el 1'autre an- glais ayanl lous-deuxun peu de sang; vingt juments ou poulains : il vendees derniers ages de Irois ans; ceux qu'il ne peul vendre fonlses tiavaux; six de ses jumenls sont des percheronnes que M. de Nathuzins a fait venir de France. II a quarante chevaux de travail et six de luxe ; trente-deux 116 CONOR ES CENTRAL DBS ACADEMIES. boeufs de trait, venus de la Boheme, de la jolie race d'Eger ; ils ressemblent aux Devon et peseut, vivants, 990 kilogrammes ; les dernieres huit paires,;arrivees recemment, ont coute 570 fr. cha- cune; ils sont bons travailleurs, mais s'engraissent difficilemenl; aussi M. de Nathuzins les vend-il maigres, ages de onze in douze ans, en perdant environ 10 p. 0/0 de leur prix d'achat. Get agronorne a deux taureaux Durham faisant le service et trois jeunes ; il vend ceux-ci facilement , ages de trois a qualre mois, dans les prix de 5 a 600 fr. II a quatorze vaches ou genisses de cette excellente race; un taureau et seize vaches ou genisses Ayrshire, un taureau et des vaches d'espece hollandaise, des va- ches, jeunes boeufs, et eleves croises Durham; le chiffre de ces betes s'eleve & cent quarante teles , dont qualre-vingts vaches laitieres. Il vend habituellement ses jeunes boeufs croises Durham gras , ages de trente mois a trois ans; ce printemps , les bouchers de Berlin lui ont achete meme ceux de deux ans n'ayant pas ete engraisses ; la disette de fourrages 1'a decide a s'en defaire a cet age. II a vendu , pour la meme raison , tous les agneaux males apres les avoir sevres. M. de Nathuzins a habituellement, dans cetle culture, deux mille cinq cents betes a laine; il n'en a, pour le moment, que mille neuf cents, par suite de Textreme secheresse. Il a cent trente brebis de pure race Southdown, dont les betes elevees chez lui sont aussi belles que celles qui viennent de lui arriver recemment d'Angleterre , quoique toutes les betes im- portees aient ete prises dans les meilleurs troupeaux de ce pays. M. de Nathuzins a cent sept beliers purs ou croises des races Southdown, Dishley, Cotswold et un Oxfordshire; ces betes sont fort belles, et il s'en trouve parrni elles qui viennent de chez Jonas Webb. Il trouve un bon et facile d^bit de ses beliers purs dans les prix de 160 & 300 fr. ; les croises se paient de 80 a 120 fr. Il possede trois cents brebis merinos, principalement pour pon- voir vendre les eleves comme reproducteurs, car ses betes pro- SESSION DE 1859. 117 venant de croisements anglais lui paient mieux ce qu'elles consomment que les merinos, ll a soixanle-dix beliers de cette derniere race qu'il vend ordinairement de 120 a 200 fr. ; mais il en a vendu quelquefois jusqu'a 5 a 600 fr. ; il a aussi des beliers de Rambouillet. Les cinq cents brebis qui proviennent d'un pre- mier croisement entre beliers Dishley et brebis merinos, aux produits femelles desquels il a donne des beliers Southdown, ne recoivent plus que des beliers resultant dudit croisement; car cetle espece de betes a laine lui produirait plus que les Southdown de pure race, s'il ne pouvait en vendre avantageusement les pro- duits pour la reproduction. II a un certain nombre de brebis Cotswold , parce qu'on lui en demande souvent des beliers; mais il n'a plus de brebis Dishley : cette race a inal reussi chez lui, ses herbages n'elant pas assez riches pour elle. Il vend les moutons croises, ages de treize a quatorze mois, apres les avoir londus, 9 talers ou 33 fr. 75; leur toison , du poids de 2 kilos en moyenne, vaut 2 talers ou 7 fr. 50; les toi- sons des Southdown de pure race ne pesent que 1 kilog. 25 g. ; les croise"s Southdown-merinos, sans avoir une parlie desangde belier a longue laine, donnent 1 kilog. 500; les merinos purs, 1 kilog. 750; la laine merinos de son troupeau s'est vendue, la balle de 55 kil. , 300 fr. ; celle des croises qui forment le fond de son troupeau vaut 255 fr. ; enfin , celle du croisement de beliers ei longue laine avec brebis merinos ne se vend que 206 fr. Ce cullivateur avail expose an concours de Brunswick trois moutons croises, dont Tage moyen e"tait de cinq cent deux jours, ils furent vendus 281 fr. ou 93 fr. 75 la piece; le plus lourd pesaitlOO kil.,il etait Dishley-merinos; le second (9/i kil.) elait Southdown-merinos et le troisieme pesait 89 kil. : il etait Dishley- merinos. Deux jeunes moutons croises ages de dix-huit mois ont ete vendus 72 fr. 50 la piece. Un bceuf gras, provenant d'une tres- petite vache du pays et d'un taureau Durham , a ete" vendu par M. de Nathuzins, a ce concours , 768 fr. Vingtde ses jeunes moutons .croises, vendus a des bouchers des petiles villes voi- sines, ont produit, apres avoir ete tondus, 35 fr. la piece. 118 CONGRKS CENTRAL DES ACADEMIES. Le nombre des cochons tenus dans cette ferme est d'environ quatre cents, dont quarante truies meres; elles sont, pourmoitie', des meilleures races anglaises, telles que Essex-Napolitains, Suf- folk et de la tres-grande espece du Yorkshire , donl un male el une femelle adultes lui sont arrives recemment du Concours agricole de la Societe du com 16 de York, qui venait de se tenir a Northallerlon el venaient d'y remporter les premiers prix. Ces deux enormes b6les avaient coute" : le male , 887 fr. ; la femelle, 625 fr. M. de Nathuzins, qui avail de'ja celle race chez lui, ne Teslime pas, car elle esl lenle de croissance et difficile a engraisser; mais le pre'juge general qui exisle en faveur des grandes races fait qu'on lui en demande beaucoup pour la reproduclion ; les pelils, age's de six semaines ou deux mois, se vendenl, comme ceux des deux autres races , de ZiO a 50 fr. la piece. Ceux de dix mois se sonl vendus, elant gras, fr. 65 cent, le kil., poids vivant. II n'engraisse pas les cochons croises : on les garde dans les champs et lesbois, sansautre nourrilure pendanl la bonne saison que celle qifils y Irouvent, el ilsse vendenl, Age's de dix a douze mois, enlre 50 el 60 fr. 11 a e"tabli trois assolemenls dans sa culture: le premier sur ses bonnes terres naturellemenl saines, dontil a 378 hectares, est comme suit : 1. sole : betleraves globes fumees a 60,000 kilog. a Thectare, elles sont destine'es a son belail ; 2 e . sole : orge ; 3 C . sole : trefle donnant de 6 a 8,000 kilog. ; If. sole: fromentavec 20,000 kil. de fumier; 5 r . sole: belleraves a sucre. avec 300 kil. de guano ; 6 e . sole: ieverolles ou orge avec 60,000 kil. de fumier; 7 e . sole: froment. Les betleraves a sucre sont destinees a la sucrerie qu'il fait valoir de compte a demi avec son frere. 2*. assolemeul elabli sur 662 hectares de lerre legere pose"e sur un sous-sol Ires-impermeable, qu'il a draine a 8 metres d'intervalle et ei 1. 30 de profondeur. 1". sole : moilie en pommes de terre et le resle en rutabagas anglais sur fumure de 60,000 kil. el 200 kil. d'os, pulverises aussi fin que de la farine. La fabrique qui les fournil se Irouve a Lherle, dans le pays de Hanovre; on les vend 17 fr. 50 les 100 kil. ; 2 e . sole: grains de printcmps dans les- SESSION DE 1859. 119 quels on seme un melange de trefle rouge, blanc, hybride, lupu- line et ray-grass qui forme les 3 e . et 4 e . soles; on fauche cet her- bage la premiere anne'e etil est pature ensuite paries moulons; 5 e . sole: froment; 6 C . sole: moitie en betteraves a sucre avec 500 kil. de guano, et le reste en vesces fumees a 60,000 kil. a I'hectare; 7 e . sole: froment apres vesces, et 1 avoine apres bette- raves. 3 e . assolement sur sable mete de petites pierres. l re . sole: pommes de terre ou rutabagas sur 60,000 kil. de fumier et 200 k. de poudre d'os par hectare; 2 e . sole : avoine; 3 C . et Zi*. soles: her- bage mele comme le precedent ; 5 e . sole : seigle sur 40,000 kil. de fumier; 6 e . sole : lupins jaunesqui produisent de 6 a 8 et meme 12,000 kil. de fourrage sec et de 15 a 30 hectolitres de graine par hectare. Void les gages des domestiques et le prix des journe"es : Les bons bergers ont de 2Zi3 fr. a 282 fr.; les laboureurs ont de 143 fr. a 157 f r. ; les servantes, 75 fr. et le produit en lin de 11 ares; les journaliers employes a 1'annee ont fr. 98 c. , on leur fournit assez de terre pour recolter les pommes de terre ne- cessaires a leur menage, et du lin, en proportion du nombre des membres de la famille; enfin ils sont loges a moitie prix; les hommes de journee , employes seulement lorsqu'on en a besoin , ont 1 fr. 25; les femmes, fr. 75 c. M. de Natnuzins a construit de tres-belles bergeries pour loger a Taise 2,500 betes a laine. 11 a mis , dans tous les murs des bailments qu'il a fait construire, des tuyaux de drainage d'un grand diametre , pour servir de chemine'e facilitant Texpulsion du mauvais air. II possede une machine a vapeur a poste fixe, dont la vapeur perdue sert a cuire les aliments des cochons; elle fait manoeuvrer la machine a battre de Garrett, qui bat, dans 12 heures, 80 hec- tolitres de fromenl , en le nettoyant si bien qu'on peut Tenvoyer au marche ou bien le semer; une paire de meules est aussi mise en mouvement par ce moteur, ainsi qu'un laveur et un coupe-racines, le hache-paille , une pompe, etc., etc. 11 importe d'Angleterre les meilleurs instruments agricoles : 120 CONGRES CENTRAL DBS ACADEMIES. 11 a deux grands semoirs et plusieurs houes a cheval de Garrett. Depuis huit ans, toules ses cere"ales sont sernees en lignes et sarclees la houe a cheval ; il a des semoirs a engrais pul- ve'rulents, de gros rouleaux Crosskill , des scarificaleurs Colmon , des lierses arliculees anglaises, des charrues perfeclionn6es. Il compte faire venir des machines a faucher les pres et a mois- sonner les grains. M. de Nathuzins cullive encore une aulre grande ferme a 12 kilometres de Hundisburg, oil le fonds de terre n'est qu'un sol maigre dans lequel il ne peut cultiverque des lupins jaunes sur une etendue d'environ 100 hectares ; en deuxieme sole, il fait du seigle fume', dans lequel il seme de la fetuque ovine quioccupe les troisieme et quatrieme soles, puis il recommence par les lupins. Pendant que j'elais a liundisburg, on rentrait les lupins jaunes, lies en boltes, encore humides : le temps elait pluvieux depuis plusieurs jours. Pour cviter rechauflemenldecet excellent four- rage c moutons, on en formait une meule tres-longue, qui n'avait que 3 metres de largeur a sa base et se retrecissait de suite en montant; on la couvrait en paille de seigle a travers laquelle le vent devait secher les boltes, celte meule elant placee sur une hauteur. On avail mis des toiles sur les chariots, afin de ne pas perdre la graine des lupins qui est tres-abondante et excellente pour rengraissemenl du belail. Ge fourrage n'est consomme que par des betes a laine , a qui , par son amertume , il sert de pr6- servatif contre la cachexie aqueuse. On a de la peine a les accou- tumer a celle nourriture, et voici comment on s'y prend pour vain- cre la difliculte : on leur donne d'abord des lupins jaunes sees et garnis de leur graine qu'on melange ti un autre fourrage, lors- qu'on seme un champ de lupins jaunes qui doivent etre patures ; ony mele une aulre p'anle, telle que de la serradelle qui vient mieux dans les sables que des vesces ; lorsque les lupins sont en- tierement defleuris , ils sont bons a faucher pour fourrage sec ou pour les faire palurer : alors on y envoie le troupeau a jeun, et on le laisse dans les lupins pendant une lieure ou deux , quoiqu'il n'y louche pas, el au bout de huit ou dix jours de ces seances re"- SESSION DE 1859. 121 pete"es et ennuyeuses, les moutons finissent, de guerre-lasse, par y mordre; ensuite il ne faul pas long-temps pour les amener a les devorer avec avidile". La culture des lupins & fleurs jaunes ne r^ussit que dans les terres qui ne conliennent point de calcaire ; ils preferent les sables aux terres fortes et craignent celles qui sont tres-humides ; on les seine, pour fourrage ou semence, de la seconde quinzaine d'avril a celle de mai, dans une terre propre et surtout exempte de chiendent. II faut de 135 a 180 kil. de semence par hec- tare ; si la terre n>st pas suffisamment propre, on en mettra da- vantage. On doit les enterrer par un leger hersage et ne pas les rouler. On fauche les lupins pour fourrage lorsqu'ils sont completement defleuris, et pour semence lorsque les premieres gousses sont mures; on les met d'abord en pelits tas ayant 66 centimetres de diametreet 33 dehaut; au bout dehuit jours, si le temps est beau, on amoncelle cinq tas en un qui doit avoir un metre de haul, au- tant de diametre au pied , et ne pas etre serre. II faut trois semaines ou un mois de beau temps pour le secher. Si le temps ne le permettait pas, ce fourrage pourrait rester ainsi jusqu'en Janvier; on le ferait alors consommer , meme etant mouille ou couverl de neige, dans le champ, en le metlant dans des rateliers doubles,ou bien a la bergerie s'il faisait trop mauvais pour faire sorlir le troupeau. On bat la graine aussitot que pos- sible et on la met melangee a ses gousses au greniersur une pe- tite epaisseur ou elle devra elre frequemment remuee, car elle' s'echauffe facilemenl. On en seme encore , apres la recolte du seigie , pour etre palure. Celte plante , des plus uliles pour les pays maigres non cal- caires, vient dans des sables pauvres, mais produit plus quand la terre a ete fumee pour le seigie qu'elle suit. En 1858 , M. de Gourcy a fait une course en Champagne. 11 remet au Congres une note sur Teducation des volailles a la faisanderie de M. Jacquesson, marchand de vin de Cham- pagne, a Chalons-sur-Marne. 122 CONCHES CENTRAL DES ACADEMIES. NOTE DE M. DE GOL'RCY. Pour voir la faisanderie de M. Jacquesson, il faut s'y rendre vers le milieu du jour. M. Meret, direcleur de cette faisanderie, a e"te", pendant de lon- gues annes, 1'intendanl de la cluchesse douairiere de Maille, qui lui permetlaitde se livrer a son gout pour 1'education des volailles. Apres la mort de la duchesse , il s'est fait marchand de belles volailles, derriere 1'Ecole mililaire ou son eleve Gerard 1'a rem- place. Avant de porter son etablissement a Crenelle, M. Meret a bien voulu me mettre au courant de sa maniere de diriger 1'eclosion, 1'elevage et la nourriture des volailles. II m'a montre d'abord ses couveuses artificielles, qui sont de petiles armoires de 60 et quelques centimetres en carre, ayant quaire ti- roirs, deux en haul et deux au-dessous ; il se trouve un petit com- parliment entre chaque paire de tiroirs superposee qui con- tient une lampe placee au-dessous d'une petite chaudiere en cuivre jaune qui envoie la vapeur a droite et a gauche , par des conduits aussi en cuivre ; ils chauffent un petit espace place entre les tiroirs du baset du haul; on met les ceufs, apres les avoir exa- mines au jour afin de savoir s'ils ont le germe du poulet, dans les deux tiroirs de dessous, on chaufle ensuite la petite chaudiere en allumant la lampe de maniere que la chaleur interne des ti- roirs ne depasse ni ne dirninue de 32 a 35 degres centigrades, 'pendant les sept premiers jours de 1'incubalion ; cette chaleur doit etre, pendant les sept jours suivanls, de 30 a 32 degres ; enfin, pendant la troisierneserie de sept jours, elle doit etre entre 28 et 30 degres. Les poulets arrivent au bout de trois semaines : on les laisse sortir de leur coque et ensuite se secher dans les tiroirs du bas oil ils se trouvent ; on les remonte ensuite dans les tiroirs su- perieurs dans lesquels se trouvent des plaques de tole courbees a peu pres comme ceci /^^\ , dont Tinterieur est garni de peau de mouton ayant conserve sa laine. Les poulels s'y refugient s'ils n'ont pas assez chaud ; ils ont dans ce liroir leur nourriture ; ils doivent etre rnis,au bout d'une couple de jours, dans des boitesou SESSION DE 1859. 123 compartiments couverls de carreaux en verre , comme le sont les deux liroirs du haut de la couveuse, car il fautqu'ilspuissent voir pour manger; ce nouveau logement est un peu plus eleve" que les presents ; il doit etre maintenu, pendant cinq ou sept jours sui- vantla temperature exterieure du moment, a 10 degre"s, et ensuite, pendant le meme espace de temps, 5 degres, en reduisant la cha- leur, petit a petit, pour passer du degre superieur & 1'inferieur, et de m6me pour menager la transition entre le compartiment chaufTe" et celui qui vient ensuite et qui ne Test plus, mais qui a un cou- vercle en fil de fer pour le jour et un autre en verre pour la nuit; ils habitent ce logement pendant dix ou quinze jours, suivant la temperature exlerieure, pour passer dans unecage plus spacieuse, placee sous un toit, mais exposee a 1'air exte"rieur, d'ou ils vont re- joindre les grandes volailles dans la cour, elant ages d'un mois, cinq ou six semaines , suivant qu'il fait chaud ou froid dehors. Comme sur Tenorme quantile de poules qu'on tient dans cet etablis- sement modele, il y en a toujours beaucoupqui demandent a couver, M. Mereta trouv6, avec le temps, que la methode suivante etait la plus expeditive, pour les remettre en etat de pondre ; il donne aux couveuses des oeufs qui ont passe sept jours dans la couveuse ar- tificielle, les leur laisse couver pendant une semaine et les met en cage jusqu'a ce qu'elles recommencent a pondre, ce qui arrive huit ou dix jours apres qu'on les a otees de dessus les oeufs qui sont remis dans une couveuse artificielle jusqu'a leur e"closion. La nourrilure des petits poulets se compose d'un tiers de sang de boucherie auquel on ajoute un tiers d'eau avant de le faire bouil- lir au bain-marie , jusqu'a ce que son humidile soit evaporee; il se trouve alors en caillots qu'on reduit en poudre pour les jeunes poulets, on en met un tiers dans leur p&tee, qui se compose : un tiers en petit riz bouilli et un tiers en salade hachee menu ; si cette nourrilure se trouve un peu trop humide, on la saupoudre avec du son. La nourriture de tout le reste de la basse-cour et de la faisanderie, comme dindons, oies de Toulouse, pintades, pou- les , canards barbottiers du Japon et mandarins , faisans ordi- naires, de la Chine et du Japon, et des perdrix, se compose d'un tiers de sang desseche, un tiers de pommes de terre cuites, enfin 124 CONGRfcs GKNTRAL DKS ACADEMIES. un tiers de feuilles de salade ou de choux,le tout hache" bien menu an moyen d'une petite machine faiteexpres pour cela. Dans ce pays vignoble, ou Ton dislille les marcs de raisin, on ajoule les re"sidus de cette distillation a la pate"e des volailles. M. Meret assure que les poulets, ages de trois mois.gras et prets a metlrc la broche, n'ont mange, pendant chaque jour de leur existence, que pour un centime. M. Me>et n'estime pas les cochinchinois , parce que leur chair n'est pas fine et qu'ils sont difficiles a elever; il fait cas des Crevecoeur et des deux varietes de Padoue ; mais ce qu'il prefere a tout, parce qu'il les trouve faciles a Clever, tres-gros et a chair aussi estimee que celle des trois precedentes especes, ce sonl les Brahma-Poutrah-; aussi veut-il les vendre fort cher pour en ele- ver : 50 fr. la paire ages de trois mois et 100 fr. unan; on les a meilleur marche a Paris. Il estime ses canards mandarins a 100 fr. le couple, et ses faisans dore's du Japon, dont j'aicompte plus de quaranle males, aussi 100 fr. le couple. M. Meret dit que quatre etablissemenls , dans le genre du sien , mais sans luxe et coutant chacun 50,000 fr., places pres de Paris, fourniraient une grande partie des volailles consommees dans la capitale, et se- raient une bonne affaire. Je n'ai jarnais vu d'etablissement de ce genre , si bien tenu et dirige par une personne aussi entenclueet aussi capable, que celui qui est depuis cinq ans sous la direction de M. Meret. Il a deux jeunes gens pour le seconder dans ses travaux. M. Meret dit que, lorsqu'on veut elever des poules de Padoue, il faut les avoir seules, parce que leur crane est si mince qu'elles sont lueesfacilement p r les coups de bee des autres volailles. Les amateurs qui ele- veut des volailles feraient bien d'aller etudier la faisanderie de M. Jacquesson , a Chalons-sur-Marne. M. de Gourcy presente egalement au Congres un memoire sur une visile faite a MM. Denys freres, cultivateurs a Bout, pres Bazancourt, seconde station du chemin de fer des Ardennes a partir de Reims. SESSION DE 1859 125 MEMOIRE DE M. DE GOURCY. Dans mon voyage agricole de 1858 , j'ai parcouru Tinlerieur et le nord de la France, la Belgique; j'ai traverse la Hollande afin de visiter le lac desseche de Harlem ; j'ai assisle au XX. Congres des agriculleurs de toule 1'Allemagne , qui s'est re"uni , cette annee, a Brunswick; j'ai visile les tres-pauvres sables de rAllmare prussienne , afin d'y voir des cultures considerables de lupins a fleurs jaunes : une seule ferme en avail seme 75 hectares, et M. de Nalhuzins , lameux agriculteur des en- virons de Magdebourg , en avail 120 hectares sur deux fermes. Je suis alle ensuite voir six grands cullivateurs de la vallee de TElbe. J'ai passe un jour chez M. Villeroy , pres Hombourg (Baviere rhenane ), et un autre chez M. Ponsard, president du Cornice de Chalons-sur-Marne. J'ai parcouru le camp et visile deux des dix fermes que 1'Empereur fait construire et sur lesquelles six sont terminees. A mon arrivee a Reims , M. Charpenlier eut la complai- sance de quiller ses occupalions pour m'accompagner au village de Boul, qui est a une demi-lieue de Bazancourt , seconde station du chemin de fer des Ardennes. MM. Saint-Denys , les deux freres cadets de cetle famille de cultivateurs , dont le plus age a 75 ans, nous recurent de la ma- mere la plus cordiale ; ils n'onl jamais ete maries; ils out perdu, il y a quelques annees, deuxsffiurs qui conduisaientleur menage: leurs fortunes reunies se composaient, en 1819, au moment ou les armees etrangeresretournaient dans leurs foyers, d'une vingtaine d'heclares de terre donl les meilleures, qui bordaient la riviere de Suippe, valaient alors 1,600 fr. et se vendraient maintenantpres du double; mais ils avaient une vingtaine de mille francs de dettes, pour s'elre fait remplacer , el par suite des perles 6prouvees par roccupation des Strangers. L'activite et 1'eco- nomie sans pareilles de cctle famille tres-intelligenle 1'a inise , en peu d'anne'es , en e"tat d'abord de payer ses detles , ensuile 126 CONGRES CENTRAL I)ES ACADEMIES. d'augmenter sa fortune d'une maniere extraordinaire. MM. Saint-Denys attribuent le changement de leur fortune, d'abord a 1'achat du fumier d'une caserne de la cavalerie etrangere , qui se trouvait a 12 kilometres de chez eux , et ensuite aux 6normes plantations qu'ils ont faites dans des terres crayeuses sans valeur. M. Quentin , 1'aine des deux , a employe quarante annees de sa vie a aller, deux fois tous les jours , chercher une enorme voiture de fumier qu'il chargeait et dechargeait tout seul, ce qui 1'employait chaque fois pendant plusieurs heures, pendant lesquelles ses quatre gros chevaux avaient le temps de manger et de se reposer. Comme lui seul nourrissait et pansait ses chevaux, il n'avait que le temps de manger et il ne dormait jamais que sur sa voi- ture, lorsque ses chevaux, qui connaissaient bien leur chemin, vogageaient i vide Depuis que M. Quentin a renonce a faire ce fatigant metier , deux charreliers et six chevaux avec des aides, ne font jamais qu'un voyage par jour pour chercher du fumier, et n'en amenent guere que moitie" de ce que leur mailre en voiturait dans le meme temps. M. Quentin, ne s'en rapporlant a personne, se leve toujours a minuit pour faire boire et donner a manger a ses onze chevaux. Lorsque cela est fait, il se recouche pour se re- lever a Theure oil Ton attelle. Cette masse de fumier qu'ils ajoutent depuis si long-temps a celui qui se fait chez eux , a permis a MM. Saiut-Denys d'adopter un assolement extraordinaire qui a ete irnite par les cultivateurs du voisinage, dans leurs terres natureliement bonnes ou bien dans les terres crayeuses devenues bonnes par les la- bours profonds et de tres-fortes fumures; premiere sole: orge sur jachere avec A5 metres de fumier , coutant d'achat, de transport rendu dans le champ, et epandu, 8 fr. le metre, ou 600 fr. par hectare; deuxieme sole: trefle; troisieme sole: fromentavec une nouvelle fumure de 75 metres; quatrieme et cinquieme soles: seigle ; sixieme sole:' avoine. Us assurent que le second seigle est meilleur que le premier ; ils cultivent environ 60 hectares pres de leur habitation , mais ils ont des terres eloign6es d'une bonne qualite qu'ils cultivent sans jamais les fumer; premiere SESSION DE 1859. 127 sole : jachere complete ; deuxieme sole : seigle , dans lequel on seme du sainfoin qui dine 3 ou li ans; ils donnent a leurs lu- zernes, sainfoins ou trefles, dont ils ont habiluellemenl une ciri- quantaine d'hectares, des cendres pyrileuses, ou mille kilog. de platre par hectare. Sur environ 600 hectares de terre qu'ils possedent, ils en cultivent a peu pres 150 hectares; ils en louent autant, el le reste se compose de terrains crayeux et en coteaux, destines ft etre planted; leurs bonnes terres sont louees 60 fr. ; les mediocres, de 20 ft 30 fr. 1'bectare. Ces Messieurs n'ont point de troupeau, mais seulement quelques vaches laitieres pour le service du me- nage, et 11 chevaux : tout ce qui n'est pas consomme ft la ferme est vendu ; j'ai vu livrer 100 bottes de paille pour 26 fr. M. Quentin Saint-Denys dirige les affaires du dehors; son frere, 1'interieur; il recoil 1'argent qui rentre el paie les achats ; depuis que les soeurs sont mortes, il ne s'en rapporte pas ft une servante, qui est, je crois, la seule dans le menage, pour faire les parts de nourriture destinees aux onze domestiques, il les fait lui-meme , et les domestiques les tirent au'sort; sans cetle precaulion , il y aurail conlinuellemenl des reclamations. M. Saint-Denys le second, encore si actif , ne peut plus changer de place sans se servir de deux Cannes, ce qui ne 1'empeche pas de soigner seul ses nombreuses planches de jeunes Laricio , pins noirs d'Autriche el sylveslres. Ges planches sont creusees comme des couches ft 30 centimelres de profondeur , elles sont rem plies de lerre de bruyere , apporlee de 5 ou 6 lieues. An- ciennement le second des deux freres creusail ft lui tout seul les nombreuses couches; il seme, sarcle et arrache encore ses jeunes plants d'un-ou d&ix ans ; il les repiquait autrefois dans des terres labourers profondement, ou ils restaient 2 ou 3 ans ; il les arra- chait, les mettaiten bolles, ensuileen jauge, cequi se faisait sou- vent sur le champ touchant la pepiniere , champ apparlenant ft des voisins. Pour mettre en jauge , il fallait creuser ft 30 ou /iO centimelres et, dans ce sol crayeux, on ramenait de la craie ft la surface. Les voisins se plaignaient dans le commencement : M. Saint-Denys leur r^pondait que, si le froment n'e"tait pas plus 128 CONGRES CENTRAL DES ACADEMIES. beau sur la partie de"foncee, il les indemniserait ; et il m\i assure" que jamais ilsn'elaientvenus luidemander une indemnite, tantles labours profonds favorisent la vegetation des planles qifon y seme. On est d'un avis completemenl oppose dans les parties de la Champagne qui ne se rapprochent pas de la propriete de ces Messieurs. J'ai visile souvent, et encore celte annee , de bons cullivateurs charnpenois soutenant que, dans les terres crayeuses, il ne faut pas labourer profondement. Les pepinieres de MM. Saint-Denys sonl fort considerables, car elles ont servi depuis une trentaine d'annees a planter plus de 4,000 hectares de ces mauvaises terres crayeuses, principalement placees sur les eminences du pays et loin des villages, qui sont presque tous situesdans des vallees ou se trouvent des rivieresou ruisseaux. Ces lerres vagueset, en grande parlie, communales se vendaient, il y a une trentaine d'annees , 25 fr. 1'heclare ; main- tenant on les paie de 100 & 200 i'r. 1'hectare. C'est M. Saint- Denys , Taine de la famille , dont nous n'avons pas encore parle , qui a commence alors a planter ses pins mauvaises terres en pins sylvestres. Plus tard, il a appris a connattre en visi- tant les pepinieres des chateau etforets de Compiegne, les pins La- ricio et noirsd'Autriche , et il regrelte main tenant de n'avoir pas connu, il y a 30 ans, 1'immense avanlage que les Laricio et les pins noirs d'Autriche ont sur les pins sylvestres et d'^cosse, pour les terres crayeuses. Les premiers pins sylvestres , plantes il y a 30 ans, sont tous tortus et ne peuvent fournir que du bois de chauffage ; il faut l\ a 5 pins sylvestres ages de 30 ans pour former un stere de bois qui se vend , dans ce pays oil le bois est tres-rare, de 8 a 9 fr. ; les fagots de branches de pins ne font que payer les frais d'exploitation. Ces messieurs blament completement 1'elagage des pins; ils assurent, d'apres leur experience, que le corps des jeunes pins elagues perd , dans la croissance , plus que la valeur des branches qu'on leur a en- levees. MM.|Saint-Denys les deux freres, n'ayant point d'enfaots afaire clever dans des colleges, ontpuannuellement employer leurs grandes economies, qui, depuis une quinzaine d'annees^eleventa une sornme d'environ ZiO mille fr. , a acheler de mauvaises terres SESSION DE 1859. 129 qui, lorsqu'on les labourait tous les six ans pour renouveler la triste palure a moutons, en y semant du seigle ou de Tavoine, ne rendaienl que raremenl deux fois la semence ; ils sont arrives ainsi a en planter plus de k mille hectares , dont environ moilie pour eux, et le resle pour des proprie"taires champenois, panni lesquels figure M. Charpentier-Courtin le pere , pour 7 ou 800 hectares. MM. Saint-Denys , ayant plante" la plupart de ces for^ts sur les parties e'leve'es de la Champagne, ont encore rendu le ser- vice a ce pays d'abriter les plaines par ces plantations d'arbres a hautes tiges, qui conservent en hiver leurs aiguilles. Voici la maniere de planter ces terres crayeuses, que ces Mes- sieurs avaient adoptee dans le principe : ils planlaient les pins sylvestres , ou d'Ecosse , en lignes distantes de 10 a 12 pieds : cela se faisait surune terre qui avail recu un labour profond dans Tannee qui avail precede" la plantalion ; ils planlaienl, enlre les lignes des resineux, d'aulres lignes en marsaulls, aunesel bou- leaux. Us onl bienldt vu que ces derniers ne pouvaient pas pros- perer a cole des pins, et, avec le temps, ils sont arrives a la convic- tion, que les plantations de bois feuillus, qui ooulent beaucoup a cause du grand nombre de plants necessaires, ne peuvent durer que 15 ou 16 ans, el sont ensuite etouffees par les pins. Des deux coupes qu'ils peuvent produire , la premiere n'esl pas abondante a cause de son jeune age, et la seconde, pas beaucoup meilleure, ayant deja souffert par le voisinage des pins. Ces deux coupes ne donnent ordinairement pas beaucoup plus que la depense qu'elles onl occasionnee, en y ajoutant Tinte'rel du capilal em- ploye a la plantalion. Elles ont, en outre, Tinconvenienlde reudre plus difficiles les cullures a la charrue , que ces Messieurs font donner pendaril les 3 ou k premieres annees apres la plantation ; ils conseillenl done de ne rien planler enlre les lignes de pins et de planler des pinsLaricio ou des pins noirs d'Aulriche au lieu de pins sylveslres, ou d'Ecosse ; car les Laricio, surloul,viennenl in- finimenl plus vile el rnieux que les autres; et quoique les pins noirs d'Autricheviennent forl bien aussi, ils sonlbien moins forls que les Laricio a age egal; ces deux dernieres especes onl, en oulre, le grand merite de soever Ires-droils, quoiqu'ils soient 130 CONGRES CENTRAL DES ACADEMIES. Isolds de leurs voisins : on peut done les mettre a une assez grande distance les uns des autres, ce qui permeltra, dans les premieres anne"es de la plantation , de labourer facilement et d'y obtenir d'assez bonnes re"coltes de gaude, plante tinctoriale qui vient facilement dans les terrescrayeuses; ces Messieurs m'ont dit que la gaude payait ordinairement les labours et hersages donna's a leurs jeunes bois. J'ai remarque", dans les plantations anciennes de ces Messieurs, que le sol , entre les pins, se garnissait de grandes plaques tres- epaisses de lotier cornicule , qui forme une excellente palure pour les moutons ; on pourrait semer, sur le dernier labour ac- cord6 a la jeune plantation , des lotiers et d'autres plantes qui conviendraient aux moutons, et pourraient reussir dans les craies. Un Laricio, age" de 20 ans, avail, e" tant mesur6 aupres de terre, 8/1 centimetres de tour , et la circonference , a 2 metres au- dessus du sol , etait de 60 ; sa hauteur m'a paru 6tre d'environ 30 pieds. M. Saint-Denys pensait qu'il faudrait 8 ou 10 des pins sylvestres plantes a cot6 de lui a la meme epoque pour fournir au- tant de bois de chauffage que ce Laricio. Je pense , Messieurs , que les freres Saint-Denys ont rendu de tres-grands services aux proprielaires des mauvaises terres crayeuses, en leur faisant voir que les pins, et principalement les Laricio et pins noirs d'Autriche , viennent fort bien dans ces plaines incultes, lorsqu'on leur donne un labour profond avant de faire la plantation, puis un labour et un hersage pendant chacune des 3 ou li annees qui suivent ; au lieu que la plupart des bois de pins qui ont el plantes , depuis une quarantaine d'annees , dans les diverses parties de la Champagne ont rnal tourn^, faute de ces quatre ou cinq cultures ; ils ont prouv que les labours profonds sont fortutiles dans ces craies, que Thabitude du pays ne fait cul- tiver que tres-superficiellement. Enfm ces braves gens ont encore bien merits , en couvrant ces coteaux et ces plateaux tristes et desole"s de U mille hectares de plantations , qui serviront aussi a abriter une partie de ce pays , contre les grands vents , nuisibles partout , mais surlout dans des contr^es plates et degarnies. SESSION DE 1859. 131 MI t SEANCi: DU 9 MAI. Pr6sidcnce de M. A. DC BOYS, membre de I'laritUut des provinces, a Grenoble. Siegent au bureau : MM. BOULATIGNIER, DE GAGMONT, BEAU- DOIN , DESVAUX , GAUTHIER , NOUGUIER , BORDEAUX , GOMART , DE BDZONNIERE, Ernest BERTRAND, secretaire. -ou; iiifujxaJioa 9fjp!^r|i 119 fnpe ^frh/pghoaqci eloiJ La seance est consacree a la lecture du rapport de la Coin- mission du Code rural. M. Bertrand prend la parole et lit le japport suivant : ' RAPPORT DE M. BERTRAND. MESSIEURS, Vous avez nomme une Commission pour e"tudier les questions n f . 6et7 devotre programme, ainsi con^ues : Le projet de Code rural presente" en 1858 satisfait-il, sous tous les rapports, aux besoins de Tagriculture ? presente-t-il quelque lacune? In- diquer les ameliorations quece projet pourrait recevoir. Cette Commission s'est reunie, sous la pr6sidence de M. Boulatignier, dont vous connaissez tous la haute experience et le savoir. Elle a dud'abord constalerqu'iln'a pas^te presente en 1858 un projet de Code rural. Dans la session de 1854, M. de Ladoucette, se"nateur, avail pr6sente au Se"nat une proposition ayant pour but de poser les bases d'un Code rural : cette proposition a e"te renvoye'e a une Commission qui a soumis a un examen approfondi les nombreux essais tenths depuis soixante-dix ans dans le m6me but, et rassem- ble" tous les materiaux epars dans la legislation ancienne et mo- derne. Mais, ainsi qu'elle 1'a declare elle-meme, elle n'a envi- sage ces materiaux que dans leur ensemble , en se bornant a classer les dispositions fondamentales et a enoncer les principes quilesregissent, sansenlrer dansles details, sansempieter surla mission de ceux qui seront appeles a rediger le projet defmitif. Dans trois rapports elabores avec soin, M. le comte de Casabianca, 132 CONCHAS CENTRAL DES ACADEMIES. rapporteur de la Commission , a determine les matures qui doi- vent entrer dans la composition d'un Code rural ;il les a classees; il a enonc^ des principes g6n6raux, il n'est pas alle au-dela. Le S6nat n'a pas discute ces rapports, il s'est born6 k les soumettre a 1'Empereur qui les a renvoy^sau Conseil d'Etat. On ne connalt jus- qu'a present aucune deliberation 6mane de ce corps. Ainsi votre Commission s'est trouvee en presence, non d'un Code rural, c'est- a-dire d'un corps de lois formulas en articles, mais seulement de trois rapports qui ne sont en quelque sorte qu'un expose" des mo- tifs du Code projete. Toutefois, elle a ete d'avis que, le gouverne- ment lui-meme paraissant avoir provoque la discussion sur ces rap- ports en les livrant a la publicity dans le Moniteur, il pouvait etre utile de les 6tudier et de rechercher s'il y avait lieu d'appeler 1'attention duCongres sur les matieres qui y sont traitees. La premiere question qui se presentail naturellement etait celle de I'opportunit6 de la reunion en un seul Code de toutes les lois interessant Pagriculture. Votre Commission a pense qu'il lait peu n^cessaire que le Congres discutal les avantages ou les inconve"- nients d'une codification des lois rurales, et qu'il ne devait s'en preoccuper que pour tacher de prevenir un danger serieux. Ce danger, c'est que cette question, qui a dej tanl de fois fait ajour- ner le Code rural, ne devienne encore cette fois une cause d'ajour- nement. Ce qui importe a ragriculture, c'est moins de savoir comment les lois qu'elle reclame seront numerolees, que d'avoir ces lois le plus promptement possible et de voir cesser la confusion jetee dans la legislation rurale par la trop fameuse formulequi, en abrogeant les lois anterieures, les laisse subsister en tant qu'elles ne sont pas contraires aux dernieres lois votees. Votre Com- mission a done decide qu'elle vous proposerait d'emetlre le voeu que : si la pensee de reunir en un seul corps (ou Code) toutes les lois qui interessenl 1'agriculture rencontre dans son execution des difficultes trop considerables, le gouvernement veuille bien persisler dans 1'idee de soumettre a revision les lois rurales ou les dispositions de loi isolees qui se trouvent eparses dans 1'im- mense collection de nos lois, el qu'il prepare sur chaque ma- tiere des lois speciales qui , a partir de leur mise en vigueur, SESSION DE 1859. 133 remplaceraient, au moyen d'une abrogation expresse, toutes les dispositions anterieures. La question de codification cartee , la Commission a proce"de" a une etude attentive et serieuse des rapports de la Commission du Se"nat. Dans ces rapports, les matieres trailees sont classics sous trois grandes divisions qui correspondent a une division ge"ne>ale du Code rural projete, en trois livres, qui seraient intitules : le premier, Regime du sol ; le second, Regime des eaux; le trol- sieme , Police rurale. Pour faciliter le travail , M. Boulatignicr avail eu Pobligeance de dresser trois tables des matieres dans Tordre des propositions faites par le Senat. La Commission n'a pas tarde" a reconnaltre que la limite du temps qui lui e"tait accorde, ainsi qu'au Congres,ne permeltalt pas un examen approfondi de toutes les questions, et qu'elle de- vrait se borner & signaler eel les dont 1'inle're'l lui parallrait le plus pressant. Tout en regrettant de ne pouvoir vous faire connaltre, dans toutes ses parties, le travail si consciencieux de M. de Casa- bianca , elle a du reduire a un tres-petit nombre les points sur lesquels elle appellera votre attention, en vous proposant d'emettre des VCBUX, soil pour prevenir une mesure qui lui a paru dange- reuse, soil pour combler une lacune , soit pour appuyer des pro- positions faites par le Senat, dont la realisation lui semble urgente. Elle doit le dire,d'ailleurs, pour la plupart des dispositions qu'elle passera sous silence, elle n'aurait eu qu'a vous proposer de les sanctionner par une approbation. En tete du livre du Regime du sol , au litre des Dispositions generates, immediatement apres la liberte de I'agriculture qu'elle consacre de nouveau en principe, la Commission du Senat a place" le morcellement. Apres avoir constate que la division du sol, qui a permis aux cullivateurs de devenir proprietaires, a qua- druple et quintuple la valeur des terrains dequalite inferieure; qu'elle est un gage de securite publique et un 61e" ment de richesse, elle rappelle que la division, poussee a rextreme,peut devenir un obstacle au progres agricole et entraver la culture. Pour prevenir les progres incessants du morcellement et y porter remede, elle propose : 1. de remettre en vigueur la loi du 16juin 1824 qui no 13& CONGRES CENTRAL DES ACADEMIES. soumettait qu'aun droit fixe de 1 fr. lesactes d'e"change & regard des immeubles contigus ; loi qui a ele abrog^e, parce qu'il y a eu des fraudes et des abus ; 2.de declarer que, dans les partages deg successions, les immeubles ruraux ne seraient pas susceptibles de division au-dessous d'un minimum de contenance qui serait fixe". 11 a semble" a votre Commission que cette derniere disposition pourrait avoir des consequences facheuses. Si la prohibition n'at- teint que les partages dans les successions, elle est insuffisante : il. faudrait qu'elle atteignit aussi le vendeur en detail qui pourrait faire ce qui aurait ete deTendu a Theritier. Si la prohibition est absolue , on porte atteinte au droit de propriety , et en raison du nombre infini des parcelles qui existent aujourd'hui, on se jette, pour Texecution, dans des difficultes inextricables. Est-ce, d'ail- leurs, au moment ou Ton veut ralentir le mouvement d'emigration des ouvriers des campagnes vers les villes, qu'il convient d'en- traver la division du sol ? Le seul moyen d'empecher les ouvriers agricoles d'emigrer, e'est de les attacher au sol par 1'atlrait de la propriele. Prohiber le partage des terres dans les successions, c'est le plus sou vent desheriler de la possession du sol tons les heritiers qui, hors d'etat de payer une soulte, seraient obliges de vendre. D'un autre cote, il a paru qu'on exagerait les consequences du morcellement: il ne va pas, comme on Ta dit, jusqu'a appauvrir le sol, souvent au contraire il enrichit les sols pauvres. On a rap- pele que s'il s'opere un morcellement, il s'opere aussi une recon- stitution assez rapide de la propriele moyenne, ainsi que 1'a d6- montre 1VJ. Passy pour une partie de la Normandie. Ge qu'il y aurait de mieux a faire, ce serail de ne pas toucher au droit de division qui a produit en France de si merveilleux resultats; ce serait de se borner a favoriser le travail de reconstitution de la propriele moyenne el le rapprochement des parcelles , en remet- tant en vigueur la loi du 16 juin 1824, sauf a prendre toutes les precautions necessaires pour prevenir les abus qui out fait abroger cette loi. Par ces motifs, la Commission vous proposera d'emettre le voeu : qu'il ne soil porte aucune alteinle au droit absolu de division etde morcellement de la proprietefonciere; mais que, pour venir SESSION DE 1859. 135 en aide a la culture et faciliter la reunion des parcelles, le gou- vernement veuille bien remettre en vigueur la loi du 16 juin 182/i, qui ne soumettait les echanges entre heritages contigus qu'au droit fixe de 1 fr. > Au titre 11 , qui traite des servitudes, la Commission du S6nat propose Tabolition du parcours et de la vaine pature. Seulement, pour concilier tons les interns et tenir compte des reclamations de quelques departements ou Ton parait retirer quelques avan- tages du parcours et de la vaine pature , elle serait d'avis de les conserver dans les localites qui preferent 1'etat actuel des choses, jusqu'u ce que les habitants, appeles & se prononcer, de troisans en trois ans, par leurs organes legaux , reconnaissent eux-me"ines les avantages de la legislation ge"ne>ale. Votre Commission a partage 1'opinion de la Commission du Senal, mais, en raison de 1'importance de la question et de 1'ur- gence de sa solution qui est depuis si long-temps attendue, elle croit devoir vous proposer d'appuyer les conclusions du Se"nat en e'meitant le veu : que le droit de vaine pdture soil aboli en prin- cipe, en autorisant, toutefois, a le conserver les departements ou , les Conseils generaux entendus , il aura e"te" constate que ce droil presenle des avantages reels pour I'agriculture. Quelques-uns des membres de volre Commission ont pense" qu'il serail utile de rattacher au livre du Regime dusol, le mode de jouissance des biens communaux, surtout en ce qui concerne le defrichement des landes et la mise en valeur des terres in- cultes. Us ont rappele que , partout ou les landes ont ete* parta- gees,elles ont ete transformers en terres productives; etilse"taient disposes aller jusqu'^ demander que le partage ou le defriche- ment fut rendu obligatoire. Mais d'autres membres ont fait ob- server que le partage ane"antit la substitution dont sont grove's les biens communaux; qu'on ne pouvait pas defricher indistincte- ment toutes les terres incultes; que, par exemple, il fallait se garder de defricher les landes sur les terrains en pente; qu'il y avait & tenir comple des lieux et des circOnslances; que 1'inertie des communes dont on se plaint doit tre uniquement attribute au droit, confere" par 1'art. 17 de la loi du 18 juillet 1837 aux Con- 136 CONGRES CENTRAL DES ACADEMIES. sells municipaux, de regler seuls le mode de jouissance des biens communaux; que le seul remede serait de transferor ce droit au gouverneraent qui slatuerait apres avoir pris 1'avis des Conseils gene"raux el des Conseils municipaux. Quoique cette question n'ait pas ele" aborde'e par la Commission du Se'natjComme elle esld'une utilite incontestable et qu'elle doit trouver sa place dans une revision gene"rale des lois qui inl6- ressent 1'agricullure , volre Commission serait d'avis que le Con- gres e"mit le vo3u : que les landes appartenant aux communes soient mises en culture, a 1'exception des landes sur les terrains en pente qui seraient reservees aux palurages; et que, pour arriver a ce but, le droit fut donne au gouvernement, statuant sur 1'avis des Conseils gene"raux, d'intervenir dans le mode de jouissance des biens communaux d'une maniere plus efficace qu'il ne peut le faire aujourd'hui. L'examen des matieres classees sous le litre du Regime des eaux a souleve" des difficultes d'une haule gravite. Si les proposi- tions de la Commission du Se"nat e"taient adoptees, le droit d'expro- priation qui , jusqu'k ce jour, a ete reslreint aux grands travaux d'Htilite" publique, deviendrait applicable a la plupart des Iravaux n'ayant d'ulilile' que pour un cerlain nombre de propri6laires qui doivent les exe"culer en commun. Ainsi les irrigalions, le dessechement des marais, Tendiguement, le redressement etle curage des rivieres, pourraient moliver des expropriations. Pour le desse"chemenl des marais, il pourrail y avoir exproprialion dans nnte"r6t des Compagnies concession naires ; pour le redressement et le curage des rivieres, la Commission du Senat irait jusqu'a de- mander que Ton suivil le mode adople par la loi du 21 mai 1836 sur les chemins vicinaux, dont la consequence serait la de"pos- session imme'diate du riverain, avant fixalion de rindemnile' pre"alable. Il a paru dangereux ci volre Commission de faire si bon marche de la proprie'te, sous le prelexte d'interels agricoles souvent contestables et illusoires. Elle a pense qu'il importail de faire une distinction entre 1'interet public direct qui comprend tout ce qui int6resse direclement ou rtat, ou au moins une fraction notable de la population, etauquel tout doit c&ler, et SESSION DE 1859. 137 public indirect auqnel tout se rattache dans un fitat, m6me les inte"rets prive"s, et auquel on ne peut exigerque le droit de propriete", le fondement des sociele"s, soil sacrifie". Si on entrait dans la voie des expropriations pour satisfaire rinte"r6t public indirect, il n'y aurait plus de limites et le droit de propriete" serait bient6t viole" sous le plus futile pre"texte. En consequence, votre Commission vous propose d'emettre le voeu : que, pour le desse"chement des marais, Tendiguement et le curage des ri- ft vieres, et en general pour tous les grands travaux entrepris dans rinte"ressent la conservation des re"coltes ; et les inviler a employer tous les moyens qui sont a leur disposition pour repandre dans les campagnes toutes les notions du droit, du respect de la propriete", de la ne"ces- sit6 de savoir faire souvent le sacrifice de l'inte"ret particulier a I'int6ret general; notions sans lesquelles les meilleures dispositions des lois rurales seraient souvent frapp6es d'im- puissance par la force d'inertie qui leur serait opposed. La discussion s'etablit ensuite sur cet important rapport qui sera de nouveau examine dans la session de 1860. Le secretaire, BERTH A.ND. SEANCE DU 26 AVR1L. LITTERATURE, BEAUX-ARTS ET ARCHEOLOGIE. Pr6sidence de M. le comte DE MELLET. Siegent au bureau : MM. le due D'HARCOURT, le comte DE BON- NELIL, 1'abb^ NOGET-LACOCDRE , Albert Du BOYIS, GANAT DE CHIZY. M. DE Bouis remplit les fonctions de secretaire. M. de Gaumont donne lecture de diverses pieces de correspon- dance. SESSION DE 1859. 1&3 M.Drouyn de L'Huys exprimele regret de ne pouvoir participer, cette anne"e, aux travaux du Congres. M. I'abb6 Noget-Lacoudre , sur 1'invitation de M. le Directeur, donne lecture du rapport adople par la Commission chargee d'exa- miner le projet de reconstruction de la tour centrale de la cathe"- drale de Bayeux ; ce rapport commence par 1'histoire de r&Lifica- tion de cette tour, connue sous le nom de tour du Patriarche (voir la page 1M) , composee de deux Plages octogones auxquels on ajoula plus tard une coupole , qui a laiss des souvenirs tres- vivanls parmi les populations. Aujourd'hui la coupole est de"truite, mais le corps de !a tour reste ; il s'agit de refaire une lerminaison, et la Societe francaise d'archeologie avait organist un concours dans le but de haler I'ex^cution du projet. M. le President demande au savant rapporteur quel projet a 6t6 adopte" par le jury du concours qui a eu lieu sous les auspices de la Societe francaise d'archeologie. M. le Rapporteur repond que la Commission n'etait pas charged de fixer ce point. La Societe franaise d'archeologie avait propose des recompenses pour les meilleurs projets envoyes au Concours. II est venu de tous c6te"s des projets : la Commission avait a choisir les meilleurs et a les recompense!*; c'est ce qu'elle a fait sans rien pre"juger sur le choix que I'autorite competente pourra faire pour I'ex^cution. M me . Fanny Desnoix donne lecture d'une piece de vers adresse"e a S. M. 1'Empereur de Russie ; cetle piece est couverte d'applau- dihsements. M. le docteur Bialloblotzki , dengue" de TAllemagne , charm6 d'assister au congres des Societes savantes de France , emet le vceu d'un congres universel , non-seulement europeen, inais de loute la terre, qui ferait disparaitre les malheureuses riyalites des nations sur le terrain de la science. Toutes ont interet a se connaitre, se donner la main. Leibnitz n'eut jamais atteint le haut degre de gloire ou il est parvenu , s'il n'^lait venu en France , et Cuvier a du une partie de ses con- naissances et son education Stuttgard. M. de Humboldt lui- T meme , ce venerable representant de la science, n'eut pas acquis CENTRA LR DB LA CATH15DRATE DE ItxVI.I V, SESSION DE 1859. 1&5 sa ce'le'brite , si la France ne se fut charged de sa renomm^e. Pour rendre une justice aux savants des diverses autres nations un congres universel est le meilleur moyen. L , on montrerait la me'daille d'aluminium, portant d'un cote" 1'effigie de Napo- le"on III et de 1'autrc celle de Voehle, le c^lebre chimisle qui le d^couvrit en 1827 a Gottingen. Les Academics sont com- posees de pretres de la science , il leur faut un Concile general. M. de Caumont ne repousse pas cette id6e, mais un congres universel doit etre independant des congres annuels de chaque nation, et se reunir & des epoques moins rapprochees ; il donne quelques renseignements sur la constitution des congres de I'Allemagne et de TAngleterre. M. Albert Du Boys approuve ce que vient de dire M. de Caumont : un Congres universel ne pourrait avoir lieu qu'a longues pe"riodes et aux epoques des expositions universelles. La ville de Munich paraitrait devoir etre la premiere ville oil un Congres de ce genre aurait lieu , parce que sa position centrale en Europe, et I'impulsion donnee aux arts dans cette ville f en font un centre tres-convenable. La stance est levee h cinq heures. Le Secretaire, DE Bouis. SEANCE DU 97 AVRIL. Presidcnce de M. DE GI.AISVILLK, dd'legue dc TAcad^mie de Rouen. Sie'gent au bureau: MM. le vicomte DE CDSSY, CORDIER, ancien depute ; DE MONTREUIL , de 1'Eure ; DE LA ROUVRAYE , de TOrne ; Victor PETIT , de Sens. M. de Caumont depose un travail de M. Jules Paulel sur le per- cement de Tisthme de Panama. L'ordre du jour appelle la discussion de la lZi e . question , ainsi concue : Quelles sont les causes de I'inferiorite des imitations con- 10 146 CONGRfeS CENTRAL DES ACADEMIES. temporaines de 1'architecture du moyen-age , et en particulier a de 1'architecture religieuse, soil romane, soil ogivale ? M, Victor Petit, d'accord avec M. de Glanville , proteste centre 1'accusalion d'inf6riorite" et de decadence dont on cherche a accabler 1'architecture moderne. Les architectes de notre epo- que , continue Imminent arche"ologue , ne valent pas moins que leurs devanciers; seulement OH leur demande trop. Les archi- tectes du moyen-age n'avaient point a faire l'e"tude prealable des differents styles ; on ne leur imposait pas de modeles : on laissait tout a leur invention. Aujourd'hui, que demande-t-on aux hommes de Tart? On exige d'eux, le plus souvent, qu'ils sachent combiner harmonieu- sement les styles les plus discordants ; il faut qu'ils apprennent a m^ler adroitement, dans la construction d'une e"glise ou dans la restauration d'une tour, le XII*. avec le XIII'. siecle, le roman avec le gothique : de la pour eux une preoccupation constante , une penurie d'observation qui les fait hesiter, tatonner et qui paralyse quelquefois leur esprit d'initiative. Et quand leur con- ception est enfm fix6e, que d'obstacles n'ont-ils pas a vaincre pour rexe"culion de leuroeuvre? Au moyen-age, on trouvait inline" dia- tement des corporations d'ouvriers sp^ciaux qui comprenaient du premier coup la pense"e du maitre et qui n'e"taient jamais embar- rassed de la rendre avec aisance et talent. Maintenant 1'architecte a besoin de former lui-meme ses ouvriers , et encore n'obtient-il presque toujours que defroidscopistes, qui exe"cutent ponctuelle- ment ce qu'on leur a montre et rien de plus. Quand les architectes seront de'livre's de toutes ces preoccupations secondaires et asser- vissantes, quand its serontlibres de s'abandonner completement a leurs inspirations , ils feront certainement mieux encore qu'ils ne font; mais il serait injuste de nier les progres que 1'architecture religieuse a re'alise's en France depuis vingt-cinq ans. Le style ogi- val,ou,comme on 1'appelait alors, le style gothique, est de mieux en mieux pratique" ; on commet encore, sans doute, des faules contre les regies; on m61e un peu trop ensemble , dans un meme Edifice , tous les styles d'architecture ; mais avec le temps le gout des architectes s'e"purera, et les arche"ologues leur sauront gf 6 des SESSION DE 1859. 1&7 se'rieux efforts qu'ils font aujourd'hui pour rivaliser avec les belles osuvres d'autrefois. M. de Buzonniere pense que limitation ne peut jamais consti- tuer un progres. Limitation renferme 1'exe'cution d'un ouvrage quelconque dans des lirniles e"troiles; 1'auteur qui se borne a imiter , a copier ses devanciers, est oblige* de refouler ce qu'il y a en lui de veritable genie; il fait comme quelqu'un et non pas mieux que quelqu'un. Au moyen-dge, il y avail, parmi les archi- tectes, une noble Emulation pour inventer de nouvelles formes de plus en plus irreprochables ; de nos jours , on se contenle de copier des modeles, sans chercher & les surpasser dans les limites du gout. II y a , dans cette imitation , une cause incontestable d'inferiorite artistique. Si, au lieu d'imiter un modele, repond M. d'Hericourt, on se contentait de le calquer , 1'architecture aurait le meme sort que la numismatique : les types iraient toujours en s'aflaiblissant. Mais heureusement. en archeologie comme en litteralure , il y a moyen d'imiler sans copier servilement. Nous avons une archi- tecture nationale que le monde entier nous envie , ces magnifi- ques cathedrales golhiques du Xlir. siecle qu'on n'a plus sur- passees depuis. Avant de rechercher des formes neuves et originales, il faut imiter cet admirable style ;dont plusieurs siecles nous se"parent. Cette e"tude consciencieuse des mo- deles les plus purs est , du reste, plus que jamais a Tordre du jour; nous n'en voulons pour preuve que le concours ouvert 1'annee derniere, a Lille, pour la construction de Notre-Dame- de-la-Treille , et dont le Congres a pu juger les remarquables re"- sultats. L'ecueil ^ redouter pour les architectes, c'est de se laisser entrainer a ces constructions mesquines et economiques ou Ton marchande tout, 1'air, Pespace et la matiere , et dont les propor- tions repondent si mal a la pieuse destination qu'elles doivent avoir. M. Coffin-Delrue est persuade que Temploi des me"taux re"sis- tants, et particulierement du fer et aussi de Taluminium, pour rornementalion , ne pourra manquer de jouer un grand role par la suite dans la construction des cathedrales. Mais le Congres 168 CONGRES CENTRAL DES ACADEMIES. paraissant trouver que 1'honorable membre s'est par trop dearie de la question , M. le President resume la discussion et repete qu'a son avis I'archileclure moderne n'est point dans un e"tat d'infe'riorite' comparalivement & 1'architecture des temps passes. Si les imitations paraissent raides , c'est que le temps ne les a pas encore consacre"es , c'est que les intemperies de plusieurs siecles n'ont pu encore les revetir de cette couche noire et moussuequi donne tant de cachet aux anciennes constructions. Les architectes travaillent tres-bien maintenant, et M. Bar- the"lemy, entr'autres, construit a Rouen comme un veritable architecte du moyen-age. M. de Montreuil ayant demande a M. Victor Petit a quoi tenait la supe'riorite des corporations d'ouvriers du moyen-age sur nos ouvriers d'aujourd'hui , M. Petit repond que les ouvriers du moyen-age avaient le meme avantage que leurs architectes : ils concentraient leurs etudes sur un n me sujet; tout le reste e'tait laisse a leur inspiration : aussi , ne voyait-on pas dans leurs oeu- vres cette rectitude de lignes, cet aspect precis et par consequent un peu raide qui caraclerise, par exemple, les sculptures de 1'eglise de Ste.-Clotilde. M. Raymond Bordeaux prend la parole. 11 declare qu'en posant les questions qui occupent en ce moment le Congres, il ne s'est nullement charge de les re"soudre ; il a rempli son office de se- cre"taire general , voilci lout. Il desire que la lumiere se fasse , mais iln'a point Iui-m6me la pretention de la faire jaillir. A son avis, le XIX*. siecle n'a pas de style d'archi lecture a lui ; il faut cependant feliciter les architecles de ce qu'ils imitent maintenant 1'architecture nationale du XIII 6 . siecle , de preference a Tart grec, heureusemenl abandonne" ; c'est 1^ un veritable progres et on est dans la bonne voie. Mais cetle imilalion de 1'archileclure ogivale est entache"e d'inferioril^ : d'abord parce que c'esl une imilalion, et puis nos archilectes, en de*pit de leur adresse, dissimulenl mal la tendance de leurs idees et de leur gout ; ils suivent manifeste- ment la pente de 1'epoque ; en un mot , ils sont re'alistes, comme trop demonde; ils imilent soigneusement la maliere : comment s'e"tonner s'ils restent froids et insensibles cornme elle? Le temps SESSION DE 1859. 149 n'ajoutera rien au me"rite de leurs ceuvres. Dans deux cents ans , 1'eglise de Ste.-Clotilde sera toujours line belle copie, si Ton veut, mais n'inspirera pas plus d'enthousiasme qu'aujourd'hui. Ce qui manque a nos architectes, ce sont les convictions religieuses, la connaissance des exigences du culte divin ; ils se figurent qu'on peut changer impunement 1'orientation d'une e"glise , et pourvu que la grande porte se Irouve bien mathe'matiquement en face d'une promenade ou d'un monument de leur invention, ils croient avoir fait rnerveille. Ils ne re"flechissent pas que la violation des regies liturgiques est une chose grave , me" me au point de vue de 1'art. Voyez ce qui va leur arriver pour les vilraux : ils seront obliges de les transposer; oil mettront-ils les verrieres bleues du chevet, toujours destinees & recevoir la lumiere blanche du soleil levant? Ils les placeront peut-etre au grand portail, dont les vi- traux doivent recevoir les rayons rouges du soleil couchant. Alors il faudra changer les peintures; reflet in terieur de 1'edifice se trou- vera ainsi desastreusement modifie" : tout mystere , toute poe"sie en seront bannis pour jamais. Pourquoi l^glise St.-Eustache conservert-elle, malgre son style batard etamalgame^un aspect si grandiose? C'est que, malgre tout, 1'inspiration du moyen-age est la ; c'est que l'e"glise est oriented. Il faut qu'une eglise soit une 6glise : on n'admettrait pas un theatre construit contre les lois de 1'acoustique; pourquoi ac- cepter des edifices religieux oil les conditions du service divin ne sont pas remplies? Nos architectes semblent trailer legerement ces conditions; c'est qu'ils ne les connaissent pas. Helas ! ils sont avant tout presses de gagner de 1'argent. Il est & remarquer que 1'architecture religieuse a toujours decline* ci mesure que les lal- ques s'en sont meles davantage. Depuis ces types inimitables des XII e . et XIII'. siecles, a 1'edification desquels les moines avaient preside", jusqu'au jour oil 1'influence protestante est venue achever de depouiller les temples de leurs formes inspires, quelles al- teintes graves porlees aux vrais principes de 1'art et du gout n'a- t-on pas a deplorer? Et a quelle decadence ne nous condamne pas encore, Theure qu'il est, 1'intervention de plus en plus en- vahissante des administrateurs de toute sorte , les exigences des 150 COlfGRES CENTRAL DES ACADEMIES. budgets et les instructions gouvernementales? Nous aurons bien- t6t, nous avons dej'a, pour nos eglises , un style bureaucratique , sec et laid, qu'il faudra suivre bon gr6 mal gre". La passion de la regularity domine le Conseil des bailments civils; on veutabsolu- ment que toules les parties correspondantes d'un Edifice soient identiques; tout est soignensement stereotype, comme une piece d'indienne ou de colonnade. On a exige a Ste.-Clotilde de Paris et pour St.-0uen de Rouen deux tours, deux fleches rigoureusement pareilles. Voyez done si les deux tours de Notre-Dame de Paris sont copi^es 1'une sur 1'aulre ; elles sont symetriques , soit ; elles font le m6me effet general; mais chacune d'elles pre"sente un des- sin nouveau, des details differents. II en est de cela , comme de la rime franchise; 1'oreille vent que les desinences soienl semblables; mais les mots ne sont jamais les monies ; les rimes elles-me'mes sont masculines ou feminines pour eviter une insupportable mo- notonie. M. d'He"ricourt a repousse" IMconomie dans les edifices religieux ; je la repousse aussi de toutes mes forces ; je proteste centre le bon marche" , centre Temploi des metaux re"sistants dont on a parle*. L'emploi des metaux amene les formes seches et maigres que tout le monde deplore ; bien plus, il permet, il autorise 1'in- tervention de la machine ; il produit 1'aplatissement du moule; il etouffe Tintelligence et ne laisse plus de place pour ces puissantes empreintes du ge*nie qui etaient un hommage de plus rendu a la Divinite". Je condamne egalement la precipitation dans ces sortes de travaux : je ne voudrais plus de ces achevements a jour fixe, dans le delai de tant de mois ou tant d'annees ; c'est la mort des conceptions originales et grandioses. On ne batit plus , on confec- tionne des e"glises comme des chalets pour le bois de Boulogne : comment voulez-vous que Tinspiration se trouve la? C'est comme si vous en cherchiez la moindre trace dans ces romans de Michel L6vy, a vingt sous, commandes a epoque fixe et qu'on ne peut re- tarder seulement d'une heure sous peine d'en manquer la vente. Ah 1 neparlong point de bon marche a propos d'oauvres d'art ; ayons de la patience : donnons le temps a 1'architecte de produire et de murir ses ide"es; ne jetonspas au moyen-age, comme un reproche, SESSION DE 1859. 151 les mots: Pendent opera interrupta. >r To\is ceux qui ont vu Tad- mirable chceur de la cathe"drale de Beauvais excuseront 1'artiste d'avoir interrompu son ffiuvre, et de n'avoir pas trouve" le temps de Tachever. M. de Glanville, interprete de toute r Assembled, fe"licite 1'ora- teur de son eloquente improvisation et s'applaudit lui-meme d'avoir, par ses observations sur la question qui s'agite, surexcite" la verve si inte"ressante de M. Bordeaux. On passe ensuite a 1'examen de la 15*. question du programme ainsi conc.ue : Les plans d'alignement des villes, arr6te"s ofBciellement pendant le premier tiers de ce siecle , ne devraient-ils pas etre revises par toute la France , afin de faciliter la conser- vation de morceaux d'architecture , dont on ne comprenait pas 1'importance lorsque le trace de ces plans a e"te" fix6 ? M. de Glanville se plaint de ce qu'i Rouen, par exemple, dans les nouveaux alignements dont on s'occupe, on menace de faire disparalre deux maisons de bois extrSmement remarquables et une ancienne eglise, i'eglise St. -Andre". Onpeut etre sur, dit M.Raymond Bordeaux, que du moment qu'une maison gothique existe quelque part dans une ville , elle doit disparaltre dans un temps donne*. On applique aujourd'hui, pour les alignements, des plans dresses de 1800 & 1835 et dans lesquels les architectes ont eu le soin de tout sacrifier aux batisses modernes, aux bicoques de leur invention. Si Ton veut conserver un cote de rue , on gardera pre"- cieusement le cote des facades blanches, bien platre"es, bien car- rees , bien plates , et tout le reste , particulierement ce qui est orne", sera abaltu. A Caen, les anciennes maisons de bois & pignon n'ont plus, ace qu'il parall, long-temps a vivre. A Rouen, la su- perbe fontaine qui est a cdte" de la grosse horloge doit avoir le m6me sort. A Lisieux, les deux charmantes maisons de bois de la rue aux Fevres sont frappees d'alignement. Depuis dix ans, toutes les villes sont prises d'un beau zele , elles refont toutes les aligne- ments de leursrues; c'est^une veritable contagion. Les travaux 152 CONCHES CENTRAL DES ACADEMIES. s'ex^cutent sur des plans arrete"s il y a trente ans et que les maires ou les Conseils municipaux ne veulent plus faire modifier, parce que le Conseil d'Etat a prononce". Les maisons gothiques n'ont done plus qu'une existence precaire. Dans cerlaines villes , on pourrait peut-etre encore en sauver quelques-unes; mais,dans deux ou trois ans, il sera trop tard. A Orleans, on est parvenu a conserver plusieurs maisons anciennes, en les faisant conside"rer comme Edifices publics. Mais c'est la un moyen herolque et qui ne reussirait pas partout. Verneuil a eu le bonheur de garder presqu'intacte sa physionomie du moyen-age et eel a malgre" les combinaisons de je ne sais quel architecte qui avail re*solu, dans un plan propose, de faire sauter toutes les maisons a tourelles. Dans chacune de nos villes les Socieles academiques doivent done se pr^occuper du danger que les changements modernes font courir aux anciennes constructions , et protester energiquement contre les plans qui sacrifient, expres, des richesses monumen- tales que Ton est impuissant a remplacer, et que Ton regrettera amerement, lorsqu'il n'en sera plus temps. M. Bourdin , tout en s'associant a ce que les reclamations du pre"opinant ont de juste, voudrait qu'on fit cependant la part des ne"cessite"s. A Rouen , par exemple , lorsqu'il s'agit de percer ou d'&argir une rue (el cela est quelquefois indispensable), on rencontre partout d'anciens monuments. Il faut cerlainement res- pecter les plus respectables; mais, d'un autre cote", on ne peut laisser subsister des rues etroites, malsaines, ou le soleil n'arrive jamais; ces rues fmiraient par etre describes et on aurait ainsi une; ville sans habitants. Il faut se garder, dans ces sortes de questions , d'etre trop exclusif. L'administration de Rouen fait son devoir avec mesure et intelligence et ne merite pas d'etre blamed. M. Bordeaux re"pond qu'il a demande seulement qu'on revise a fond les plans dresses , il y a quelques ann^es, dans I'intention 6vidente de detruire ce qui est ancien; que Ton perce des rues, rien de mieux, mais en epargnant les batiments dignes d'interet ; il suffit d'abattre les bicoques qui abondent. M. Bourdin r^pele que les architectes de Rouen font tous leurs SESSION DE 1859. 153 efforts pour e"viter de regrettables destructions , et quMl n'y a aucun reproche a leur faire & cet e"gard. M. le comte de Bonneuil deplore qu'il soil laisse* aux municipa- lite"s tant de facilite"s pour appliquer la loi sur les e"largissements de la voie publique. Ainsi n'est-il point facheux,au dernier point, que le chevet de lYglise St.-Leu ait e"tesacrifie dans le percement du boulevard Sevastopol ? M. le President s'associe completement aux regrets de M. de Bonneuil et propose de passer a la discussion de la question sui- vante : L'isolement absolu des eglises dans les villes est-il desirable? Ne convient-il pas de maintenir autour d'elles un parvis ferme, un jardin ou un enclos quelconque , ainsi que cela a lieu en Angleterre? M. Maurencq observe tout d'abord qu'entourer les eglises d'un parvis, ou d'un jardin, n'est autre chose que de les isoler et les isoler de la maniere la plus convenableet la plus conforme an bon gout. Sans doule, ajoute M. Raymond Bordeaux , il faut se hater de raser les constructions ignobles que les administrations munici- pales onl Iaiss6 s'accumuler centre les Edifices religieux; mais il faut degager les e"glises avec discernement et bien se garder de tou- cher aux bailments remarquables qui les accompagnent quelque- fois et qui leur servent, la, plupart du temps, de d^pendances. Croirait-on qu'il se trouve a Rouen des gens qui regrettent qu'on ait restaure" le cloltre de St.-0uen? A Lisieux, on ne serait pas fach6 de faire disparaltre les batiments episcopaux que domine la cathedrale. A Caen, on a l'ide"e de degager 1'admirable eglise de St. -Pierre, non pas des injures du inarche voisin, non pas de la fontaine ridicule re"cemment planted sur le parvis, mais des bara- ques malpropres qui salissent les murs de 1'e'difice. Tout cela est tres-bien sans doute. Mais la municipality a un plan : le presby- tere, qui est ancien , doit etre traite comme les baraques et on feint de ne pas se douter qu'il est bati sur des substructions qui lont partie de Teglise el qui contiennent les sacristies. Le clerge" 15A CONGRES CENTRAL DBS ACADEMIES. de St. -Pierre proteste, et il araison, car le plan d'isolement absolu seralt une veritable mutilation. A Chartres, on songerait isoler la cathe'drale en abattant l'H6tel-Dieu comme on l'a fait & Orleans et a se mettre, par la, au ban des gensintelligents. M. de Glanville recommande d'exprimer le voeu que les bail- ments e"piscopaux , comme I'archeveche" de Rouen parexemple, soientsoigneusement preserve's. M. Bertrand voudrait qu'on se bornat a poser en principe que tout ce qui a trait a la construction de I'^glise , tout ce qui porte la meme date que 1'eglise , doit etre conserve".' M. de Montreuil trouve ce principe un peu absolu. II faut laisser faire le bon sens, qui, grace au ciel , est revenu parmi nous ; au commencement du siecle, on voulait effacer 1'histoire, c'etait folie. Ces ide"es-l n'ont plus cours, le respect des monuments se propage partout et fait chaque jour des progres. M. Hardouin craint beaucoup, an contraire , que , si Ton garde le silence , si Ton ne fait pas entendre de fermes reclamations, beaucoup de constructions remarquablesnedisparaissent d'icia peu de temps; maintenant, cela n'est que trop clair, on veut abattre tout ce qui gene et on ne s'arretera que devant une resistance 6nergique. M. Hardouin cite, comme exemple, la ville de Gu6- rande ( Loire-Infe" rieure ) , qui, a u prix de sacrifices enormes, a detruit une ancienne muraille du Xlll e . siecle pour substituer un passage a un impasse. M. Hardouin d6sirerait done vivement que les Societe"s archeologiques fissent entendre,'sur cet objet,desvoeux precis. MM. Bourdin et d'Hericourt, d'accord avec le pre"opinant , sont d'avis que le Congres emette un voeu pour demander la conser- vation de tous les edifices anciens dont le caractere archeologique est digne derespecl. Le Secretaire, Marquis DE FOURNES. SESSION DE 1859. 155 STANCE DC 98 AVRIL. Pr6sidence de M. MAHUL. Sie'gent au bureau : MM. DE CAUMONT, le marquis DE SIEYES, le comte D'ERCEVILLE , DEBAGQ , PROST et GAUGAIN. M. le Directeur presente un travail remarquable sur la topo- graphic gallo-romaine du departement de la Marne jusqu'au V'. siecle , par M. Savi , ingenieur du departement. M. Bizeul rappelle qu'il a demande" une Commission qui voulut bien prendre communication d'un me"moire sur les voies romaines qui etablissaient des communications entre les rite's de laGaule. Cette Commission, qui a etc" precedemment composed , se ras- semblera, a trois heures, chez M. de Caumont. M. Gadebled pre"s6nle son rapport sur le systeme de notation employe" dans la carte de Peutinger , en reponse a la question suivante : Quelles inductions peut-on raisonnablement tirer des signes employes, sur la Carte de Peutinger, pour indiquer 1'im- portance relative des villes et determiner les circonstances qui donnaient & quelques-unes d'entre elles un caractere particulier? 156 CONGRES CENTRAL DES ACADEMIES. NOTE DE M. GADEBLED. Quelques te"moignages d'auteurs anciens e"tablissent avec cer- titude que les Remains ont eu des cartes ou peintures figu- rant les pays qui avaient e"le assujetlis a la Republique ou a 1'Empire. line peinture de ce genre , Or bis pictus , avail e"te" exposed par Agrippa aux yeux du peuple remain. Vegece nous apprend expressement que les generaux ou chefs d'armee de quelque habilete" , avaient, non pas seulement en e"crit, mais aussi en peinture, toute la description des contrees qu'ils devaient envahir ou tenir occupies. La carte de Peulinger, ainsi nommee du nom d'un notable habitant d'Augsbourg, qui la posse"dait dans le XVI e . siecle, est 1'unique monument de ce genre qui nous soit parvenu de toute 1'antiquite. Elle existe actuellement a la Bibliotheque imperiale de Vienne : elle se compose de onze feuilles de parchemin soigneusement assemblies, offrant chacune 21 pieds de longueur sur 1 de hauteur. Des deux ecrivains, Scheyb (1) et Mannert (2), qui ont donne" les plus amples commentaires de ce monument, Tun, Scheyb , a admis qu'il e"tait du temps des derniers empe- reurs ; le second, Mannert, demontre que cette carte est vraisemblablement 1'oeuvre d'un moine de Colmar , celui de qui est le temoignage ainsi enonce dans les Annalia Colma- ricnsia: Anno mundi 1265, mappam mundi descripsi in pelles duodecim pergamenl Les caracteres sont de ceux dont le XIIK siecle a fait le plus d'usage. La feuille extreme a 1'occident , qui comprenait 1'Espagne entiere et 1'Angleterre en plus grande partie , y manque. Ceux qui ont appele celte carte Table Theodosienne ont eu e"gard a Topinion de Scheyb qui en reporte Texecution a la (1) Christ, de Scheyb , Peutingeriana Tabula itineraria. Vin- dobonaj 1752. In-folio. (2) Conradus Mannertus , Tabula itineraria, seri incisa , denuo cum codice collata. 1825. Petit in-folio. SESSION DE 1859. 157 quinzieme anne"e du regne de Th6odose-le-Grand. Mannert a preTere croire que la figure de 1'Empire , comme elle y est trace"e , re"pond a l'6tat de division des provinces au temps d'Alexandre Severe , entre les anne"es 222-235. Dicuil , e"crivain geographe du IX C . siecle , avail eu sous les yeux une carte du monde romain qui pouvait 6tre celle que The"odose-le-Grand avail fait exe"culer par quelques familiers de son palais, comme 1'expriment ces deux vers : Famuli, dum scribit, pingit et alter mcnsibus exiguis , vcterum monumenta secuti. Or, ce texle permel de concilier 1'opinion de Scheyb avec celle de Mannerl , puisqu'il esl possible qu'une carle du temps de Theodose-le-Grand , tracee a la hale sur des documents plus an- ciens,soil la figure de 1'Empire romain au temps d' Alexandre Severe. Peutinger avail oblenu en 1511 un privilege imperial, afin de publier celle carle ; il ne s'en servil pas. Apres sa mort, survenue en 1547 , la carle ful long-lemps egaree ou cached. Au boul d'un intervalle c|e 40 ans, Marc Velser, e"rudit Eminent, allie de Peutinger, se decida a faire graver deux fragments qui semblerent, dit-il, avoir ele" dessine"s d'apres Texemplaire enlier (1), On les avail relrouve"s dans le cabinet de Peulinger, inter reliqua Litteraria cimelia. Cette gra- vure, inlerpr^lee par un commenlaire de quelque 6lendue , esl intilulee : Fragmenla Tabula antiqua ex Peutingcro- rum bibliotheca , edenle et explicante Velsero. Venetiis , 1591 ; apud Aldum. In-Zr. Les deux pieces gravees que Brunei, dans le Manuel du libraire, dil elre sur bois, sem- blenl elre sur cuivre. Elles onl pris place, avec la r&mpression du Commenlaire de Velser , dans le grand ouvrage de Bertius, Theatrum geographies, veteris , 1618, el dans 1'edilion des OEuvres de Velser, par Ghrislophe Arnould. Nuremberg, 1682. On ignore, a ce qu'il parait, si les deux manuscrits ont et6 conserves. L'abb6 Leboeuf en avail parle dans TAcad^mie des Inscriplions , comme s'il les avail vus, mais sans dire en quel cabinet : (1) Scbedae; duae quas ex Tabula ista delineatas appareret. 158 CONGRES CENTRAL DES ACADEMIES. Ges fragments sont tous deux en papier, representant f une partie des Gaules. Le savant acade"micien determine a l'age de Tun et de Tautre; il fixe celui du premier au commencement du XIV e . siecle ; les distances y sont mar- quees en chiffres arabes , dont 1'usage ne remonte pas plus haut. Ce premier indice est fortifie" par un second : c'est la forme des chateaux , des tours , des pavilions , des cre"neaux dessines sur cette feuille , tels qu'on les construisait alors , comme nous en pouvons juger par ceux des edifices de ce temps-la qui subsistent de nos jours. Le second fragment est un peu plus ancien. Les chiffres romains et le gout plus grossier d'architecture qu'on y re- * marque , annoncent le commencement du XIll e . siecle ou la fin du XIK ( Histoire de I' Academic des Inscriptions, 1753 , p. 252 ). " II est assez digne d'attention que , sur ces deux fragments , les voies ou routes sont tracees en lignes sinueuses , ce qui est conforme a leur veritable trace, tel qu'on le retrouve assez gene"ralement , au lieu que , sur 1'exemplaire entier , ce sont des traces rectilignes unis par des jonctions angulaires. Sur le 2*. fragment, les vues ou esquisses de villes et de monuments sont analogues a celles du grand original , tandis que, sur le premier, les vues ou perspectives des villes sont autant de dessins diflerents , tels qu'ils ont pu e" tre faits par un homme , dessinant d'apres des souvenirs. Velser dit les avoir fait reproduire par le graveur avec une scrupuleuse fidelite , jusque dans le plus petit detail , laissant dans la gravure des erreurs qu'il indique ou rectifie dans le Commentaire (1) , et il ajoute : Celui qui , dans la reproduc- tion de ces anciens monuments, he"siterait a encourir le re- proche de superstition , ne serait pas assez religieux. Ces fragments, offrant la representation de la Gaule et des rives anglaises de la Manche , seraient d'un grand prix pour (1) Maxima minima pari diligenlia exprimenda curavi , etiam errores manifestos in explicationibus quam in schedis corrigere raalui. SESSION DE 1859. 159 I'arch^ologie francaise , si Ton croyait que Tun des deux , au moins le premier, fut un original ou le fragment d'un aulre original que la Table de la Bibliolheque de Vienne. Mannert a pense" que ces copies etaienl dues a Peutinger (1) et les considerait comme deux essais, dont celui-ci n'avait pas e"te" satisfail (2). II se pourrait que le re"cit de la disparition de la grande carte pourtant reproduite par la gravure et mise au jour chez Ortel , a Anvers, en 1598, ainsi que la publicite pre"alablement donne"e a des fragments, accompagnes d'un commentaire savant sur la geographic ancienne de la Gaule, n'eussent etc" qu'un de ces artifices d'e"diteurs aussi connus du XVI e . siecle que du notre , recourant a un moyen de faire attendre et accueillir avec plus de faveur un ouvrage long et dispendieux que Ton avail long-temps he"site a tenter. L'edition ou cuivre de la carle entiere , donl plusieurs lirages successifs ont e"te joints aux QEuvres de Bertius, Velser, Hornius el Bergier , esl une reduction diminuee sur la longueur de pres des deux tiers : et les perspectives monumentales ont ete embel- lies sous le burin du graveur. La gravure que fil faire Scheyb par le graveur Salomon Kleiner , pour la joindre a son grand me"moire , offre tous les objets reporles dans leurs dimensions et avec leur configura- tion. Elle est le caique de 1'original. Les exemplaires joints par Mannert a son memoire , sont des tirages de ce mme cuivre retouche en 40 endroits environ, ou les chiffres et les orthographes des noms de lieux oflraient des erreurs. En 1825, deux graveurs, Sam. Lehnhardl el Franc-Karacrz, donnerenl a Pesth , sous les auspices et aux frais de 1'Uni- versile des sciences de Hongrie , un aulre lirage de ce m6me cuivre , sans lexle ni ouvrage. (1) Schedae duae Peutingeri cura olirn operi excerptae. (2) A suo incepto abstitit , prima quae inde extracta erat inspecta scheda , denuo altera quarum nulla satisfecit Peutingero, ut et nobis non satisfaciunt. 160 CONGRES CENTRAL DES ACADEMIES. Ce n'est pas de tous points tin veritable fac-simile. Mannert, dans sa Preface , page 1 , dit : En rapprochant de Torigi- nal la gravure de Scheyb , on voit que les formes et les caracteres des lettres qui sont de Tecriture lombarde, assez difficile a imiter , n'y sont pas ressemblantes. Pour rem6dier a cette defectuosite" , qui est generate , on aurait a en recom- mencer toute la gravure. II est fort vraisemblable que celte carte du monde , assem- blage des cartes strate"giques des provinces , a ete trance pour 1'usage de 1'Empereur et des officiers de sa maison , et qu'ils y 6tudiaient, au moyen de ces trace's, les mouvements et les sejours des armies. On ne saurait croire que la transcription due au moine du XIII e . siecle ait e"te entierement fidele. 11 commenca vrai- semblablement son trace par la region ou il re"sidait ; c'est pourquoi sans doute les* dimensions des chemins et des ar- bres sont beaucoup plus grandes dans la parlie qui avoisine les Vosges , que dans aucune autre du monde. Quelques details ou annotations sont d'un auteur Chretien. En regard de la ville de Rome , un Edifice porte la suscrip- tion : Ad sanctum Petrum. Entre la Mediterrane et la mer Rouge , on lit que c'est la le desert dans lequel les fils d'ls- rael ont erre" pendant ZiO ans, sous la conduite de Moi'se. Pres de Jerusalem se lit : Mons Oliveti ; en Sardaigne, le mot Crucis. Pour ces annotations, la carte , modele primi- tif, ne saurait etre plus ancienne que le siecle de Th^odose- le-Grand. On a dit plusieurs fois que c'^tait une oeuvre tres-informe. Toutes les surfaces et distances y sont en disproportion. La Mediterran6e y parait comme un large fleuve. L'ile de Crete y est plus grande que le Pelopoimese. L'ile de Chypre y occupe aulant d'espace que la Sicile, et 1'isthme de Suez y est ^gal en surface a la moitie" de 1'Egypte. Les dix-huit degres de longitude qu'elle embrasse s'y eten- dent sur une longueur de 22 pieds, et treize degres de latitude n'y occupent qu'un pied. SESSION DE 1859. 161 Un ge*ographe du dernier siecle , Buache , a pourtant e"te" d'avis (voir VHistoire dc I' Academic des sciences, anne"e 1761 ) que le raccourci de celte carte etait du genre de ceux qu'on voit dans quelques ouvrages de perspective. G'etait une carte itineraire. Or, les routes s'etendaient presque toutes dans le sens de Test a 1'ouest , et Ton avait a s'en servir dans ce sens, plus que dans celui du sud au nord. Une carte, que ce me" me ge'ographe construisit, en prenant une echelle pour les longitudes beaucoup plus grande que pour les latitudes , se trouva assez ressemblante a celle de Peutinger. II est probable que le dessin du monde romain fut accom- niode" de facon a trouver place sur un parchemin en rouleau prepare* comme pour tout autre manuscrit , et plus facile a transporter que s'il eut ete d'une largeur qui fit les latitudes proporlionnelles aux longitudes. Dela vientque I'ltalie, la region nord desGaules, le cours du Rhin et aulres fleuves,s'y presentent dans des situations qui ne satisfont pas aux donnees de 1'orien- tation, prises d'une observation simple de la marche du soleil. Si Ton admet que la carte du monde romain , telle qu'elle a 6te conserved , ait ete" faite pour 1'usage de 1'Empereur et de ses officiers , cette conjecture donne le moyen de preciser ce que signifiaient les dessins , figures de monuments ou em- preintes qui y sont ported. Scheyb en a dit quelque chose, p. 64. Selon eel auteur, les diverses figures qu'on y voit dessinees ca et la ne sont pas du seul fait des scribes ou des dessinateurs : elles ont pour but d'indiquer Pimportance des lieux , municipes , villes , places , stations ou lieux de sgjour. 11 lui semble que les graveurs , a qui Velser confia les premiers fragments , ajou- terent trop d'ornements de leur fantaisie : non satis rcligiosd industrid adiculorum formas pro suo arbitratu exorna- verunt. L'original offre des colorations qui sont : le vert, pour la mer et les fleuves ; le jaune , pour les montagnes et les faces verticales des batiments ; le rouge , pour les toitures ; et les exemplaires du tirage de Mannert ou des graveurs de 11 162 CONGRES CENTRAL DES ACADEMIES. Pesth, qui ont e"t colortes avant d'etre livres au commerce, ne concordent pas lous entre eux sous ce rapport. Les chiffres inscrits sur les traces des voies indiquent, selon Bergier ( Traitt des grands chcmins de I' Empire romainj, les milliaires ( milliare milliarium ). Le peu d'exactitude des dimensions ne permet pas d'y reconnailre les distances. On aperc.oit , sur la carte entiere , 35 batiments de configura- tion quadrangulaire et conformes a un meme type. Sur ce nombre , 28 portent une designation qui signifie thermes , eaux thermales, aquas, aquis, suivi d'un adjectif , calidas , calidis , ou d'un mot de consecration , Gasaris , Herculis. Ces lieux ou bailments etaient sans doute recommande's aux Empereurs ou aux chefs des armies, pour etre leurs quartiers , a cause des sources qui offraient , pendant la saison froide , la chaleur, et , en toutes saisons , les bains presque in- dispensables aux Romains dans leurs habitudes. Julien 1'Apostat se plait & raconter , dans son Mopogon , 1'hiver qu'il a passe a Paris dans le palais des Thermes (1) , sous un climat tres- doux. De meme Charlemagne passait Thiver & Aix-la-Chapelle (2). Quelques autres enceintes sont de"sign6es ad pratorium. Ce sont des camps pr&oriens ou des lieux de casernement. Deux tours accouplees se rencontrent 300 fois environ dans toute Tetendue de la carte. II est assez constant que ies lieux ainsi marques , dans notre pays , ont eu sous les Romains des enceintes fortifiers. Ces lieux etaient soit des castra, soit des municipia, ou r6sidaient des gouverneurs avec des garnisons. Des magasins , ad horrea , se reconnaissent dans quelques batiments. Quelques Edifices peuvent avoir ete des temples, ad Dia- nam, temptum Augusti. II y a des dessins qui semblent etre les perspectives memes (1) Ervy^avov lyw ^sifiav Trapa TIJV yi^v Aouxsrtav. (2) Anno Christ! 804, Imperator Aquis hiemavit , aestate veto in Saxoniam cum exercitu perrexit. Sigebertus Gembl. et chrosographus Saxo. SESSION DE 1859. 163 des lieux : lels sont le port VOstic , Fossa Mariana , les villes de Nicte , de Nicomedie , frAquilee. Beaucoup de noms sont portes sous une orthographe dou- teuse. Les figures ou empreintes convenues n'ont pas e"te" appliquees partoul ou il y avail lieu de les metlre , el Ton decouvre enfin des erreurs dont la realite" est hors de doute. Cassel , Castcllum Mmapiomm , est marque entre Bou- logne, Gessoriacum , et Therouanne, au lieu que, comme I'indique 1'Iline'raire d'Anlonin , Therouanne est situe entre Boulogne et Gassel. Mediolanum Aulercorum n'est, dans aucune hypolhese ou opinion , situe sur la rive droite de la Seine, comme le montre la carle ; il est sur la rive gauche et a une distance de huit lieues au moins de ce fleuve. Ces deux seuls exemples rendent assez evident que la carte de Peutinger reclame une critique tres-attenlive , de la part de ceux qui en feront usage pour des Etudes de geographic ancienne et d'hisloire locale. Il ne nous etait guere possible d'oblenir au-dela des vraisem- blances dans nos explications sur les details d'un monument si pre"cieux. mais si de"fectueux. M. Gadebled recoit les remerciments de 1'Assemblee. On passe aux 17"., 18*. et!9 e . questions du programme : 17 e . L'hisloire des anciens palais episcopaux en France est- elle faite? Leur architecture a-t-elle ete decrile partoul? 18 e . Sait-on a quelle e"poque remonte Torigine de ces e"di- fices; comment les eveques en sont devenus proprietaires et quelle 6lait, dans les cites gallo-romaines , la destination des terrains sur lesquels, au moyen-age, out 616" e'levees les habila- lions episcopates, decanales et canoniales? 19% Quels sont les anciens palais e"piscopaux aujourd'hui rendusaux eveques? finumerer les villes ou ces Edifices, con- a tigusaux cathedrales, servent encore de prefectures ou de Iri- bunaux. Ces affectations civiles ne sonl-elles pas regrettables au point de vue de la conservation de ces Edifices , el ne con- 164 CONGRiS CENTRAL DES ACADEMIES. a viendrait-il pas d'apporter remade a cet etat de choses ? M. Prost fait remarquer que cetle histoire n'a jamais ete entre- prise. Pour le palais Episcopal de Metz, on salt qu'il etait place tres-anciennement dans Tangle de 1'eglise, au has du collateral droit de la cathedrale. Ce palais etait primitivement le palais des rois d'Austrasie, il devait etre celui des empereurs d'Allemagne. Une discussion s'engage sur 1'etat actuel des palais episco- paux. Plusieurs membres donnent les renseignements suivanls : Le palais episcopal de Toul, dusiecle dernier, sert de sous-pre- fecture, de mairie et de bibliotheque. A Sens , le palais archiepiscopal dont M. Pernot pre"sente un tres-beau dessin a la mine de plomb, est un des meilleurs types de rapplieation de 1'architecture ogivale aux Edifices civils. A Bourges , 1'eveche est heureusement reste a sa place , niais il a ete reconstruit et est moderne. Il en est de meme a seez, ou e palais Episcopal a ete rebati au XVIIl e . siecle. A Langres, Tev6ch6 etait situe a St.-Mamert; aujourd'hui, il est dans une maison particuliere. " A Metz , 1'eveche" a etc" deplace , il est loin de la cathedrale. Au Mans , il a ele" deplace , et il ne reste que des ruines de l'ancien. A Vannes , l^difice de Teveche sert de prefecture. ALaon, il est devenu le Palais-de-Justice. M. de Caumont a public", dans \eBulletin monumental et dans son Abecedaire d'ar- cheologie, une vue des parties les plus inte"ressantes de cet edifice. A Poitiers, Teveche loge la prefecture. A Verdun, Teveque est loge" dans 1'hotel de Tabbe de St.-Di6. A Arras, Teveque habite la grande abbaye de St.-Waast. A Auxerre , comme en trop d'endroits, Te" veche est devenu la prefecture. A Mende aussi, le pr6fet est install^ dans le palais episcopal, dont 1'antique architecture n'a pas gagn6 a cette occupation. A Bayeux , le Tribunal occupe une partie de 1'eveche. A Rouen et a Evreux, 1'^veque habite les anciens palais qui se trouvent pres de la cathedrale et sont de style gothique. M. Gosse rappelle qu'a Geneve on a detruit, il y a SESSION DE 1859. 165 rancien e'vSche' pour construire une prison. A cette occasion, on a fouille" le sol avec une grande sollicitude: on a trouve" surcet emplacement des substructions romaines, les ruines du palais de Gondebaud. Le palais etait separe de la cathe"drale par une petite rue. M. Raymond Bordeaux estimo que les palais e*piscopaux, balls sous 1'influence des idees cle'ricales , ne peuvent guere s'adapter aux usages de la vie mondaine et au service des bureaux. Le prefet y est mal loge. Alors on a recours a des grattages , a des modifications qui changent completement ou mutilent ces an- dens edifices. II cite, a ce sujet, ce qui s'est passe" a fivreux , ou la prefecture etait, avantl821, logee dans 1'ancien palais Epis- copal. Ce vieux chateau golhique est au pied de la cathedrale; or, le son des cloches faliguait les oreilles du preset, que les murs gris de l^glise et les chants funebres des enterrements attristaient. Le prefet est done de"loge, ce qui a sauve" le palais gothique que les etrangers admirent aujourd'hui. II est alle", en 1821, habiterun btiment moderne et spe"cialement arrange pour la prefecture, et re"veque est rentre* dans 1'ancien e'veche'. II 'croit que cet exemple pourrait etre suivi et que, dang beaucoup de departements, il y aurait avantage a rendre les anciens e'v&che's aux evfeques, el a batir des prefectures ad hoc. II espere que ces idees se repandront dans les provinces, par Tinfluence des Soci6tes savantes. M. le comte de Mailly croit que, pour donner a la Societe" fran- jaise d'arche"ologie pour la conservation des monuments et aux autres Socie"te"s arche"ologiques 1'influence ne"cessaire k leur ac- tion , il faut que le Gouvernement fasse droit a leurs re*clamations et ne les traite pas aussi legerement qu'il le fait habituellement. M. Raymond Bordeaux estime que c ! est par Topinion publique qu'on arrivera a exercer une influence efficace bien plutot que par la bureaucratic. M. Challe fait appel aux principes de la saine economic admi- nistrative ; il cite ce qui s'est passe" dans le de"partement de TYonne : le palais d'Auxerre , confisque" en 1790 , a e"te" livre", a cetteepoque, a 1'Administration departementale ; mais quelles 166 CONGRES CENTRAL DES ACADEMIES. mutilations n'a-t-il pas subies depuis soixante ans ? Chaque nou- veau prefet arrive avec des idees difterenles d'appropriation , et il s'ensuit des demolitions successives qui detruisent les parties les plus interessantes de ce beau palais. Avec ce que ces repara- tions, changements, etc., ont deja coute au departement de 1'Yonne, et qu'il evalue a plus de 900,000 fr., on aurait bati trois prefectures tres-conforlables ; tandis que le premier magistral de ce departement, malgre. ces depenses enormes, n'est encore que fort mal loge et fort mal inslalle administrativement. M. Duval de Fraville demande quo les proces-verbaux des seances du Congres soient envoyes a MM. les Prefets, qui pour- ront y puiser d'utiles renseignements. M. de Caumont craint que MM. les Prefets n'aient pasle temps de lire ces proces-verbaux et ne les traitent avec indifference; du resle, il ne demande qu'a faire droit a la proposition de M. de Fraville. M. Prost , delegue de TAcademie imperiale de Melz , expose que, depuis cinquante ans, la residence episcopate, a Metz, a 616 transferee dans une partie de la ville assez eloignee de la calhe- drale. A 1'ancien palais a succede un marche couvert, et des rues qui n'exislaient pas aulrefois se"parent maintenant de la calhedrale cet emplacement qui lui etait autrefois contigu. Le palais episcopal a occupe, jusqu'a la fin du XVIIP. siecle, cet emplacement contigu a la cathedrale, sur lequel ont existe", presque jusqu'a nos jours, de nombreux et importants debris de constructions romaines. Des la fin du XII*. siecle , les ev6ques de Melz reprenaient en fief des empereurs ce palais , parmi les di- vers membres de leur temporel. II est permis de croire que cet emplacement avail ete occupe d'abord par un etablissement re- main considerable , et que les edifices qui le couvraient , apres avoir traverse Tepoque auslrasienne , avaient encore assez d'im- portance , aux IX'., X*. el XP. siecles, pour devenir alors le siege de Tinstallation des empereurs et des rois d'Allemagne a Metz. Enfin , les empereurs donnerent en fief aux evfeques cette residence, dont ils reprenaient, du reste, possession quand ils vi- silaient la cite. SESSION DE 1859. 167 M. le eomte d'H^ricourt pense , comme plusieurs des preopi- nants, qu'il est regrettable que les anciens palais e"piscopaux soient entre les mains de I'administration civile. Sur la proposition de M. Delrue , le Congres decide qu'un tra- vail de statistique sera fait pour connaltre quels sont les palais episcopaux qui servent de prefecture ou de tribunaux. M. 1'abbe" Noget-Lacoudre fait part au Congres d'un projet de vitraux pour la chapelle de son seminaire. Get inte"ressant pro- gramme a ete public" dans le Bulletin monumental, t. XXV, ou on peut le lire. M. Noget re$oit les felicitations du Congres pour cette grande composition. L'ordre du jour appelle ensuite 1'examen de la 20 e . question , ainsi concue : L'origine des chapitres cathedraux est-elle bien connue ; & quel siecle remonte leur fondation en France? M. Hardouin, delegue d' Amiens, appelle 1'attenlion du Congres sur la distinction a etablir entre les chapitres re"guliers et les cha- pitres secularises. C'est la une mine feconde a exploiter, et dans laquelle il serait tres-mte"ressant de porter la lumiere. M. Prost, de Metz, pense qu'il y a, avant tout, un point a pr- ciser : c'est de determiner a quel moment s'est fait le partage des biens entre les chanoines et P6ve"que. II croit qu'il conviendrait de rechercher dans quelles circonstances ils ont vecu sous le regime de la regularite , et a quelle e"poque les chapitres ont subi une nouvelle transformation , c'esl-a-dire ont eu une existence inde- pendante. M. Raymond Bordeaux dit qu'on trouve bien que des chapitres ont ete dotes par des bienfaiteurs, mais que tout ce qui est ante- rieur a Hugues Capet est inconnu. On sait qu'ils posse"daient par ce qu'ils possedent,et qu'auXIII". siecle les chapitres jouissaient d'une existence inciependanle. M. Bordeaux termine en faisant remarquer que les habitations des chanoines etaient toujours groupees dans le voisinage des cathe'drales. M. Ch. Gomart cite une charte de Richard, due de Normandie, de 1'an 1015, qui fait une donation pour la table commune des 168 CONGRES CENTRAL DES ACADEMIES. chanoines de St.-Quentin. Si Ton en croit Vllistoire de I'tglise de St.-Qucntin, parQ. de Lafons , c'est du temps du comte Othon (environ 1045) que le doyen et les chanoines auraient divise les revenus de laCommunaute en soixante-douze pre"bendes. On pour- rait done placer de 1015 a 1045 1'epoque oil les chanoines de St.- Quenlin ont passe de la vie reguliere a la vie se"culiere. La seance est levee a 3 heures. L'nn des Secretaires-gdneraux , Ch. GOMART. STANCE DD 9 AVRIL. Presidcnce de M. Nicias GAILLABD, president a ia Cour de cassation. Sie"genl au bureau : MM. DE CAUMONT, le marquis DE CARAMAN, le comte DE MELLET, DE LA LONDE, de Rouen. M. le marquis de Fournes, secretaire-general, lit le proces- verbal de la seance du 27, qui est mis aux voix et adopte. M. le Directeur communique & 1'Assemblee une lettre du Cornice agricole d'Auxerre qui delegue, pour le representer au Congres , MM. de Bogard et Lepere. M. Gueranger, du Mans , exprime ses regrets de ne pouvolr assister, cette annee, au Congres. PROGRES D L'ARCHEOLOGIE EN 1858. M. de Mellet est appe!6 a trailer les deux questions sui- vantes : Quels ont e"te les progres de I'arch6ologie en 1858? a Quelles ont ete les principales publications arche"ologiques pendant cette m^me anne"e ? M. de Mellet s'exprime en ces termes : II y a ici deux ques- tions a considerer : la premiere se rapportant plutot a un cote* pratique , et la seconde embrassant plutot la theorie ; questions qui pourraient donner lieu a des developpements considerables f SESSION DE 1859. 169 mais au sujet desqueiles je me bornerai aux fails suivants : I Je trouve, dans un article re"cent des Annales archtologiques, un tableau de l'6tat actuel de I'arch^ologie pratique en France. Depuis dix ans , il s'est construit en France plus d'un millier d'^glises gothiques , et a I'heure qu'il est , il en est peut-etre encore un millier sur chantier : sans parler des restaurations nombreuses qui se sont faites. Parmi les eglises qui viennent d'etre termine'es ou qui se terminent en ce moment , nous ci- terons les suivantes: L'e"glise ogivale de Bon-Secours , pres de Rouen , qui a coute pres de 3 millions, et qui est due, avant tout, a son Eminent cur6, M. Godefroid, et ensuite, a M. Barthe"lemy, architecte du plus grand merite; L^glise de St.-Cle"ment de Nantes , cath6drale en style du XIII*. siecle , construite par M. Liberge; l^glise de Long6 ( Maine-et-Loire ) , XIII*. siecle , par les soins du cur6 , M. Massonneau ; L'e"glise de Notre-Dame-de-la-Treille , a Lille , ogivale; architecte , M. Leroy ; ABayonne, 1'eglise de St.-Andr, XIII 6 . siecle, construile par MM. Hippolyte Durand et Guichenn6 ; elle sera terming en 1859 et aura coute ^00,000 fr. ; A Rouvres-en Xaintois (Vosges), e"glise du XIII 6 .; siecle; prix : 32,000 fr.; A Belleville , pres Paris , charmante 6glise ogivale du XII'. siecle , construite par notre tres-regrettable M. Lassus ; A Paris meme , 1'eglise du Jesu , XIII*. siecle, 61ev6e par les Peres Jesuites ; A Notre-Dame de Paris , restitution d'une fleche centrale , et continuation des beaux travaux de restauralion entrepris par M. Viollet-Leduc. A 1'heure qu'il est , nous posse"dons en France plus de 300 fabriques de vitraux. Tous les jours , s'elevent de; nouvelles fabriques de carreaux e"mailles et d'objels d'art de toutes sortes, inspires par 1'e.tude du moyen-age. M. Didron vient d'ajouter a sa fabrique de vitraux une vaste fonderie desli- 170 CONGRfeS CENTRAL DES ACADEMIES. ne'e & reproduire en bronze les plus beaux modeles en tout genre que nous a legue"s la seve si fe"conde de nos aiieux. Si nous passons maintenant , Messieurs, aux publications arche'ologiques qui ont paru en 1858 , nous trouvons encore une vaste mine a exploiter. Les grandes publications se con- tinuent ; les Socie'te's academiques fournissent de nombreux travaux ; tous les sujets sont abordes , et je trouve qu'en 1858 les Annales archeologiques ont rendu compte de trois cent soixante ouvrages divers. Au milieu de ces richesses, nous nommerons, comme apercus, les ouvrages suivants: Les Entretiens sur I'archilecture t par M. Viollet-Leduc ; Le Dictionnaire du mobilier francais* avec de delicieuses gravures sur bois , par le m6me auleur ; Panoplie europeenne, par M. Micol , conservateur hono- raire du muse"e de Bordeaux : 100 lithographies in-folio en couleurs , par M. Gustave Gerlier ; fctudes sur les abbayes cistercicnnes ct leur dial interieur, par M. d'Arbois de Jubainvilie : ouvrage du plus grand me'rite ; GEuvres poetiques d'Adam de Saint-Victor, par M. Gautier. l re . edition complete ; L' Album de Villars de Honnecourt , illustre architecte du XIII . siecle ; ouvrage accompagne de commentaires , par M. Lassus; le tout public par M. Alfred Darcel; Collection archeotogique du prince Solticoff , publiee par M. P. Dubois ; Les EmaiLleurs de Limoges , par M. Maurice Ardant ; Vies des Saints du diocese dc Poitiers, par M. Tabbe" Auber; Le Palais Mazarin et les habitations de campagne et de ville au XV 7 e . siecle, par M. le comte Leon de Laborde. Enfin, VAbecedaire d'archeologie de M. de Caumont a 6te reimprime pour la A", fois avec de nombreuses additions. Je termine ici , Messieurs , cet expose rapide des etudes archeologiques en 1858 : vous jugerez comme moi , j'espere, qu'a aucune epoque elles ne furent plus ferventes. M. le comte de Bonneuil pense qu'il faut ajouter aux construc- tions signaleesa Paris, une modeste, mais gracieuse chapelle SESSION DE 1859. 171 construite dans 1'enceinte de Thospice le Prince, rue St. -Domi- nique , au Gros-Caillou , pour 1'usage de 1'orphelinat , M. Gen- Ulhomme, architecte ing^nieur de radministration des Hospices de Paris , a construit cetle chapelle dans le style ogival le plus pur et le plus elegant avec les seules ressources des dons fails par la charite" chretienne, sur lesquels il n'a voulu rien prelever pour sa part des travaux, refusant loute espece d'honoraires puis- qu'il s'agissait des pauvres. M. R. Bordeaux applaudit a ce qu'il vient d'entendre, il penie ne'anmoins que souvent on rencontre trop d'engouement pour le style ogival. On delruit partout irapitoyablement tout ce qui n'est pas dans le gout du jour ; des objets mobiliers tres-beaux , mais du XVI*. et du XVII'. siecle , sont jele"s au rebut en raison de faux principes sur ce qui n'est pas a la mode. M. Bordeaux signale un certain nombre d'enormite's artistiques commises en diverses e"glises : a St.-Roch de Paris, par exemple, ou des chandeliers en bois dore du style rococo, en harmonic avec le reste de 1'eglise, ont 616 detruits et remplac^s par des chandeliers en style roman , de la fabrique Didron. Des chan- deliers romans a Sl.-Roch, risum teneatisll\ craint qu'on ne fa- brique par trop de vitraux , quand il voit certaines paroisses remplacer les debris de leurs beaux vitraux du XV . siecle par des verrieres toutes modernes. Si on continue a marcher dans celte voie , sous la pression des inlerels particuliers , toujours actifs, incessanls, on detruira tout. Par exemple, il ne restera rien de nos anciennes cloches. Tout dernierement l^vSque deBayeux a fait refondre , malgre* de justes reclamations , le bourdon de sa cathedrale qui avail e"t6 donne par un ev^que , prince de la maison de Lorraine. M. le corute de Mellel ne vent pas aborder le fond de la ques- tion ; il ne croil pas le mal aussi grave. Il y a eu des erreurs, des faules commises par les municipalite's, par les fabriques ; mais on a loujours cherche a meltre des obstacles a ces devaslalions. Le premier volume du Bulletin des Comile's, une circulaire du Minislre defendenl de rien delruire sans avoir pris 1'avis de la Commission. Malheureusemenl on a souvent passe outre, sans tenir compte de ce sage avertissement 172 CONGRiS CENTRAL DES ACADEMIES. M. de Caumont signale quelques-uns des fails graves parvenus' a sa connaissance. Les Commissions arche"ologiques departemen- tales se recrulent principalement parmi les agents-voyers ou les hommes qui , a loute heure , flatten! , courtisent, assiegent les preTets. Cela est fftcheux dans Petal actuel des choses , parce que les uns manquent de connaissances pour conlroler les plans , les autres manquenl d'inde"pendance et ne pensent qu'a complaire a tout ce qui est revetu d'une autorite" quelconque, si petite qu'elle soil, et sont toujours pr6ts a faire bon marche" de leurs convic- tions artistiques, quand ils en ont. M. Nicias Gaillard ne peut parler que de deux dioceses limi- trophes qu'il connalt : ceux d'Angouleme, de Poitiers, dans les- quels les prelats e"claire"s apportent la plus grande sollicitude pour toutes les restaurations des monuments religieux place's sous leur palronage. , M. de Caumont joint son temoignage avec grande satisfaction^ a ce que vient de dire M. lePre'sidenl de la seance , surtout pour ce qui concerne Mg r . TEv&que d'Angou!6me ; maisil est oblig6 de dire que la cathedrale de Poitiers est dans re"tat le plus d^plo- rable , malgre les observations judicieuses de M, 1'abbe" Auber , dont le Congres connait le me"rite. Apres quelques observations de plusieurs membres , la seance est levee a 5 heures. Le Secretaire , DE Bouis. SEANCE DU 2 MAI. Pr6sidence de M. le comte DB MELLET. : Si6gent au bureau : MM. DE CAUMONT , DE BUZONNIEKE , R. BORDEAUX, GAUGAIN. L'ordre du jour appelle les questions relatives a 1' organisation acade'mique : Les Socie'te's savanles qui ont un de'partemenl pour circon- scription onl-elles un programme qui reponde a leur litre? Que devraient-elles faire pour completer ce programme? Les Socie'te's savantes qui ont la France entiere pour circon-i SESSION DE 1859. 173 scription ont-elles un programme de travaux qui re"ponde a leur titre?Quelle extension devraient-elles donner d ce programme ? M. de Caumont prend la parole et s'exprime ainsi : " Si" Ton excepte les Soci^tes d'agriculture, la plupart des So- ciete"s academiques qui se disent centrales pour les d^partements ou elles sie"gent n'ont pas de programme raisonne". Les Societe"s d'agriculture elles-memes n'ont de programmes que pour les concours qu'elles dirigent; quoique depuis quelque temps elles aient mieux compris ce qu'elles peuvent faire d'utile pour en- couragerle progres, elles ont neglige une foule de choses que leur initiative aurait pu entreprendre. Ainsi, I'enseignement agricole local; ainsi, I' etude du sol arable; ainsi, 1'observation des fails commerciaux qui de"terminent 1'ecoulement des produits, se- raient d'excellents sujets d'elude pour les Societes d'agriculture. " Quand elles joignent a ce litre la denomination de Societe"s de commerce, 1'horizon s'agrandit considerablement ; elles em- brassent rarement cet horizon nouveau. Si les Socie"tes d'agriculture commencent a bien marcher , les Societes departementales des sciences, des lettres et des arts sont tout-a-fait au-dessous de leur mission dans la plupart des cas; elles entendent des lectures sur differents sujets, suivant i'inspiration de leurs membres ; mais elles n'ont pas encore songe a examiner, avant tout , ce qu'elles devraient faire pour donner , dans la circonscription,une salulaire direction aux travaux scien- tifiques et intellectuels appliques. Elles devraient commencer toutes , sans exception , par examiner et discuter les moyens de se rendre utiles au pays en 1'etudiant sous toutes ses faces. Quant aux Socie"t6s qui ont pour circonscription la France en- tiere, leur programme est beaucoup moins satisfaisant encore que 'celui des Societes departementales : elles n'ont d'action reelle qu'a Paris; elles ne se sont jamais suffisamment pr^occupees des besoins des departements : il y aurait une revolution complete a operer dans leur regime. La premiere chose a faire serait d'abolir toute distinction entre les titulaires et les correspondants, et de donner a ceux-ci les ro&nes droits qu'aux titulaires; de provoquer des reunions 6ii6- 17/1 CONGRES CENTRAL DBS ACADEMIES. rales au chef-lieu , reunions auxquelles seraient appele's tous leg membres non-residants; des sessions ge"ne"rales oil les meinbres re"parlis sur tous les points du territoire francais fissent entendre leur voix. On ne conceit pas comment cette division absurde de titu- laires et de correspondants se trouve inscrite encore dans les reglements des Societes savantes ; cetle organisation montre que la routine est lout aussi enracine"e chez les hommes lettres que chez les ignorants. Repetons-le , les Socie"te"s qui ont le territoire francais pour circonscription ne sont pas au niveau de leur mission ; elles vivent dans leur fromage sans s'embarrasser des grands inte"rets qu'elles devraient avoir perpetuellement en vue; elles s'occu- pent beaucoup plus de discussions mesquines, de rivalites de personnes, que des grands inte>6ts de la science et du pays; aussi , quand le ministre veut faire executer des travaux im- portants , il faut qu'il renonce & en confier la direction aux grandes academies; il faut qu'il cree des commissions ou des comite"s. Vous n'attendez pas de moi que je disc ici ce que chacun de nos grands corps savants et litt^raires devrait faire : je signale le mal, il faudrait des hommes plus habiles que moi pour tracer la ligne & suivre ? mais , nous pouvons le dire avec conviction t tout est a changer dans le regime dc nos grandes academies. Quant ei la part que doivent prendre les Societes de province aux travaux generaux, je crois qu'au lieu de faire confectionner tant de choses par la grande usine litteraire et scientifique de Paris , il eut mieux vallu charger de ces travaux certaines aca- demies de province , etablir des regions acad6miques comrae on a etabli des regions agricoles. Vous auriez ainsi conserve a la pro- vince des hommes qui son I force's de Tabandonner; vous auriez conserve" des traditions d'elude qui se perdent; vous auriez main- tenu dans les de"partements une ardeur qui s'e"teint en mme temps Ql?E LES LECTEURS SERIEUX DISPARAISSENT. Ce fait, qU6 j'ai proclame, est incontestable et je pourrais citer bon nombre de villes dans lesquelles les libraires ont fait place a des mar- chands de carton. On ne lit plus que des romans et des journaux !! a quoi bou des libraires? Quand on voyage et qu'on compare la SESSION DE 1859. 175 population actuelle avec celle qui existait il y a vingt-cinq ans , on doit tre pene"lre d'un sentiment de tristesse et de pilie ! L'ignorance du peuple sur le pays qu'il habile n'avait jamais 616 aussi grande; on ne public plus rien qui puisse Tinstruire de Thistoire locale : Thomme que vous interrogez est incapable de vousdonner un renseignement sur des choses qui etaient connues de tous il y a vingt-cinq ans. Peut-il en fetre autrement quand tout vient de Paris et que les libraires des provinces ne connais- sent, pour la plupart, que les tristes compilations qui leur sont envoyees chaque semaine de Paris PPitoyabies publications, sou- vent pleines d'erreurs grossieres et qui ne sont propres , le plus sou vent, qu'a delourner les regards du lecteur du pays qu'il habite I! Ce deperissement effrayant, resultat de la centralisation in- tellectuelle, aurait du frapper des homines moms e"goisles et moins aveugles que ceux qui poussent a la concentration et a la confisca- tion de toutes les eludes; mais ceux-ci n'ont confiance qu'en leurs camarades Les ouvriers de la grande usinc !! Us decou- ragent systematiquement, par leurs dedains et leurs plagiats, les hommes honnetes, consciencieux et modestes de nos de"parte- ments. Ainsi, la paralysie gagne, les hommes studieux s'envont et bientdt les ceuvres se"rieuses ne trouveront plus de lecteurs. Quant aux questions n. 32 et n. 33 : o Quelles sont les principals differences qui existent dans Tor- ganisation academique en France et en Angleterre? Les Soci6tes savantes de 1' Angleterre ont-elles plus d'action que les n6tres sur le public? Quelle est la cause de cette action? Une dissemblance profonde existe entre Torganisation acad6- mique, en France et en Angleterre (1). (1) Ce que je dis ici ne s'applique qu'aux soci6tes academiques on Iilt6raires, el nullement aux soci6tes d'agriculture et aux societes sp6- ciales, telles que les societes d'histoire uaturelle et d'archgologie , qui sont infiniment mieux administr6es que les autres. 176 CONGRES CENTRAL DBS ACADEMIES. En Angleterre, les Socie" te"s savantes et litteraires ne deroandent rien au gouvernement , elles u'attendent pas 1'impulsion d'un bureau qui serai t assez embarrasse" de la leurdonner; elles ne mendient pas pour obtenir de 1'administration quelqnes centaines de francs. Ce sont elles qui font leur budget: aussi sont-elles pleines de vie et ont-elles toujours dans leur caisse des sommes suffisantes pour faire face aux defenses de tout genre et aux publications qu'elles e"ditent. En France , les Socie"tes savantes ne font que commencer a imiter le systeme financier des Academies anglaises ; un grand nombre d'entre elles croient encore que leurs membres ne doivent rien payer. 11 requite de ce fait que la plupart n'ont ni moyens de pro- 'duire , ni inde"pendance , ni initiative. Qu'on le sache bien , Finitiative ne se developpe que quand on se suffit a soi-mme. Le regime des Soci6te"s litte"raires anglaises me paralt done , sous ce rapport, preferable au regime des Socie"te"s acade"miques de la France. Les questions du programme etant e'puise'es , M. le President adresse a 1'Assemblee les remerclments du bureau et prie M. de Caumont de recevoir, cette anne"e comme les anne"es pre"- c^dentes, ceux des academies des departements. M. de Caumont repond qu'il continuera d'apporter ses soins _aux preparatifs du Congres des de'le'gue's, et qu'il le convoquera , en 1860, pour le lundi apres Piques; il invite les membres presents a donner la plus grande publicite" a cette convocation. Il ajoute qu'il faut , avant de se se*parer , remercier surtout MM. les Secrelaires-ge'ne'raux du zele qu'ils |ont apport6 dans leurs fonclions. M. le marquis de Fournes , dit-il , a surtout pris une part tres-grande a la r6daction , et il Fa fait avec un talent que vous avez tous remarque". Avec de pareils collabo- rateurs, la direction du Congres sera toujours facile, les re*sultats de nos conferences seront toujours inte"ressants et f^conds. ASSISES SCIENTIFIQUES TENUES , EN 1859 , PAR L'INSTITUT DES PROVINCES. ASSISES SGIENTIFIQUES DE L'ALSACE, 7 A STRASBOURG, ; vn-Uioii ',":; f Le 23 a 01. 1 1859. Pr6sidence dc M. V. SIMON. Siegent au bureau : MM. DE CAUMONT, directeur de Tlnstilut des provinces; 1'abbe LE PETIT, secretaire-general de la Socie^e" francaise d'archeologie; GAUGAIN, tresorier de Tlnslitutdes pro- vinces; le colonel MORLET; RAPP, vicaire-general de Strasbourg; SPACH , president de la Sociele pour la conservation des monu- ments hisloriques de 1'Alsace ; Ch. GOMART, membre de Tinstitut des provinces , secretaire. M. Victor Simon , coming president des assises de TAlsace par le direcleur de riuslilul des provinces, ouvre la seance par 1'allocution suivante : MESSIEURS , Les assises scientifiques, qui ont deja ete si iecondes en re- sultats et pour lesquelles nous sommesconvoques aujourd'hui,ont pour but, de meme que les congres , de tirer les departemenls del'etal d'isolemenl dans lequel ils se trouvaient, de s'enquerir du progres des differenls pays de la France, dans les letlres, les sciences et les arts, el d'indiquer quelles sont les eludes qui doivenl plus specialemenl al des monuments de la Prusse et auteur d'un Ires-grand nombred'ouvrages impor- tanls. M. de Verneilh avait a delruire ce prejuge : que les e'maux XXVI*. SESSION, A LIMOGES. 193 de Limoges etaicnt plus anciens quc ceux que t'on rencontre aiileurs. On en avail tire" la consequence que Tart de I'gmailleur s'e"tait de"veloppe & Limoges, pour se repandre dans les au- tres contrees de PEurope. Ceux qui avaient avance" le fait n'etaienl guere sortis de Limoges, car M. deVerneilh, en vi- sitant les Iresors a peu pres inconnus des calhedrales de PAllemagne , sous le patronage de M. de Quasi, avail 6le fort surpris d'y voir une multitude d'emaux du X e . siecle , tandis que Limoges n'en possede pas un seul qui remonte a une e"poque aussi ancienne. 11 a done e"te force de proclamer avec M. de Quasi que, si Limoges a eu, aux Xir. el XIII e . siecles, des emailleurs habiles, TAllemagne en avail aussi aupara- vant , el que probablemenl ni Tun ni Tautre de ces deux pays n'ont eu la gioire d'inventer remaillure. Tout porle a croire que c'est de Constantinople qu'elle nous esl venue, pour se developper ensuile et prospe'rer sur differents .poinls de 1'Europe occidentale. ^ :M. de Longuemar a presente plusieurs notices pleines d'in- t6ret sur la statistique monumenlale du Poitou et a fait diverses communications importantes. La seclion de litt^rature et des beaux-arts etait presidee par un homme d'un grand talent, M. de Margery , professeur de philosophic a la Faculte de Nancy : il a present^ un travail considerable qui a captive 1'attention pendant trois seances, malgre Taridite du sujet. Si la philosophic pratique de M. de Margery etait suivie dans toutes les classes de la societe capables de la bien comprendre , combien serait grand ie progres moral en France ! Les pages eloquenles que doit publier le comple- rendu sont vraiment dignes d'etre medilees. M. de Margery esl un philosophe i haules idees que la ville de Nancy est heureuse de posseder. ay !; Mais rhomme qui a le plus prodigieusement elonne, a la section de litterature , est un aveugle, organisle de la cathedrale, dont 1'eioquence et le lalenl d'improvisalion sur toutes les questions de haute philosophic , d'histoire el d'arl , sont extraordinaires. M. Charreire s'est 61eve & une hauleur de pense qui a enleve les is 19/1 CONGRES SCIENTIFIQUE DE FRANCE. applaudissements de loute 1'Assembtee. Apres le discours declo- ture, au moment oil la seance allait se terminer, M. Gharreire s'est pour la derniere fois precipite vers la tribune et avec une emotion qu'a partagee TAssemblee tout enliere, il a pris I'engagemeot, au nom de ses concitoyens, de ne pas laisser perir les bonnes semences que le Congres a jete"es a Limoges : D^sormais , a-t-il dit , un nouvel elan sera imprime ci chaque genre d^tude en Limousin : la route nous est trace"e, nous n'avons plus qu'& la suivre. Le Congres s'est associe & la promesse si chaleu- reuse de M. Charreire. C'est alors que Ton a reconduit en corps, en te"moignage de respect et de reconnaissance , le respectable M. Alluaud , president general de la session. 89 b idflilottf- _'n fi y Par suite d'un voeu e"mis par le Congres, concernant 1'ensei- gnement de ragriculture , la circulaire suivante a 616 adresse"e , au nom de I'lnstitut des provinces : L'INSTITUT DES PROVINCES DE FRANCE AUX SOCIETES AGRICOLES DE L'EMPIRE FRANCAIS. ijaMe-ig Bf-ana J^iM MESSIEURS, i/isad .tea** )''^ t j)u 1 ^j.ji| ^fe dotepa-'-sJ Depuis vingt ans, le Congres scientifique de France, d'une part, 1'institut des provinces de Tautre , ont 6mis les V(BUX les plus pressants pour que des notions d'agriculture soient donnees dans les ecoles primaires, et qu'un enseignement plus eleve de Tagricullure prenne place dans Tenseignement secondaire. Le Congres scientifique de France renouvelait ce voeu en 1856, quand ildemandait: 1". Que, dans loutes les e"coles, grandes et petites, depuis les Salles d'asile exclusivement jusqu'aux Lycees, les eleves aillent, chaque mois ou meme chaque semaine dans certaines saisons, faire une promenade dans les fermes les mieux tenues du voisinage ; que tons les fails agricoles leur soient expliqu^s , sur place , par les professeurs et les instituteurs primaires ; 2. Que , dans le programme de tons les examens pour Tob- tention des grades et brevets, on introduise quelques ques- XXVI 6 . SESSION , A LIMOGES. 195 tions d'agriculture, et qu'un cours d'agri culture ait lieu dans chacune des Faculty's des sciences existant en France ; 3. Que des conferences agricoles portees dans les campa- gnes soient e"tablies partout , a limitation de ce qui s'est fait dans quelques departements ; 4. Que 1'enseignement agricole soil organise dans toutes les e'coles normales primaires ou il n'existe pas encore. Tous ces VOBUX ont 6te publics et approuves , mais aucunes mesures ge'ne'rales n'ont ete" prises pour y faire droit. Dans cet etat de choses , le Congres s'est adresse" , cetle anne"e , a tous les Cornices et Societes agricoles de France: il les a invites, d'une maniere pressante , a provoquer parlout 1'en- seignement de Tagriculture dans les e'coles primaires. Voici ce V03U du Gongres que 1'Institut des provinces croit devoir vous transmettre , en vous priant d'y donner de la publicite par tous les moyens dont vous pouvez disposer : Le Congres invite les Societes d'agriculture et les Cornices A organiser 1'enseignement de I' agriculture dans toutes les e'coles primaires de France , en indiquant aux instituteurs les notions e'lementaircstres-courtesqu'ils devront donner aleurs eleves; en inspectant les ecoles et interrogeant les eleves comme I'ont fait les Societes agricoles d'llle-et-Vilaine ; en distribuant aux instituteurs les livres elementaires qui pourronl, dans chaque circonscription, convenir a cet enseignement limite. On demandera , peut-6tre , quels sont les livres a dislribuer aux instituteurs. Nous re"pondrons que les Soci6tes , chacune dans sa circonscription , sont aptes a juger quels sont les ou- vrages les plus convenables pour un enseignement qui devra toujours elre e"le"mentaire. Il a paru , depuis quelque temps , des livres assez satisfaisants, parmi lesquels nous citerons : celui de M. Hugo , inspecteur des e'coles primaires ; ceux de M. Neveu des Rotries , de Nantes , et enfin les excellentes publications de M. Bodin , de Rennes (1). (1) Elements d'agriculture; Promenades agricoles; Culture et vie des champs. Paris, chez Hachette, rue Pierre-Sarrazin, 14. 196 CONGRES ARCH&3LOGIQUE DE FRANCE. Pour le nord et le nord-ouest de la France , ces ouvrages rem- pliraient le but ; d'autres ouvrages devront naturellement etre signals pour le niidi ; c'est aux Societes et aux professeurs d'a- griculture de ces contre"es a les designer. Mais s'il n'en existait pas de satisfaisants pour certaines regions, rien ne serait plus digne des Socie'te's agricoles que de laire composer ces trailed par une commission prise dans leur sein, ou par un de leurs mem- bres. A ce moyen , 1'enseignement agricole elementaire serait parfaitement approprie a chaque contree. Ces notions elernen- taires el tres-restreinles, proportionnees a Tinlelligence des en- fanls , devraient former plutdt des cahiers que des livres ; ils pourraient etre autographies pour eviter les frais depression , et le but serait par la mieux rempli encore , puisqu'on pourrait les distribuer presque sans frais a Ires-grand nombre. Nous eaperons que ce voau sera compris , et que tous les Cornices et Socie'te's prendront en main la direction de 1'ensei- gnement agricole primaire. Nous les y engageons de toutes nos forces, car cette initiative est excellente : en cela, les hommes qui composent les Cornices feront acte de bons citoyens. Ils seront , n'en doutons pas , secondes par les inspecteurs de. I'Universite et les inspecleurs des e"coles primaires qui n'atten- dent que leur concours et leur initiative pour agir de concert avec eux. Organisons done Tenseignement de Tagriculture dans quelquesecoles primaires d'abord , dans toutes si nous pouvons ensuite, et nous aurons rendu au pays et a la population rurale, qui est la plus nombreuse, un service immense; nous Tattache- rons 6videmment au sol, en lui apprenant le parti meilleur qu'elle pourrait en tirer, et nous la d^tournerons ainsi, daws une certaine mesure , au moins , de cette tendance d^plorabfe qui la porte a migrer vers les villes. Je suis heureux d'etre , dans cette occasion , Tinterprete de Tlnstitut des provinces et du Congres scienlifique de France , et j'ai Thonneur d'etre, avec une consideration dislingu^e, MESSIEURS, Le Directeur de I'lnstiiut des provinces de France , DE CA.DMONT. XXVl e . SESSION , A STRASBOURG. 197 ; if o.- f i ; ", B ,,};.-,>, Tjoy-rw -iMoq e^i^i^'-b tiov CONGRESS ARCHEOLOGIQUE DE FRANCE. j La Societe francaise d'archeologie a ouvert son Congres le lundi 22 aout , a 10 heures du matin , a Strasbourg , h6tel de la Prefecture. Parmi les notabilites presentes au bureau , on re- marquait : M. Coulaux, depute, maire de Strasbourg; M. le Prefet du Bas-lihin ; Mg r . l'veque; M. Braun, president du Consistoire de la Confession d'Augsbourg; M. de Schaunambourg, ancien pair de France; M. Spach, president de la Societe de Strasbourg. Parmi les etrangers presents on peut citer, outre M. de Cau- mont et M. Simon , conseiller a la Cour impe"riale de Metz : MM. de La Londe, de Rouen ; Simon, archilecle a Rouen ; 1'abbe Le Petit , secretaire-general de la Societe ; Gomart , de SU^ Quentin, president de la Societe d'agricullure ; Bonnet, sculpteur a Rouen; de Petitville, proprietaire a Rouen; de Marguerit deRo- chefort, de Bayeux ; Du Ferage, proprietaire a Caen ; Raymond Bordeaux , docleur en Droit a fivreux ; Louis Gaugain , de Caen , tresorier de la Societe francaise d'arch6oiogie ; Pernot, peintre et archeologue a Paris ; Bulliot, d'Autun ; de Barthelemy, du Ilaut- Rbin ; Arth, de Saverne; J. de Buyer, de la flaute-Saone; Rossi, de Rome; W* Bell, de Londres; Le Bouteiller, secretaire de TAcademie de Metz ; Dufr6ne , conseiller de prefecture a Metz ; Nickles, professeur a la Faculte des sciences de Nancy; Diogene Poilal , architecte a Belfort ; Le Roy, instituteur a Cany (Seine- Inferieure ) ; le docteur Ancelon, de laMenrthe; Chatelain, archi- lecte a Ps'ancy ; Paul C. de Chizy , de Chalon-sur-Saone ; 1'abbe" Froment, aumonier de Thopital militaire a Belfort; Degoultin , juge a Verdun ; Emile Keller, depute , a Paris. Le nombre total des rnembres etait d'environ 130. M. le Maire de Strasbourg a ouvert la seance par un discours dans lequel il a rappele tout ce que la science archeologique doit a M. de Caumont, fondateur des Congres scientifiques. Puis, il a exprim^ toute la satisfaction qu'a 6prouv6e la ville de Strasbourg 198 CONGKES ARCHiOLOGIQUE DE TRANCE. de se voir designed pour recevoir cette annSe le Congres arche"o- logique, el a annonce que 1' Administration et le Conseil municipal ont pris des mesures pour faciliter , autant que possible , les tra- vaux du Congres. M. de Caumont a repondu par quelques paroles pleines de modestie , en ce qui le concerne personnellement , et a retrace" Thistorique de la Society francaise d'arche"ologie. II a annonce que cette Socie"te , outre les medailles qu'elle desline comme re"- compenses a plusieurs archeologues et architectes qui ont fait preuve de talent, de zele et de devouement , a vote une somme de 2,000 fr. pour 1'encouragement des travaux concernant 1'anti- quit6 dans les departements de 1'Est. Les discussions ont immediatement commence. De savants memoires ont e"te lus par M. de Ring et par M. Tabbe Straub ; MM. de Caumont, le professeur Jung, le colonel de Morlet, Spach, Kirschleger, Tabbe Guerber et d'autres membres ont fait une serie de communications verbales qui ont e"te ecoutees avec le plus vif int^ret. La seconde stance a e"te" ouverle a trois heures , sous la pre"- sidence de M. le prefet Migneret. M. le professeur Jung a lu un m&noire sur im fragment de colonne milliaire , du IIP. siecle , trouve aux environs de Koenigsbruck ; fragment semblable & celui decouvert parSchcepflin en 1736 a Brumath et decrit par lui dans YALsatia illmtrata. L'inscription gravee sur cette colonne a 6te" Tobjet d'une dissertation historique , ^cout^e avec le plus vif interet. M. L. Spach , au nom de M. L. Levrault , a lu ensuite la pre- miere partie d'un m^moire sur le mur paien (Heidenmauer ) de YAltitona. L'origine de ce mur est probablement celtique , mais les Remains ou les Gallo-Romains 1'ont retravaill^ et onl fait de 1'enceinte uri camp retranche". M. Jung a presente au Congres des planches, dessine'es par M. Goldenberg fils, representant des fortifications sur le sommet des falaises de gres vosgien derriere Saverne ; le savant biblio- thecaire a par!6 encore, quoique fort brievement , de la Heiden- mauer, du Tuncliel a Ribeauvill6. La tradition populaire veut XXVI*. SESSION , A STRASBOURG. 199 que, sur toutes les sommite's des Vosges, il existatun mur que, dans tous les cantons , on appelle Heidenmauer. La ligne de ce mur n'est pas encore reproduite par le crayon dans toute son eHendue. Apres avoir passe en revue les monuments de l'e"poque gallo- romaine , le Congres est arrive aux temps merovingiens. La villa me>ovingienne ou franque de Kirchheim a fait 1'objet d'une courte discussion, a laquelle ont pris part MM. Eissen et Morin. M. Pabb6 Straub a lu une notice sur la stalistique des monu- ments en Alsace, depuis l^poque celtique jusqu'en 1610. La liste des monuments des cantons de Ribeauville et de Kaysersberg est sur Je point de paraitre dans les bulletins de la Sociele de I'Alsace. La liste des monuments de I'arrondissement de Sche- lestadt est termin6e. M. le cure Guerber a communique une notice sur les e"glises les plus anciennes du Bas-Hhin , du VIIL*. au X e . siecle ; il a cite" specialement les eglises du Dora Peter et la chapelle d'A- volsheim , celle d'Allstatt pres de Wissembourg , celle de Hoh- Alzenbeim et celle de St.-Pierre-le-Vieux, a Strasbourg. M. de Schaunambourg a donne le catalogue des vitraux anciens existant encore dans les eglises du Bas-Rhin. Le Congres a consacre la journee du mardi a une excursion a Saverne et dans ses environs. Les membres du Congres sont partis de Strasbourg , par le convoi de 5 heures 30 minutes du matin, et se sont rendus direc- tement a Saverne oil ils ont dejeune. Des voitures les ont trans- ported ensuite a St.-Jean-des-Choux , dont I'eglise et le cloitre offrent un haut mte'rel aux archeologues par leur anciennete et la purete de leur architecture romane. On a surtout admire les ferrures des portes d'entre'e de l^glise. Le Congres a quilte St.-Jean-des-Choux pour Neuwiller, ou il a commence son inspection par la visile de Teglise catholique , qui est classee , comrne on sait, parmi les monuments hisloriques de France et qui a ete restauree, sous la direction de M. 1'ar- chitecte Boiswilwald. De 1'egiise catholique on a passe" a I'eglise protestante, dont 'JOO CONGllfcS ARCIlfcOLOGlQUE DE FRANCE. Tarchitecture simple accuse une date tres-ancienne et qu'il est difficile de fixer d'une maniere precise. M. le Cure catholique et M. le Pasteur ont, accompagne' les membres du Congres, pendant leur visile a Teglise et au temple de Neuwiller. Apres diner , les membres du Congres sont alles visiter l^glise de Saverne ou les attendaierit M. le Cure , le Sous-PreTet de Saverne et M. le colonel de Morlel. De la, on s'est rendu dans le bailment du Musee, dans lequel M. de Morlet re"unit, avec un zele infatigable , toules les antiquites decouverles aux environs de Saverne. Enfm, on s'est dirige vers le chateau du llaut-Barr, dont le proprietaire, M. Kolb, a fait les honneurs aux visiteurs en leur offrant, avec une grace parfaite , toutes sortes de rafraichisse- ments. Les membres du Congres ont ele" emerveilles de ce site magnifique qui domine, d'un cote, la valle"e pittoresque de Lutzel- bourg el , de 1'autre, les riches et rianles plaines de FAlsace. Une partie des membres du Congres sont alles inspecter les ruines du chateau de Geroldseck , et tous ensemble ils sont re- venus vers la nuit a Saverne, afm de retourner a Slrasbourg par le dernier convoi du chemin de fer. Les queslions du programme onl ele habilement trait6es le mercredi el le jeudi. La calhedrale a ele examinee dans lous ses details , et M. R. Bordeaux , d'Evreux , a presents' de judi- cieuses observations sur les anciennes maisons de la ville. Le vendredi , c'est a Schelestadt et aux chateaux de Kintzhem el de Hoh-Koenigsbourg que s'est transporlee la Compagnie: les eglises de Schelesladt et quelques-unes des vieilles m,aisons de la ville etaient dignes de Pattention du Congres , et elles ont ete" vues avec tout Tinteret qu'elles meritent. On esl ensuite monte d'abord au chateau de Kinlzhem , appartenant a M. le baron de Fabvier , proprietaire d'une charmante residence dans le voisi- nage ; puis au chateau de Uoh-Koenigsbourg , dont Tascension ne peut se faire qu'a pied ou a cheval , et non sans fatigue. Heureusement, la ville de Slrasbourg, qui sail toujours faire les choses avec a-propos et generosity , avail fait pr^parer XXVI e . SESSION , A STRASBOURG. 201 au pied des ruines, sous les sapins se"culaires qui ombragent cette partie de la montagne, nn excellent diner auquel soixante- cinq membres se sont assis , et dont M. Silberman, dengue" du maire de Strasbourg et ordonnateur de 1'excursion, a fait les Jionneurs avec M. le Sous-Prefet de Schelestadt. Jamais reunion ne ful plus franche et plus animee ; plusieurs dames rTavaient pas craint la fatigue et etaient du nombre des convives. Parmi les nombreux toasts , celui de M. Gomart , de St.-Quentin, porte au nom de la Societe francaise d'archeologie, a et surlout applaudi: il repondait aux sentiments de tous. Les journaux du paysl'ont reproduit. Les deux dernieres stances du Congres ont eu lieu le sa- medi. Une exposition d'objets pr6cieux de Torfevrerie sacre"e avail 6te" organist par les soins de M. Fabbe Straub, secretaire- general, dans la salle des seances. Sur une table se trouvaient places plusieurs ostensoirs gothiques , des reliquaires de 1'epoque romane et ogivale , des croix processionnelles ; quelques tapis precieux etaient suspendus aux murs. D'autre part , M. Petit- Gerard , peintre-verrier , avait expose plusieurs vitraux sortis de ses ateliers. M. Tabbe Slraub a depose sur le bureau une monographic des vitraux de Hasslach , dont il a donne une courte analyse orale , en faisant ressortir les parlicularites techniques et legen- daires les plus interessantes de ces vitraux, qui sont les plus complets et les mieux conserves. La question de savoir ce qu'il reste de Tancien mobilier d'6- glise en Alsace a ete traitee d'une maniere complete par M. Tabbe Straub, qui a fait avec une clarte remarquable l'6numeration de ce mobilier. Il a tout pass6 en revue , jusqu'aux cloches qui ont ete de sa part Tobjet d'une etude sp6ciale. Lors de la revolution de 1793, les objels les plus precieux des 6glises d'Alsacd ont 6te transportes au-dela du Rhin , d'ou ils ne sont jamais revenus, n ^ M. Petit-Gerard a traite" , avec beaucoup de science et d'en- tente , la question du programme qui porte ce qui suit : Quelles 202 CONGRfcS ARCH^OLOGIQUE DE FRANCE. sont les verrieres les plus importantes conservees dans les gglises .\ 89?terfoyjjt &$ Jno aijllo '; 19 Jfi6 tiv os'/fi erbnii-^ 19 oMj^0-r t nofiffoJ afa 93i!'i ."Jt 206 STANCES GE'NERALES TENUES PAR LA soc. D'ARCIIEOLOGIE SEANCES GENERALES TENUES PAR LA SOCIETE FRANQAISE D'ARCHEOLOGIE A ROUEN , SAIM'-LO ET VIRE. Stance tenitr a fiouen. La Socie'te' francaise d'archeologie a ten u a Rouen deux stances, organisers par M. de Glanville , inspecteur de la Gompagnie pour le d^parteinent de la Seine-Infe"rieure ; elles avaient d'abord pour objet, d'apres le voau exprime par MM. Darcel et 1'abbe Decorde, d'examiner Imposition re"gionale de douze debasements , qui faisait tant de sensation dans la ville de Rouen ; puis d'inspecter quelques monuments du departement, et de discuter tout ce qui regarde Tart ancien et la conservation des Edifices de la Seine- Infe"rieure. La visile officielle de 1'exposition regionale a eu lieu le 25 juillet. La Socie'te, guidee par MM. de Caumont, Barthe"lemy, de Glanville, a surtout examine 1'aulel en bronze dore execute sur les plans donn6s p r feu M. 1'abbe A. Martin, et destine" a l'e"glise de Bon-Secours ; 1'autel sculpte" par M. Bonnet pour I'^glise N.-D.- du-V(BU a Cherbourg ; le lutrin compost en style roman pour la m&me 6glise ; les pav6s emailles de M. Le Boulanger, de Beau- vais ; les vitraux , les photographies et divers meubles qui me"- ritaient 1'attention au point de vue artistique. La Societe" a passe plusieurs heures a visiter Timportante col- lection d'antiquites de M. Thaurin , un des secretaires de la reunion, bibliothecaire des Socie"tes savantes de Rouen. Les stances ont ete tres-nourries , et 70 membres nouveaux se sont fait admettre au sein de la Socie'le' francaise d'arche"ologie. Deux grandes excursions avaient ete" organise"es dans 1'arron- dissement de Rouen ; elles ont e"te" favorisees par un temps magnifique. Dans la premiere excursion , le 26 juillet , la Socie'te' a visits : 1. l^glise de Longpaon , restaur^e et agrandie avec un gout et A ROUEN. 207 un talent d'exe"cution remarquables , par M. Desmarets , archi- lecte de la Seine-Inferieure ; 2. l^glise romane de St. -Jacques , construite en style roman avec bas-cote"s, transept, abside, pour 60,000 fr. , par M. Barthelemy , archilecte de I'^glise de Bon- Secours : la Societe" a ete recue dans cette commune avec le plus gracieux empressement par M. le Maire , beau-frere de M. Bar- thelemy , dont le joli chateau renferme un oratoire dont les vitraux peints ( de M. Bernard , fabricant a Rouen ) ont 616 vus avec plaisir. Dans le pare , dessine" avec gout et plante" de beaux arbres, une collation a ele" offerte au Congres ; puis on s'est dirige vers Martainville : c'etait la que la Compagnie devait rester deux heurespour examiner, tant a Pinterieur qu'a I'exterieur, Timportant chateau a tourelles et a grandes cheminees de briques que M. Thiollet s'est mis en mesure de dessiner ( V. la page sui- vante ). Le colombier, tres-remarquable par ses dimensions , par sa charpente et parson e"chelle encore monte"e sur un poteau cen- tral et mobile, au moyen de laquelle on pouvait re"colter les jeunes pigeons dans tout lepourlour des galeries, attira aussi 1'attention des visiteurs. Toutes ces explorations terminees, M. de Glanville me"nageait une surprise a ses collegues; il leur offrit un diner sous les arbres seculaires des avenues du chateau. La Societe" reprit ensuite le chemin de Rouen , visitant des pierres tombales fort remar- quables , le magnifique colombier du manoir de Boos , ancienne habitation des Religieuses de St.-Amand. Ce colombier , orne" a rexle"rieur de briques emaillees , est encore un des monuments de ce genre les plus curieux de France. La Compagnie termina cetle inleressanle excursion par la vi- site des belles peinlures murales de l^glise de Bon-Secours. La seconde excursion a eu lieu le 28. Le but de ce voyage e"tait la celebre abbaye de Jumie"ges, ou la Societe devait recevoir d'un de ses membres, M. Le Pel-Gointet, propri6taire de ce beau domaine , une hospital^ digne du roi Francois I er . Chemin fai- sant, la Compagnie fit une halte k Duclair pourvisiter, dans l'e"glise , plusieurs colonnes antiques , en marbre , signalers par M. Darcel. Ces colonnes ont vraisemblablement appartenu a 'aj.ii%WiAi'n>.w w! .J-^SIAHO 10 feaa au .( MllniflT ..M ieq 208 STANCES GENE~RALES TENUES PAR LA soc. D'ARCHOLOGIE ' . [][H|_^^^'^^^3i^B^ 8I/V 6J JflO l^gLJj^^jl^j^^^^ AT. P.N-DESCAKTES-Sc, UNE DBS CBEMINEES DU CHATEAU DE MARTAINVILLE (Dessin6e par M. Thiollet). A SAINT-LO. 209 quelque monument gallo-romain du voisinage, et leur presence paralt prouver que Duclair est une des plus anciennes paroisses du diocese de Ilouen. Deux de ces colonnes ont conserve" leurs chapiteaux corinlhiens , en marbre blanc. Le chapiteau le plus complel surmonle un fut de marbre rouge , et a e"te , au XI'. siecle, ar.cosle de colonnettes & chapiteaux godronnes. Cependant , le drapeau aux couleurs et a Tecusson de Tabbaye de Jumieges flotlait au sommet des belles tours de 1'eglise en ruine, et Ton s'appretait recevoir la Socie"te francaise d'archeo- logie: elle y aniva a \ i heures et fut recue par M. Le Pel-Cointet et par M. Lejolivet, son ami, peintre habile, savant archeologue. L'un et 1'autre firent parcourir a la Compagnie toutes les mines , s'arretant parlout ou un souvenir devait etre evoque , parlout ou une date precise pouvait etre indiqiree. On a surtout remarque" les colonnes du IX C . siecle qui existent dans 1'ancienne e"glise de St.-Pierre ( Voir la page suivanle ). Depuis deux heures , la Compagnie se livrait a cette interessante e"tude , quand le pro- pri^taire Tintroduisit dans la splendide demeure qu'il s'est faite dans les batiments de 1'ancienne abbaye, pres de la porte d'entre"e. Le gout le meilleura preside a cette restau ration, due en grande partie a TVJ. Barthelemy fils , mais dirigee par 1'es- pril tfminemment arlistique du proprietaire. La Compagnie ne pouvait se lasser d'admirer les meubles , les boiseries , les sculptures. Mais rien ne devait manquer a cetle reception prin- ciere : un diner splendide attendait la Socie"te sous les lambris dor^s du rez-de-chaussee de ce palais moyen-age. II 6lait deja lard quand la Socie'te' quitta Jumieges pour jeter un coup-d'oeil sur St.-Wandrille; aussi ne put-elle rentrer a Rouen qu'a 10 heures du soir. Stance tenvte a La Sociele" francaise d'archeologie a tenu une stance gen^rale a St.-Lo , dans la salle du Tribunal , pendant le concours regional d'agriculture. Apres quelques apercus de M, de Cau- 210 STANCES GENERALES TENtJES PAR LA SOC. D^ARCUEOLOGIE, COI.ONNKS DU IX e , SlfeCLB, A JUMI&JES. A VIRfi. 211 mont sur la statistique monumenlale du departement de la Manche , apercu dans lequel il a et6 cit6 quelques e"glises de 1'ar- rondissement de Valognes qui lui ont dernierement offert des particularity remarquables, M. Dubosq, archiviste du departe- ment, a lu une note interessante sur la corporation des Huchiers de St. -Quentin-d'Elle , pres Cerisy , et sur ses privileges. M. Du- bosq attribue & cetle corporation la plupart des debris de beaux meubles qu'il a de"couverts et qui Tont determine a former des sculpteurs sur bois. MM. Castel , de Caumont , Sellier ont ensuite donne des ren- seignements sur differents objets qui ra6riteraient d'etre moulds en platre , pour etre de"pos6s dans les collections. La reunion s'est transported au muse'e d'antiquite"s de St.-Lo , dont elie a constate les notables accroissements dus a MM. Le Pingard , Dubosq et quelques autres honorables habitants de St.-Lo. Les membres de la Societ6 francaise d'archeologie ont aussi visile Texposition industrielle ; ils ont surtout remarque le des- sin d'un couvre-pieds compose par M. Croquevielle , de Bayeux , avec les divers tableaux represente"s sur la Tapisserie de la reine Malhilde ; des anges , sculpted par M. Leonard , de Li- sieux; des meubles de M. Dubosq, des armoires en chene couvertes de ciselures , etc. , etc. Stance Vire. La Soci6t6 francaise d^arche'ologie a tenu , en juillet 1859 , une importante session a Vire. Cette session a eu lieu pendant le Congres de 1'Association nor- mande , qui avail atlire une foule de nolabilite"s dans la palrie d'Ollivier Basselin. Ces stances onl ele presidees par M. le baron de Chaulieu , ancien de"pul6 , membre de la Societe ; M. I'abb6 Nogel-Lacoudre , de 1'Inslitut des provinces , superieur du semi- naire de Sommervieu, pres Bayeux, tenait la plume, et Ton voyait au bureau : MM. 1'abbe" Tirard , cur6 de N.-D. dc Vire; 212 C03GRES SCIENTIF1QUE DE FRANCE, EX i860, Leharivel-Durocher , sculpteur , membre de 1'lnstilut des pro- vinces ; Raymond Bordeaux , inspecleur de TEure ; le comle d'Estainlot, de la Seine-lnferieure ; de Saint-Germain, depute (TAvranches . et plusieurs autres membres de la Compagnie. Un proces-verbal delaille rendra compte des imporlantes diseussions LA VIKRGE DE COULONCES , PRES VIRE. -imtenb "UK qi out eu lieu. La Societe" a vot6 nn credit de 500 fr. pour diffe'rents travaux. A CHERBOURG. 213 Les remarquables peintures de 1'^glise Notre-Dame ont e"te" visite"es par la Soci^te et atlentivement examinees. La Vierge de Coulonces, signalee par M. de Gaumont et par M. Bouet dans le 3 e . volume de la Statistiquc monumental^ du Calvados , a e"te" 1'objet d'une excursion, dont MM. Bordeaux, de Chene- dolI6 , Leharivel et Legrain ont rendu comple a TAssembtee. Les fetes magnifiques de Vire et le gout qui a pre"sid6 a toules les exhibitions, 1'ordre qui a rgn6 partout, ont merits a M. de Larturiere , maire de cette ville , et a ses cooperatenrs, les felicitations de la Socie"t6 francaise d'arche"ologie. -Jn-eonaihfiqqfi srfonpM:' ci sb JcnmahfiqM) ub a^uhcdi H CONGRES SCIENTIFIQUE DE FRANCE EN 1860 A CHERBOURG. La 27 e . session du Congres scientifique de France s'ouvrira le dimanche 2 septembre , a Cherbourg , a Tissue d'une messe en musiqne. Voici quclques-unes des questions qui figurent sur le programme : 1". SECTION. ^dinm gol ?nr.b 9'iffjr/l J ( > nu'l r Runoff c( ob oJnri SCIENCES PHYSIQUES ET NATURELLES. 9-i'Hltf^-t rionf,nolqx9 9aw fi j/dfl lonnolj BlMndYo Geologic. f? oijpiHfftaieaq noilBdi'ioiJ B! ^ i ^-Tfl9fmpihBqqB slIi/nfimBf^ ob 1. Indiquer plus exactement qu'on ne Ta fait jusqu'ici a quels Stages des terrains pliocene , miocene et eocene peuvent etre rapportes les depots tertiaires du Cotentin. 2. Quelles sont les analogies et les dissemblances que pre- sentent les bassins tertiaires de la Brelagne et du Golenlin ? 3. Le terrain coquillier de Marche'zieux est-il parallele ou inferieur au tuf de Sainteny ? Zi. Avec quels syslemes infra-liasiques des aulres contrees de la France le calcaire de Valognes a-t-il le plus de rapport ? Presenter un apercu des caracteres pal^onlologiques qui le dislinguent du lias. j rj9fa 21 1\ CONGRfcS SCIENT1FIQUE DE FHAISCK, KN 1860, 5. De"crire et expliquer la brisure qui produit une si grande difference dans le niveau ge*ologique des formations entre Grand- camp et St*.-Marie-du-Mont & 1'embouchure de la Vire. 6. Est-il prouve" que le conglome"rat de la pointe de la Per- nelle soil contemporain des arkoses de Valcanville , Digosville , etc.? 7. Les gres d'Eroudeville et autres analogues doivent-ils etre consideres comme une varie'te' des arkoses ? 8. Presenter une coupe detailMe des couches houilleres du Plessis pres Pe"riers ; indiquer 1'avenir de cette exploitation. 9. Les marbres du de"partement de la Manche appartiennent- ils au meme systeme , ou bien , d'une part, au systeme silurien et , de 1'autre , au systeme de"vonien ? S'ils represented ces deux systemes , indiquer quelles limites on peut assigner a Tun et & 1'autre dans les diffe'rentes contrees ou ils existent ( Voir la Carte gdologique de M. de Caumont). 10. M6me question pour les gres de la presqu'ile du Cotentin. 11. Les esperances exprime'es par M. Mosselman, au Congres des de'le'gues des Socie'te's savantes. sur 1'avenir metallurgique du departement de la Manche pourront-elles se re"aliser ? Les indices de plomb argentifere h Surtainville et le filon de cuivre carbonate" de la Meauffe, Tun et 1'autre dans les marbres siluriens, peuvent-ils donner lieu & une exploitation r6guliere? 12. Les minerals de fer exploited, & mer basse , aux environs de Flamanville appartiennent-ils h la formation psammitique si- lurienne , comme Tindique M. de Caumonl dans sa Geographic des roc ties de la Manche ? 13. Quel est le gisement du kaolin des Pieux ? Dans quel rapport se trouve-t-il avec le massif granitique de Flamanville ? Ce kaolin s'est-il de"veloppe & Test des Pieux dans la direction de Bricquebec? Sur quels points pourrait-on le chercher avec chance d'en de"couvrir de nouveaux gisements ? j/i. Quels caracteres pre"sentent les roches graniliques du departement de la Manche et surtout celles de I'arrondissement de Cherbourg ? 15. Quels ont te" les envahissements de la mer sur le littoral A CHERBOURG, 215 francais de la Manche, depuis les plus anciens temps jusqu'a nos jours ? 16. Expliquer la formation des sables fins qui constituent les dunes et les mielles dans les departements du Calvados et de la Manche. 17. Decrire les dep6ts tourbeux de la Basse-Normandie , notamment ceux du Cotentin ; indiquer leur etendue , leur epaisseur, leurs diverses varie'te's. A quelles epoques geologiques correspondent les principales formations tourbeuses ? A-t-on trouve, dans le diluvium qui recouvre les marbres intermediates du Cotentin et les autres roches siluriennes, d'au- tres ossements que les ossements de Rhinoceros trouve"s aOuville pres Coutances ? Botaniqtie* 1. A-t-on remarque des differences essentielles dans la flore des terrains granitique , gneissique on psammitique du deparle- ment de la Manche , comparee a la flore du calcaire marbre et a celle des terrains calcaires de se'diment ? en quoi consistent ces differences ? 2. Quels sont les vegetaux phanerogames qui penvent 6tre considere"s comme remarquables dans la presqu'ile du Cotentin ? 3. Donner un apercu de la flore de la me" me contree. l\. Presenter le catalogue des Thalassiophytes observers sur les cotes de la Presqu'ile. M Zoologie. 1. Quelles sont les especes de poissons qui peuplent nos rivieres? quels seraient les moyens de les d^velopper? Quels sont les moyens a prendre pour empecher leur destruc- tion et plus specialement celle du Saumon ? A-t-on fait quelques essais de pisciculture et quels en out e"te" les resultats ? 216 COiNGRES SCINT!F1QI'E DE FHANCK, EN 1860, Quelles seraient les eSpeces susceptibles d'y etre introduces? 2. Quel avenir est reserv^ a la pisciculture maritime sur les C6les de la Manche et du Calvados ? 3. L'hultreet les moules peuvent-elles elre indifTeremment multipliers sur tous les points de nos cdtes? Meme question pour les crustace's. li. Quel est Titineraire des harengs, des maquereaux et des morues sur les cdtes de la Manche ? 5. Quelles circonstances ont pu determiner la creation de certaines stations de pecheassezimportantes, commeGrandcamp et Villerville, sur des points dangereux qui ne presentent aucun abri ? 6. Indiquer d'une maniere exacte quelles sont les especes de poisson que 1'on peche sur le littoral des cotes de la Manche. 7. La faune entomologique presente-t-elle quelques especes interessanlesdans la Normandie occidentale? 8. A-t-on fail quelques etudes sur les insectes xylophages ? 9. Faire connaitre, par des observations precises, I'epoque du passage des oiseaux exotiques dans la Presqu'lle, Indiquer la di- rection qu'ils suivenl dans leurs migrations, et les circonstances de temperature qui paraissent determiner leur arrivee et leur depart. Cftimie. 1. L'industrie soudiere a-t-elle suivi un mouvement ascen- sion nel et obtenu quelques concessions susceptibles d'en accroitre le developpement? N'y aurait-il pas inoyen de concilier a la fois les inlerets rivaux de Tagriculture par quelques modes nouveaux detraction qui laisseraient & cette derniere les elements organiques des varechs? 2. Du doublage des navires. De 1'action de Teau de mer sur les melaux employes ou sur leurs alliages. A quoi attribuer I'in^galite d'usure que souvent ils presenlenl? Comment la rendre reguliere et augmenter la dur^e de ces dou- blages ? 3. A quelles causes attribuer le peu de dure"e observe gene"- A CHERBOURG. 217 ralement dans nos toiles actuelles? Cela provient-il du mode de fabrication et de blanchiment ? li. Quels ont 616 les requitals obtenus de Pemploi du sys- teme des doubles vapeurs pour la direction de nos navires sous le rapport de 1'economie du combustible ? De Taction des divers liquides essay6s sur Tappareil en cuivre : e"lher, chloroforme, esprit de bois, sulfure de carbone, etc. Quel est Pavenir de ce systeme? 5. Quels sent les cimenls reconnus les plus durables pour les constructions sous-marines? Indiquer les meilleures propor- tions a suivre. * Phyrique. 1. Quels sont les pays situes sur les courbes isolhermes, isolheres et isochimenes de Cherbourg? Indiquer quelles sont les productions parliculieres de ces pays et surtout celles qui pourraient elre importees dans la Manche, en raison de la si- militude du climat. 2. Quelle est la quantit6 de pluie qui tombe annuellement a Cherbourg? Cette quantile est-elle suffisante pour donner au sol son maximum de ferlilite ? Dans le cas contraire , combien d'eau Tirrigation doit-elle fournir pour oblenir ce maximum? 3. Quels sont les ph6nomenes mete'orologiques les plus re- marquables observ6s a Cherbourg? Donner les moyennes d'hu- midite absolue et relative, de la pression barometrique, de la di- rection du vent et des orages. 4. Quelles sont les conditions de placement pour que les po- teaux des lignes tel^graphiques produisenl des sons ronflants qu'on remarque souvent, eldont Tintensil^ n'est pas la meme aux differents points de chaque ligne telegraphique ? 5. Quels sont lesappareils mecaniques perfectionne's intro- duits depuis quelque temps dans les travaux entrepris a Cher- bourg? 6. La conductibilit6 du sol, sur les differentes lignes te'le'- graphiquesen France, est-elle toujours la meme pour une distance donn^e? Indiquer, s'il y a lieu, les variations observe"es. 218 CONdnfcS SCIKNTIPIQUP. DK PIIANCK, EN I860, 7. La perle d'electricite", sur les lignes telegraphiques, due a rhumidite' de Tair et aux courants accidentels est-elle en rapport avec le climat des diffe" rents pays ? 8. Quelles sont les inventions qui seraient le plus utiles a importer h Cherbourg ? Le signalement e"lectrique du midi moyen sur la rade, le mareographe eleclrique , les betons et ciments de Coignet, les appareils de sauvetage de M. Tremblay , les precedes d'incom- bustibilite' , les buanderies de Charles , etc., etc., ne sont-ils pas de ce genre ? 2'. SECTION. 1. Quels sont leseffets du colmatage et comment pourrait- on Temployer dans beaucoup de vallees oil il n'est pas en usage dans la Normandie? 2. Quels sont les diflerents systemes d'irrigation qui peuvent 6tre employe's avec succes dans les memes vallees? 3. Quels sont les moyens de desse"cher les marais formes par les dunes de la mer ? b. Quels dangers peuvent re*sulter, pour Tagriculture , de Tendiguement des rivieres ? Quel moyens efficaces peut-on em- ployer pour prevenir les inondations? 5. A-t-on plante" les landes qui ne sont pas susceptibles d'etre mises en culture ? Quelles essences d'arbres a-t-on em- ploye" es ? 6. Quelle pourrait 6tre la meilleure organisation des reserves alimentaires ? 7. Qu'a-t-on fait pour utiliser les dunes des cdtes du Cal- vados et de la Manche ? 8. LMnvitation, faite aux instituteurs primaires, d'enseigner I'agriculture 61ementaire dans leurs ecoles a-t-elle produit en 1859 des requitals plus considerables que dans les annees pr^ce- dentes ? 9. L'enseignement agricole 61ementaire n'est-il pas le seul moyen tres-efficace de faire disparaitre les prejuge's et la rou- A CHERBOURG. 219 tine dans les campagnes et d'attacher Thorn me des champs a sa profession? Mnduitvie. iWtolkl c 1. La fabrication de la chaux a-t-elle progress^ sous le double rapport des besoins de Tagriculture et des constructions hydrauliques ? Quelles sont les diverses sortes de chaux que fournit la circonscription? N'y aurait-il pas lieu d'en tirer parti pour la fabrication des ciments ? 2. Presenter 1'analyse des banes de lias qui sont considered comme donnant la chaux la plus hydraulique dans les d6par- tements de la Manche et du Calvados. 3. Faire connaltre les avantages qu'il y aurail, pour 1'indus- trie de la chaux hydraulique et pour 1'usage auquel elle est des- tined, de I'^teindre d'abordpar immersion et delalivreren poudre dans des sacs , apres Tavoir blute"e comme cela se pratique dans plusieurs conlrees de la France. Zi. N'y a-t-il pas un avantage incontestable a fabriquer la brique par la methode flamande, c'est-a-dire en plein air et par tas de cent cent-vingt mille ? Cette methode ne permet-elle pas d'en diminuer considerablement le prix? 5. Quel esl Petal de 1'industrie ceramique et notamment des gres de Vindefontaine? Pourquoi celte Industrie esl-elle reside stalionnaire, quandcellede Noron a progresse? Commerce. 1. Quel est Tavenir du commerce maritime de Cherbourg ? 2. Presenter un apercu du mouvement commercial des petits ports de la Presqu'ile. 3'. SECTION. Science, m^ficale*. 1. Donner un apercu de la statistique et de la topographic m^dicales de la contree. Faire connaitre les accidents et les afiections qu'on y observe le plus fr^quemment et les inoyens de les combattre. 19rt 220 CONGRfcs SC1KMIF1QUM DE F RANGE , EN 1860, 2. Quels changements se sont operes, depuis vingt ans, dans la population de la contr^e au point de vue de sa constitution physique ; les causes; le remede? 3. L'e"tendue de la vie moyenne a-t-elle augment^ ou diminue depuis un demi-siecle ? l\. Comment enrayer la marche de la syphilis? Quels avan- tages a-t-on retire's des mesures prises en Belgique ? 5. Quels sont les moyens a prendre pour empecher les pro- gres de rivrognerie ? Quels en sont les inconvenients au point de vue de la constitution physique de Thomme et les consequences morales? 6. Quels sont les inconvenients de Tabus du tabac chez les enfants ? 7. Quels sont les inconvenients de la cre"pissure des maisons imm^diatement apres leur construction ? 8. -L'art ve"terinaire est-il honorablement exerc6 dans les campagnes de la conlree ? Quels sont les abus de Tempyrisme auxquels il serait utile de remedier ? 9. L'alimenlation publique est-elle convenablement sauve- gard^e? Quelles mesures nouvelles pourrait-on proposer pour garantir la qualite des denr^es ? *.. SECTION. 1. __ Quelles sont les pierres dites celtiques les plus interes- .santes de la contree ? 2. Indiquer, mieux qu'on ne Ta fait jusqu'ici, la distribution des diverses constructions romaines qui existaientsur leterritoire d'Alaune, pres Valognes (Alauna de ritineraire d'Antonin et de la Carte de Peutinger. D^crire particulierement les ruines des bains telles qu'elles existent encore et rattacher ces restes au plan par terre pubh'6 par Cailus et Montfaucon. 3. Tracer rigoureusement , et en s'appuyant de donnees certaines , le parcours des voies romaines qui existaient dans la A CHERBOURG. 221 presquMle du Cotentin? Indiquer les decouvertes d'objets an- tiques faites a. diverses epoques dans la presqu'tle. ti. Quelles sont les localiles sur lesquelles on possede des documents conslatant leur existence , du IV*. siecle au XI'. ; en d'autres termes, quelle elait la distribution des centres d'habila- tion dans le Cotenlin dans les siecles qui ont suivi la domination romaine { periodes me>ovingienne et carlovingienne ) ? 5. Lieusaint et le Ham , ou des monuments merovingiens ont ete trouves,e"taient-ils des centres importants de population ? 6. Quels sont les monuments religieux du Cotentin incontes- lablement anterieurs au XII*. siecle? En connalt-on qui puissent raisonnablement etre altribue's au X". siecle ? 7. Quelle influence la reunion de 1'Angleterre et de la Nor-*- mandie sous la m6me autorit6 a-t-elle eue au XII e . siecle > sur les progres de Tart dans les deux pays, et par suite dans le Maine et 1'Anjou ? 8. L'architecture pre"senle-t-elle dans le Cotentin, du XII*. au XV. siecle, des caracteres particuliers qui puissent 6tre si- gnales? 9. Le systeme des voules domicales de 1'Anjou et d'Outre- Loire, dont on connail deux ou trois exemples dans le Calvados, a-t-il pene" tre" dans le d^parternent de la Manche ? Le calice conserve ^ Biville a-t-il apparlenu au bienheureux Thomas ? N'a-t-il point 6te offerl posterieurement ^ cette e"glise , en m^moire du bienheureux qu'on y revere ? 1. Indiquer comment saint Floxel et saint Marcouf ont Evan- gelise les environs de Montebourg ; re"unir tous les fails authen- tiques qui se ratlachent h 1'histoire de ces deux saints. 2. R^unir les documents historiques relatifs au monastere m^rovingien qui existait pres de St. -Pair; apprecier 1'importance de cet etablissement religieux et son influence sur la propagation de la foi chr6tienne dans celte partie du de"partement de la Manche. /uq yiJoo isJntnqfns afauy __ * 222 CONGRES SCIENTIFIQCE DE FRANCE, EM i860, 3. A quelle e"poque peut-on rapporter le relranchement de la pointe de la Hague ? 5 e . SECTION. 1. Les loteries de bienfaisance et autres modes de secours analogues ne presenter! t-ils pas des inconvenients? Y a-t-il moyen d'y reme'dier ? 2. Quels efforts a-t-on fails dans le but d'e"teindre la men- dicit et quels resultats a-t-on obtenus ? Quel est leur avenir ? 3. La migration des habitants des campagnes dans les villes continue-t-elle a faire des progres ? Comment pourrait-on 1'ar- reter ? Une autre direction donnee a 1'instruction primaire dans les campagnes n'arriverait-elle pas a ce r6sullat ? 4. La philosophic francaise a-t-elle donne", depuis cinquante ans,quelques resultats que Ton puisse regarder comme definitifs? Peut-on , d'apres les Etudes et les recherches propres a celte philosophic ou du moins continues et renouvele"es par elle, poser quelques solutions scienlifiques ? 5. Pourquoi , dans les classes moyennes et 61evees de la societe , le gout des Eludes classiques et des lectures s6rieuses paralt-il s'affaiblir de jour en jour ? Si ce mal existe , quel en serail le remede ? 6. Est-il vrai que la douceur des lois criminelles et une application tempe're'e de ces lois soient une cause d'accroissement dans le nombre des crimes et des delits ? 1. La peinture decorative ou murale 6tant un besoin de l^poque, soil pour les constructions publiques, soil pour les constructions privies, determiner quels sont les precedes qui doivent 6tre preferes dans ces deux cas. Indiquer quels enduits doivent etre confectionn^s pour donner une dur6e satisfaisante aux peintures de"coratives. 2. Quels emprunts notre pays pourrait-il faire aux autres A CHERBOURG. 223 contrees au double point de vue des precedes de peinture, de la solidite des enduits et du dessin de"coratif ? 3. Quel parti peut-on tirer des mate'riaux indigenes dans rornementation architectonique ? Ne devrait-on pas en cela imiter les Romains etfaire usage, au moins dans une certaine mesure , des roches que produit chaque contree ? A. Les roches siluriennes ne peuvent-elles pas produire d'heureux effets par leur assemblage artisteraent combing ? 5. _ Quel role la brique devra-t-elle jouer dans ces diverses combinaisons ? 6. Quelle est la valeur arlistique du granite au point de vue monumental ? 7. Quelle est la valeur artistique du marbre au m6me point de vue dans nos contrees ? 8. Quelle direction devrait-on donner a 1'enseignement du dessin dans les ecoles municipales ? 9. Quel resultat pourraient avoir les expositions artistiques , si elles e"taient etablies d'apres d'autres bases que celles qui president aujourd'hui a leur organisation, sur les diffe'rents points de la France ou elles se produisent ? Les questions qui sont parvenues au secretariat ge'ne'ral, de- puis la stance preparatoire , seront ulte'rieurement publie'es apres 1'adoption definitive par le Conseil permanent de I'lnstitut des provinces. Les Secretaires-gdneraux, i'>> K-1 NOEL, BESNOU, Ve. DU MONCEL. FEUILLE DE ROUTE - DECAEN A CHERBOURG, A L'USAGE DES MEMBRES DE LA 27*. SESSION DU CONGRES SCIENTIFIQUE DE FRANCE, Oui g'ouvrira le 8 septembre a Cherbourg; PAR HE. DE CAUMONT, Directeur de Tlnstitut des provinces de France. Les itine'raires publics jusqu'ici donnent beaucoup de rensei- gnements, mais on n'y trouve pas tous ceux dont auront besoin les hommes studieux ct observateurs qui suivent habituellement le Congres scientifique. Nous aliens done rediger pour eux quelques notes indicatives des faits a observer entre Caen et Cherbourg, et nous ne voyons pas de denomination qui convienne mieux a ces notes que celle de Feuille de route. C'est a partir de Caen que nous donnerons ces renseignements. Les Strangers trouveront, pour cetle ville , un excellent guide dans Touviage de M, Trebutien, intitule : Caen. Precis de son histoire, ses monuments, son architecture et ses environs. Rien n'a etc" omis dans cet excellent petit livre qui leur permet de voir, en quelques heures, tout ce que la ville de Caen renferme d'int- ressant. Je prends done le voyageur, allant an Congres scientifique de Cherbourg, au moment oil il monle en wagon pour quitter Caen , ou je suppose qu'il aura voulu s'arreter un peu. La premiere chose qui le frappera en sorlant du faubourg de Vaucelles, parcouru un instant par le chemin de fer, ce sera la partie du bassin de 1'Orne qu'on appelle la Prairie de Caen. Celte prairie repose sur un terrain d'alluvion. Au nord, une partie de la ville de Caen s'eleve sur les eminences qui en DE CAEN A CHERBOURG. 225 forment le thalweig;e\\es sont composers de cette pierre blanche qui sert a construire les maisons et que Ton expedie par mer en Anglelerre , clans les Pays-Bas , en Bretagne et ailleurs. Ces banes calcaires surmontent imm^diatement 1'oolithe fer- rugineuse ( oolithe de Dundry ) que Ton trouve en creusant des puits au has du coteau. Si , apres avoir jet6 un coup-d'ceil sur le beau panorama de Caen , avec ses tours d'eglise qui pyramident si bien au-dessus de cette ligne harmonieuse de maisons , vue a distance con- venable pour que les details disparaissent et que 1'ensemble reste, on veut regarder par la portiere de gauche , on verra , au milieu de la prairie , le chateau et les bosquets de Louvigny , et , au sud , le coteau qui borde la rive droite de 1'Orne , coteau abrupt forme de calcaire de Caen. Pres de la sont de grandes carrieres. Sur la colline s'e"leve l^glise d'Allemagne , dans les murs de laquelle on voit des parlies anciennes , et dont la tour centrale est remarquable par Tintersection des cintres ornes de zigzags qui de"corent ses fenelres ( V. le t. I er . de la Stalistique mo- numentale du Calvados, p. 53 ). Avant de quitter la valise de 1'Orne, on traverse celle de TOdon qui vient se confondre avec elle , et Ton s'engage dans un vallon sans eau creuse dans le calcaire de Caen , a Brelteville- la-Pavee. On passe, a Bretleville, pres de deux eglises de"crites dans la Statistique monumentale : Tune est Teglise Notre-Dame qui sert au culte et offre peu d'interet ; 1'autre est celle de St.- Pierre qui etait, avant la Revolution, succursale de Notre-Dame et servait de chapelle aux moines du Mont-Saint-Michel , qui ha- bitaient tout pres de la les maisons de la baronnie. Cette eglise est en ruine. La nef a perdu sa toiture ; il n'en reste plus que les murs lalgraux qui offrent une corniche ported sur des modillons,et une porte laterale au nord ornee de zigzags: je crois que cette partie ne remonte pas au-dela de la premiere moitie du XIK siecle. Plusieurs rnodillons presenlent des obsce- nit6s: je les ai dessines pour la collection que je publierai dans un 15 226 FECILLE DE ROUTE cliapitre special de la Statistique monumentale du Calvados. Le chccur est presque intact ; il elait vout6 en pierre comme on peut le voir par le dessin ci-joint, el 1'arcade & plein-cintre, par laquelle il communique avec la nef , esl ornee de losanges. EGLISE SAINT-PIERRE A BRF.TTEVILLE-SCR-ODON. IfJD UC JT Pres de Teglise St.-Pierre . on trouve les inaisons des moines. La plus grande partie de ces constructions parait apparlenir au XV e . siecle ; elles sont garnies de contreforts comme la plupart des maisons religieuses ; une porte, elegamrnent couronnee de bouquets de feuillages frises, m'a paru de la fin du XV c . siecle. La grange, placee du cote droit de la cour, merite d'etre vue ; elle doit aussi dater du XV e . siecle: elle est divisee, dans sa lon- gueur, par deux rangs d'arcades ogivales simulant ainsi une nef DE CAEN A CHERBOURG. 227 avec ses bas-cotes ; deux porles , chacune pre"ce"dee d'un porche, s'ouvrent pres des extre"mite"s. Dans presque toutes les granges d'abbayes et de prieure's , j'ai remarque" des porches semblables. L'entre"e principale, donnant sur le chemin , pourrait etre du XIV*. siecle. Elle se compose de deux portes cintrees de gran- deur ine"gale et voute"es en pierre. Nous arrivons a Carpiquet. L'eglise presentait quelques parlies remarquables. Dans la facade, on voyait une porle centrale a plein- cinlre dont 1'archivolte double, portee sur des colonnes a bases attiques, elait orne"e de zigzags ; et, de chaque cote, une fenelre bouchee dont rarchivolte etait decoree de moulures en zigzag?. La tour , entre choeur et nef, est massive et terminee en batiere. Elle doit daler du XV e . siecle ou du XIV e . Le chcenr pourrait dater du XV e ., ainsi que deux arcades ogivales de la nef qui le precedent du cote droit. On afait tout recemment des travaux considerablesacetteeglise. Continuant notre route, nous voyons bientot, a droite, le village de Rost, le beau chateau que vient d'y faire reconstruire M. Pieaujour, notaire , membre de la Sociele franfaise d'archeo- logie, a Caen ; et, plus loin , 1'eglise , construction considerable pour une commune rurale. Cette eglise a la forme d'une croix terminee par un chevet droit, et sur les transepts qui ont une grande longueur est etablie la tour, ouverte a 1'interieur et recevant le jour de plu- sieurs fenetres. Si nous voulions en termes generaux indiquer 1'age de ces diverses parties , nous dirions : Que la nef date du XII". siecle , sauf les reprises faites dans la partie superieure des murs; Que les transepts et le choeur sont en partie de cetle epoque , mais que leurs voutes et la partie de la tour qui s'eleve au-dessus du choeur et forme le dome interieur est du XI V e . siecle ; Enfm que le dernier 6tage de la tour , surmonte" d'une balus- trade en pierre, la grande fenetre a compartiments flamboyants 228 FEtJILLE DE ROUTE et bouchee du chevet, les deux fenfires h compartimenls prisma- tiques de la petite chapelle appliquee sur le mur oriental du transept nord, et les contreforts appliques sur les angles du meme transept annoncent evidemmenl le XV e . siecle. LMnle"rieur de la nef esl, dans tout son pourtour, garni d'ar- catures romanes dont les archivoltes portent des teles-plates , surmonte'es d'une bordure de fleurons cruciferes: quatre arca- tures remplissent 1'intervalle correspondant a chaque travee. Void Bretteville et nous touchons a la station. Ici , le membre du Congres qui sera antiquaire pourra s'arreter a Norrey , visiter et dessiner son e"glise en attendant le train suivant; mais comme il y en aura peu, je pense , qui aient ce loisir , je vais decrire en peu de mots I'e'glise de Norrey qu'on aura devant soi pen- dant le temps d'arret du train a la station. L'eglise de Norrey, que j'ai signalee des 1'annee 1824, est sans contredit une des plus remarquables du departement , et Ton s'e'tonne qu'un edifice aussi somptueux ait ete eleve dans une paroisse dont la population n'a jamais du elre Ires-considerable : il est vrai que 1'abbaye de St.-Ouen de Rouen en avail le patro- nage , et que les eglises d'abbayes sont toujours plus remar- quables que les autres ; mais ce fait n'explique pas 1'elevalion et la riche ordonnance du monument ; il faut qu'un arcbilecle habile ait voulu se distinguer par cette ceuvre. Il existe une tradition d'autant plus singuliere qu'elle a le plus grand rapport avec celle que le P. Pommeraye a consignee dans son Histoire de St.-Oucn de Boucn. D'apres cette tradition , dit le P. Pommeraye, les deux roses du transept de la basilique de Rouen avaient ete failes en !Zi39, Tune par Alexandre Ber- neval, maitre macon, 1'autre par son apprenti ; or, la derniere fut juge'e plus belle que celle a laquelle le maitre avail travaille , et celui-ci se laissa tellement emporter a 1'envie el & la colere. qu'il tua son eleve, dans un acces de jalousie.Voici maintenanl ce qu'on raconle dans la campagne de Brelleville el de Norrey : Le pere ou le mailre de 1'architecte de Norrey avail conslruil la tour de Brelleville : voyanl celle de Norrey fort avancee DE CAEN A CHERBOURG. 229 et jugeant qu'elle ferait bientot oublier la sienne , il fut pris d'un violent acces de jalousie et precipita son e"leve du haul des echafaudages. On explique ainsi I'inachevement de la tour de Norrey. Gette legende n'a peut-6tre eu d'autre origine que 1'envie d'expliquer, au moyen d'un conte , Tetat d'imperfection dans lequel se trouve la pyramide: ce ne serait pas le premier exemple que nous aurions de semblables explications. Toutefois , elle me parait bonne a consigner a cause de son analogic avec celle qui se rattache a Teglise St.-Ouen de Rouen dont Norrey dependait. L'eglise de Norrey , dont voici le plan , se compose d'une nef no'i PLAN DF. L'EGLISE OR NORREY. simple, d'un transept avec chapelles annexees et d'un choHir en- toure de bas-cotes , le long desquels s'ouvrent] deux chapelles. 230 FEUILLE DE ROUTE Lanef, moins e'leve'e que le reste, probablement parce que les decimaleurs n'etaient charges que de 1'enlrelien du chceur, doit 6lre un peu plus ancienne : on y voit , au nord , une porte en ogive dont 1'archi volte est orne"e de teles-plates ; elle peut dater de la 1". moitie du XIII 8 . siecle : je ne crois pas le chceur et le transept anterieurs aux dernieres anne*es de ce siecle , si meme ils ne sont , en partie , du commencement du XIV*. Maintenant ceux qui s'arreleront et qui attendront le passage d'un autre train pourront , apres avoir vu Norrey , visiter Brette- ville-l'Orgueilleuse dont 1'eglise est tout pres , et aller jusqu'a Secqueville ou ils trouveront une" eglise beaucoup plus impor- tante que celle-ci. Le trajet , a partir de la station , est a peu pres d'une lieue et t res-facile. Pour que Ton sache bien si Ton doit se livrer a celte course pedestre , et si Ton sera suffisam- ment de'dommage' de sa peine , voici en peu demots ce qu'of- frirait 1'eglise de Secqueville : On remarquo, a Texlerieur de la nef , au-dessous de la toiture des ailes , un rang de cintres bouches qui se prolongent autour des chapelles de la croisee. Cette galerie est surmonte'e de cor- beaux reunis par de petites arcades cintrees ; malheureusement on a fait disparaitre, on ne sail pour quelle cause, la corniche qui etait au-dessus des corbeaux , et cette suppression est cho- qnante Des 6toiles, des hachures, des quatre-feuilles et des billettes forment des bordures d'un assez bon effet sur les archi- voltes de ces arcatures. La tour, haute d'environ 150 pieds et ornee de 3 etages d'arca- tures , n'est pas en proportion avec 1'edifice ; elle est romane jusqu'a la naissance de la pyramide qui parait avoir ete reparee plusieurs fois, et a perdu les quatre clochetons qui autrefois garnissaient les angles. Le dernier desastre, cause par la foudre, cut lieu le 16 juin 1610, ainsi que Taitestait une inscription gravee sur Tune des ailes du coq. A rint6rieur , quatre grandes arches & plein-cinlre se"parent la nef des ailes. Les piliers qui les soutiennent sont garnis de co- lonnes dont les chapiteaux sont assez curieux, quoique sculptes DE CAEN A CHERBOURG. 231 grossierement. La tour estporte"e surqualre arcades dont une (celle -.\H r> l JtddoH *'!'* r ' j i >1 v - n A *h jo'i , ."'I . i'Jfi' !'' 891 Iflq olliv^ilj-.'i'i^fi i'i(p: -uilc aJfifoloa aoj riir.tn 'l .!/ .O'jlin'3'i 98 qus* iup 8T.iliq ?-') lib gyo'l] g'jf) 7H Jnoi) Jo ,'ton fl, J-j.iu no f 8hEioa-97tffiiIa of) u t/h JflS Jiwr. TOUR ET TRANSEPT DE L'EGLISE DE SECQDEVILLE. qui fait face a la nef) est ornee de plusieurs rangs d'etoiles, sur- inontes d'un rang de billeltes. 232 FEUILLE DE ROUTE Fails tiistoriqucs. Au printemps de 1'annee 1105, pendant le si^ge de Bayeux par Henri I er . , roi d'Angleterre , Robert Fitz- Hamon, qui tenait pour Henri, fat surpris & Secqueville par les soldats du due Robert et ne trouva d'autre moyen de defense que de se refugier dans la tour de Teglise ; mais les soldats allu- merent du feu sous la tour et le ibrcerent se rendre. M. Fabbe" Adam m'a assure qu'avant de faire reparer les piliers qui suppor- tent cette pyramide , il avait encore vu sur eux des traces du feu auquel iis avaient ete exposes en 1105. L'eglise de Bretteville-rOrgueilleuse off re un choeur peu eleve", mais appartenant au premier gothique ; lesfenelres, legerement aigues, ont une archivolte portant , de chaque cote , sur une colonnette. Sous la tour, place"e entre le choeur et la nef, et dont la base est du meme temps que le chceur, on remarque une porte cintree ornee d'une bande de teles-plates aoreilles saillantes ressemblant assez bien a des teles de chat ou de chauve-souris , et qui annoncent la fin du XII e . siecle ou le commencemenl du XIII*. La parlie sup^rieure de celle lour, avec ses longues ouverlures treflees au sommet, paratt du XIII'. siecle. La nef, d'un age fort incertain, est sans interet. DE BRETTEVILLE A AUDR1EU. Apres avoir repris le chemin de fer , on passe Ires-pres de Teglise el du village de Pulot. La nef de 1'eglise de Pulol monlre des fenetres cinlrees a colon- nettes ; deux portes, au nord.etau sud, sonlegalemenlcintre"es, et desmodillons a arcatures annoncenl la transition el peut-etre meme les premieres annees du XIII'. siecle, car le faire parait se rapporter a la premiere periode du slyle ogival plus encore qu'au roman de transition : il n'y a pas de porte a 1'ouest, mais seulen ent des fenetres comme dans un Ires-grand nombre h /IK of TOtill ET TRANSEPT DE l/EGLISE D'AUDBIBU. 236 FEUILLE DE ROUTE Dans le mur occidental de chacun des transepts |s'ouvrait une magnifique porte qui correspondait aux absides dont je parle : ces portes sont maintenant bouchees, maisellesont conserve" leurs riches archivoltes au nombre de quatre, chargees de frettes cre'nele'es et de losanges. Cetle disposition des portes devant les absides esl assez remarquable , elle permettait au peuple , place dans le cfmetiere , d'assister a la messe qui etait dite a 1'autel de chaque transept. Le chffiur , avec ses colonnettes , sa corniche en dents de scie , ses fenetres simples a meneaux bifurques, semblerait annoncer le XIV. siecle ou la fin du XIII e . La tour centrale , extremement elegante , me parait du XIV. siecle, et c'est une raison pour croire le choeurde la meme epo- que. La pyramide de celte tour estlronquee, soil qu'elle ait ete" ruinee, soil qu'elle n'ait point ele" finie ; elle se termine par un petit toit en ardoise. Quatre clochetons s'elevent a la base de la pyra- mide et, sous la corniche ou se dessinent des crochets, on voit un rang de trefles. Deux fenfires en forme de lance lies , subdivise"es par des meneaux, s'ouvrent dans chacune des faces de la tour. Le chateau actuel est entoure d'un pare plante de tres-beaux arbres de haute futaie ( sapins , chenes, hetres, pins , etc. , etc. ). Le terre qui forme le domaine contienl environ 200 hectares. La terre seigneuriale d'Audrieu , erigee en baronnie par lettres- patentes du mois d'avril 1615 en faveur de Guillaume de Seran, chevalier de 1'ordre du Roi et gentilhomme de sa chambre,appar- tienl encore a son arriere-petit-fils , M. le general de Seran. Mais il est temps de parler geologic et agriculture. Les plateaux compris entre Carpiquet et Audrieu reposent en general sur la grande oolithe , dont les banes calcaires sont remplaces, sur certains points, par des calcaires et des argiles qui repondent au niveau du fuller's-earth des geologues anglais, et donl j'ai indique" les caracteres dans ma Topographic geo- gnostique du Calvados; ils sont reconverts par un terrain meuble argileux , d'un brun ferrugineux , qui forme la base des meilleurs terrains du Calvados. Le colza, le ble" , le sainfoin sont les produits principaux de DE CAEN A CHERBOURG. 237 la culture de la plaine , comprise entre Caen et Audrieu. Quel- ques terres se louent plus de 200 fr. 1'hectare aux environs de Bretteville et de Norrey, ou elles sont excellentes. D'AUDRIEU A BAYEUX. Apres avoir quilte" la station d' Audrieu, on distingue le pare et le chateau de M. le marquis de Fontetle, sur la commune de Ducy. L'eglise , voisine de cette jolie residence , possede une tour qui figure , dans la plupart de nos publications , comme un des types de nos tours les plus elegantes du XIII*. siecle. Voici la vallee de la Seule qui se presente dans le lointain : nous descendons de la grande oolithe sur 1'oolithe inferieure a Carcagny, dontl'eglise est remarquable par son abside romane, et bientot le lias va succeder a 1'oolilhe a Conde" et a Nonant (Voir ma Carte geoLogique du Calvados). Les ge"ologues pourraient, s'ils passaient quelques heures dans ce bassin , y faire des observations interessantes sur ces for- mations, particulieremenl sur le lias et sur les couches qui le surmontent. Au point de vue agricole , Tinfluence du lias se manifeste, entre la Seule et Bayeux, par la proportion considerable des terres cultivees en herbages et consacrees a la production du lait et du beurre. Les couches calcareo-argileuses de celte formation , en favorisant Thumidite du sol , conviennent effec- tivement a la production spontanee de 1'herbe, et une parlie des meilleurs fonds du Bessin repose sur la formation liasique. Mais nous avons traverse le plateau peu oleve qui s^pare la Seule de la riviere d'Aure. Nous voici dans le bassin de cette riviere qui baigne les murs de la cite episcopate ; & droite , nous aper- cevons Teglise moderne de SL-Exupere M. Tabbe E. Le Comte, cure de St.-Exupere , a fait, en 1853, des fouilles pour relrouver 1'ancien caveau dans lequel avaient ete inhumes les premiers chefs de 1'eglise de Bayeux , et cette recherche a ete couronnee d'un plein succes. Voici dans quel ordre elaient ranges les cercueils que Ton croit avoir contenu les corps des saints men lion nes par 1'abbe Beziers, dans son His- toire de Bayeux ( Voir la page suivante ). 238 FEUILLE DE ROUTE DE CAEN A CHERBOURG. '239 La voie ferine passe au sud de Bayeux , de maniere a laisser voir la cathedrale dans tout son d^veloppeinent de I'ouest & Test. Ce qui frappe d'abord, c'est la tour centrale de'capite'e par ordre des architectes parisiens. Ce sont d'habiles medecins que ces architectes. La tour avait mal aux jambes ; plusieurs piliers qui la supportent menacaient ruine , les architectes de Paris onl fait couper la tele pour guerir les jambes. Voici leur theorie me"dicale a laquelle , nous autres provinciaux , nous n'aurions jamais pense; ils se sont dit : si nous alle"geons le poids du corps, nous soulagerons les jambes; coupons d'abord la tele et nous verrons aprs. Les choses en etaienl 1& quand un ingenieur habile, M. Fla- chat , a ete prie de venir en aide aux architectes. 11 a prouve" que quand un membre est malade il f